Aérer les quilts au printemps

51OYibmU-fL._SX305_BO1,204,203,200_Dans le livre de Tracy Chevalier à paraître le 11 mai, on fait allusion au grand nettoyage de printemps, dont une des tâches était d’aérer les quilts.  Après un hiver entier de superposition des couvertures pour se protéger du froid, les quilts devaient être débarrassés de la poussière intérieure (le sol était, au XIXe siècle, souvent de terre battue), de la suie de cheminée, de bestioles (eh oui), des odeurs corporelles… C’était à cette période le lavage ou au moins le battage, puis la mise sur fil pour un grand bol d’air et de soleil purificateurs !

Cette photo nous dit beaucoup de cette famille : autant de quilts pour une maisonnée donne une indication sur le froid qui peut régner l’hiver… et aussi la patience de la femme ! Les édredons/oreillers/matelas devant, sans doute remplis de plumes et autres matières calorifiques, renforcent cette impression. Nous sommes près de Green Lake, un magnifique lac de la ville de Seattle, devant une maison construite en 1869. La photo, elle, est prise vers 1900.

“Typical farmhouse, spring housecleaning, homemade quilts and bedding in sun. Coffee County, Alabama.” Photos taken April 1939 by Marion Post Wolcott.

En Alabama, avril 1939

Pour commémorer cette habitude que tout Américain garde dans un coin de sa mémoire, une journée festive des quilts est parfois organisée par des clubs, des magasins ou des communes. Ici par exemple à Franklin en Caroline du Nord, cet événement a lieu le jour de la Fête des Mères (soit le deuxième dimanche de mai dans beaucoup de pays… sauf principalement la France, Monaco et des pays d’Afrique francophone).

Prenez le temps de la balade de 3 mn pour admirer ces quilts qui prennent l’air !

valériane Leblond

C’est le printemps aussi chez Valériane Leblond (au Pays de Galles), on aère les quilts et on plante dans le potager !

 

 

Claude Nougaro, la fibre toulousaine

Les plus belles villes du monde sont immortalisées par des chansons : New York, Paris, Amsterdam, Bruxelles (chanson de Dick Annegarn récemment redécouverte dans de terribles circonstances) et quelques autres…

Nous avons déjà évoqué Gabriel Fauré ; le Sud-Ouest occitan a ses chants traditionnels occitans, son « countryman » Francis Cabrel, ses tendres amuseurs Les Chevaliers du Fiel et tant d’autres talents de la scène, mais Toulouse a son troubadour pour toujours : Claude Nougaro. Il offrit en 1967 un hymne d’amour à sa ville :

Ô Toulouse

Ô Toulouse, Kristine Toufflet

Quilt de Kristine, avec tout le texte de la chanson quilté en piqué libre puis chaque point rebrodé à la main… Des symboles toulousains parsèment le quilt : des violettes, des croix occitanes, des feuilles de pastel…  A droite on a une vue aérienne de la Garonne à Toulouse sur une évocation de briques et de galets, typiques de l’architecture locale.

détail ô Toulouse, Kristine Toufflet

Toujours de Kristine, nous pouvions aussi voir ce tableau à Fibre Occitane, une pincée de tuiles comme le chantait Nougaro dans la chanson précédente :

Ma Pincée de Tuiles, Kristine Toufflet

Tableau de 60 cm de côté : les cercles se chevauchent pour évoquer un toit de tuiles. Sur le tour s’égrènent les noms de tuile canal, toulousaine, romane…

Dans d’autres quilts encore, vous pouviez trouver trace de l’empreinte de Nougaro :

Fibre Occitane 13

Ce quilt du club de Balma au charme fou n’oublie pas d’évoquer Nougaro, en haut à droite !

Les Couleurs de Midi-Pyrénées, Florence Bismuth, la Ruche des Quilteuses

Parmi les plus admirés, ce quilt « Les couleurs de Midi-Pyrénées » de Florence Bismuth montre notamment la pochette d’un disque de Nougaro datant de 1977, enregistrement d’un concert à l’Olympia (Barclay)

Il n’est pas trop tard pour admirer ces quilts puisqu’ils vont voyager deux années grâce à France Patchwork… Nous vous donnerons les lieux & dates ici au fur et à mesure !

J’aime, je n’aime pas…

Un nouveau magazine s’est glissé, sans tambour ni trompette, dans nos kiosques. Parmi les jeunes magazines nous faisant connaître les tendances créatives comme Mollie Makes, j’ai remarqué un qui m’a fait tout drôle, car j’y ai été abonnée pendant 2 ans… en anglais, Love Patchwork & Quilting. Je vous en ai touché quelques mots par ici. Ce magazine a comme particularité de nous donner envie d’acheter toujours plus de nouveaux tissus, nous incitant à utiliser les collections de jeunes créatrices avec des modèles les mettant habilement en lumière. Une des techniques favorites de cette jeune génération est la couture sur papier, mais aussi la couture à l’anglaise (hexagones et autres). Les quilts sont graphiques et souvent beaux, les jeunes mamans trouvent de petits objets à faire pour les enfants, la parole est donnée à des femmes qui fourmillent d’idées, de trucs et astuces…

Love Patchwork & Quilting est un phénomène outre-Manche, en quelques numéros il est devenu n° 1 des ventes dans son secteur. En anglais, c’est un mensuel. En français, rien n’indique encore la future périodicité. 

J’aime l’idée qu’il pourrait faire venir au patchwork une nouvelle génération de femmes aimant déjà le DIY (le Do-it-yourself, le fait-maison), avec toutes les caractéristiques citées ci-dessus.

Je n’aime pas son titre en français qui crée la confusion avec les parutions de Quiltmania (Simply Vintage, dont le numéro 1 parut en 2011, Simply Moderne qui va fêter ses 1 an), puisqu’il s’appelle : Simply Patchwork. Ont-elles finalement si peu d’imagination pour oser ce titre copié-collé ? A leur décharge, ce groupe édite Simply Sewing en anglais (depuis janvier 2015), mais quand même…

Simply Patchwork

L’avez-vous lu ? L’avez-vous vu ? Qu’en pensez-vous ? Nous avons tellement l’habitude, en France, de magazines de très haute qualité que je ne sais pas quel accueil lui sera réservé…

Gabriel Fauré, illlustre Ariégeois

Une quilteuse ariégeoise, Anne-Marie Esteban, n’a pas oublié de rendre hommage à un illustre musicien de son beau pays pyrénéen :

Fibre Occitane 37

Au Pays de Gabriel Fauré, A-M Esteban

Le voici, peint par John Singer Sargent en 1889, l’époque de la création de La Pavane :800px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Fauré

La Pavane est une musique aérienne composée pour célébrer la grande beauté de la Comtesse Elisabeth Greffuhle, sa muse, « Madame la Fée », une femme au cœur de la vie artistique européenne durant sa longue vie (1860 – 1952).

Élisabeth_de_Caraman-Chimay_(1860-1952)_A

Photographie Paul Nadar, Elisabeth à l’âge de 35 ans (1895).

Pour entendre cette divine musique… et voir de bien belles choses, allez visionner le cadeau que nous fait Liliane Buda (descendez, cliquez sur diaporama Fibre Occitane… et montez le son).

On ne touche pas !!! à Fibre Occitane

DSCN2344

Fibre Occitane est exposée dans quatre salles successives… un lieu serein, bel écrin des quilts brique & pastel.

C’est toujours difficile de faire comprendre que, si tout le monde touche aux quilts exposés, ils finiront par devenir sales. Mais non, je suis propre ! nous rétorque-t-on. Je suis tellement tactile avec les tissus… dit une autre. Oui mais, c’est interdit, même à vous.

A Fibre Occitane, nous avons donc accroché ces panneaux qui attirent l’œil :

o_fdb97b42bb05396a_001 o_fdb97b42bb05396a_002 o_fdb97b42bb05396a_003 o_fdb97b42bb05396a_004 o_fdb97b42bb05396a_005o_fdb97b42bb05396a_007o_fdb97b42bb05396a_006o_fdb97b42bb05396a_008

Efficace à 99 %:-)  Pas mal pour une exposition de quilts !!

DSCN2307

On les remarque bien, accrochés par des lisières (oui , elles deviendront quilt plus tard)

Encore une semaine d’exposition à Roques… mais vous êtes prévenus, on ne touche pas.
Un excellent accueil vous sera réservé quand même😉

affiche_fibreoccitane_Roques

 

Alice au Pays des Kiwis/2

Après cet article qui vous a tant plu, en voici un autre d’Alice sur les tissus néo-zélandais.

Bonjour, je m’appelle Alice et je suis une quilteuse française qui vit actuellement en Nouvelle-Zélande. Le monde du patchwork est très dynamique ici et je voulais vous faire découvrir un aspect particulier: les tissus Kiwiana. « Kiwiana » est un terme qui regroupe tous les objets en relation avec l’imagerie et les symboles de la Nouvelle-Zélande. Par exemple, pour la France, il s’agirait sûrement de la tour Eiffel, du coq, d’une baguette, etc. Pouvez vous penser à un symbole de la Nouvelle-Zélande? Je vous laisse réfléchir quelques secondes…

kiwiana icons
Les plus communs sont: les moutons (on dit souvent qu’il y a plus de moutons que d’habitants en NZ), le petit Kiwi (un petit oiseau en voie de disparition qui ne peut pas voler) et la fougère (comme le logo de l’équipe de rugby les « All Blacks »). La « fougère argentée » est un symbole très repandu dans le pays. Elle permettait jadis aux Maoris de se déplacer dans les forêts de nuit. De nombreuses équipes de sport l’utilisent actuellement, ainsi que les entreprises locales dans leurs logos. Les papiers officiels (comme l’acte de naissance de notre fille) sont également décorés d’un en-tête avec cette fougère argentée.

Le pays a récemment eu recours à un grand référendum national pour juger le débat sur le changement du drapeau national. C’est une décision vraiment importante pour un pays. Beaucoup de Néo-zélandais souhaitent s’émanciper de l’influence Britannique et choisir un nouveau drapeau (tout comme le Canada en 1965). Les Néo-zélandais ont, dans un premier temps, choisi un drapeau parmi toutes les nouvelles propositions. Puis, lors d’un second référendum, choisi entre la proposition gagnante et l’ancien drapeau. La nouvelle proposition (à gauche sur la photo) avait cette fameuse fougère argentée.

NZ flags

C’est un débat très récent et, malheureusement, la nation a voté contre ce nouveau drapeau. J’aimais bien le nouveau drapeau mais je suis étrangère, et je n’ai évidemment pas eu le droit de vote sur cette question.

Il y a une collection de tissu « Kiwiana » importante et j’ai choisi quelques tissus pour réaliser un quilt. Je vais vous présenter ce quilt.

Kiwiana blocs

J’ai choisi un patron de quilt bien particulier: le quilt que ma collègue Shirley enseigne pour les débutants voulant s’initier au patchwork. Il s’agit d’une répétition de deux blocs simples: un carré de tissu et un carré entouré de petits carrés. J’ai vu de nombreuse versions de ce quilt grâce à ses élèves. Chaque version avait un charme particulier et mettait vraiment en valeur les tissus choisis. Je me suis dit que ce serait parfait pour mon quilt Kiwiana.

J’ai découpé tous les tissus et assemblé les blocs au fur et à mesure en choisissant l’emplacement sur mon « design wall » (un molleton accroché au mur).

Kiwiana design wall

Le quilt a été rapide à assembler. J’ai achevé le quilt-top en un week-end. C’est très satisfaisant d’avoir des projets comme ça de temps en temps. J’ai choisi d’ajouter un bord bleu pour rehausser les couleurs plutôt sombres du quilt. Ce tissu bleu représente les couleurs des « Paua » (ormeaux) qui sont très courants en NZ (mon mari part souvent à la pêche et nous mangeons des beignets d’ormeaux régulièrement).

Kiwiana quilt top

La faune et la flore sont très spécifiques en Nouvelle-Zélande, il y a beaucoup d’espèces endémiques (notamment des oiseaux). Beaucoup de ces espèces ont malheureusement été décimées par l’arrivée de mammifères (dont les humains!). Avant le XIIIe siècle, il n’y avait pas de présence humaine sur cette terre. Les Maoris (peuple polynésien) sont arrivés par la mer il y a environ 800 ans. Les hommes ne venant jamais seuls, le rat polynésien (« kiore ») s’est infiltré dans le pays en faisant de grands ravages. L’arrivée des Européens (pendant le XVIIe siècle) a accentué la destruction des espèces endémiques en introduisant de nouveaux mammifères: le furet, le chat, le rat sont tous des redoutables prédateurs pour les oiseaux locaux.

Pour le tissu arrière, j’ai choisi un tissu qui regroupe plusieurs éléments « Kiwiana ». A la méthode de « Où est Charlie? », vous pouvez apercevoir:

Un « Fantail », c’est un oiseau qui a la queue en forme d’éventail
Un « Pukeko », c’est un oiseau qui ressemble à une grosse poule bleue
Un « Kiwi », le petit oiseau (qui ressemble à un gros poussin) qui ne peut pas voler
Un « Kea », c’est une espèce de perroquet avec un corps gris-maron et des reflets verts sur les ailes
La crosse d’une fougère
Un « Tui », il a un pompon blanc sous le cou et son chant est très particulier
Le mont Taranaki
Des motifs Maoris
La plante « Harakeke » qui a des fleurs rouges puis noires
Les fleurs de l’arbre « Pohutukawa », communément appelé « le sapin de Noël Néo-zélandais » car il fleurit avec de grosses boules rouges vers le mois de Décembre.
Kiwiana tissu arriere

Vous les avez tous trouvés ? Bravo!

Un mot d’espoir pour ces espèces d’oiseaux en disparition: une réserve naturelle a été créée à coté de Wellington (ville ou je réside actuellement). Cette réserve a pour but d’offrir aux oiseaux un endroit sans prédateurs. Ces prédateurs ayant été introduits récemment, ils ne font pas partie de l’écosystème de espèces endémiques et ces espèces ne sont pas aptes à se défendre, d’où leur extinction. Il y a une grande barrière pour éviter que les prédateurs pénètrent dans la réserve mais il n’y a pas de filet. Les oiseaux sont donc libres de circuler où ils veulent et de sortir de la réserve. Cette réserve se visite (Zelandia) et même si je ne suis pas une amatrice d’ornithologie, j’ai trouvé la visite et la balade dans cette réserve très sympa.

Une fois mon quilt top achevé, je l’ai emmené chez ma long-arm quilteuse locale. Je lui ai demandé de faire un motif de fougère pour rester dans le thème du quilt.

Kiwiana biais noir

J’ai choisi un biais noir (avec des petits motifs de fougères). Je voulais un biais qui définisse bien la fin du quilt. L’intérieur du quilt étant assez chargé, il me fallait un biais avec un fort contraste pour que l’œil ne s’échappe pas. Et voici le résultat:

kiwiana quilt

J’espère que vous avez aimé l’histoire de mon quilt et la découverte des espèces endémiques de Nouvelle-Zélande et des motifs « Kiwiana ». Si jamais vous venez en Nouvelle-Zélande, sachez que les règles sont très strictes à l’aéroport: vous ne pouvez pas apporter d’objets contenant du bois (masque africains par exemple) ou tout élément biologique (comme une pomme). Vous comprenez désormais que ces règles sont nécessaires pour la protection des espèces endémiques car les parasites d’un autre écosystème pourraient détruire davantage la faune et la flore locale.

Vous pouvez allez voir mon blog pour une petite surprise: http://www.blossomquiltetcraft.fr

 

Les Petites Filles Modèles à Fibre Occitane

Voyons aujourd’hui un thème particulier de Fibre Occitane…

DSCN2311

Bien sûr, comme vous je suis une ancienne petite fille modèle. Quoi ? Vous ne me croyez pas?… Vous avez sans doute raison alors.
En tout cas, nombre de Françaises ont lu enfant Les Petites Filles Modèles de la Comtesse de Ségur, née Ros-top-chine, comme on le déchiffrait avec délectation quand nous étions petites.

Bibli rose

Pour ma part, j’ai lu et relu Les Petites Filles Modèles dans cette édition, même si je préférais Le Club des Cinq et l’intrépide Claude, qui était tout moi – dans mes rêves, bien sûr !

Maïté a consacré de nombreuses heures à peaufiner deux reproductions d’illustrations d’une édition ancienne de ce livre. 

md12899195221

Cette édition est de 1937, avec des illustrations de Matéja.

RO80122025

Autre édition, celle-ci de 1952, illustrations de Matéja (alias Marie-Thérèse Jallon)

Maïté choisit deux pages évocatrices de ce livre et les interpréta en fil et en tissu.

DSCN2308

La réalisation de Maïté est remarquable, de loin comme ici comme de près… une perfection incroyable ! Vous pouvez cliquer et recliquer cette photo pour voir les détails.

Quel rapport avec Fibre Occitane, dédié au patrimoine régional ? Eh bien, loin d’être oeuvre de fiction, les petites filles modèles Camille et Madeleine étaient les petites-filles bien réelles de la Comtesse. Et, plus précisément, elles vivaient à Verfeil à l’est de Toulouse, au cœur du Lauragais. Pas de champs de pastel* autour de leur château éternellement en construction, mais des vignes, du blé et des prairies pour le bétail. Leur vie fut finalement bien moins belle qu’on pourrait s’y attendre ; vous pouvez en savoir un peu plus par ici.

Et dans le quilt du club de Balma, tellement admiré lui aussi, nous retrouvons l’évocation de ces petites demoiselles :

photo Carole

Photo de Carole – Blog Mousseron

*C’est dans le Lauragais que poussèrent les plants de pastel (Isatis Tinctoria) au cours de nombreux siècles, principalement du 13e au 17e. Ensuite, cette culture qui procurait le bleu de teinture fut ensuite totalement éclipsée par l’indigo, bien moins cher. La plante de pastel sort de l’oubli complet depuis une vingtaine d’années. Pour ma part, je suis bluffée par les qualités cosmétiques de l’huile de pastel !

affiche_fibreoccitane_Roques