Le Pastel en Pays d’Oc

pastel pays ocSi vous avez apprécié l’article précédent et souhaitez en savoir plus sur l’or bleu de Toulouse, n’hésitez pas à vous offrir ce livre très instructif, entièrement en bilingue (français-anglais).

Le livre est très complet et les illustrations de qualité, tant pour les documents historiques que les photos récentes. On y évoque notamment le dur labeur des paysans et des teinturiers, l’âpreté du négoce européen, les caractéristiques botaniques de l’isatis… Passionnant !

Avec un brin de nostalgie, je me suis promenée hier en Pays de Cocagne, dans ce Tarn où vécurent naguère mes grands-parents. Sur la route entre Lavaur et Toulouse, on a traversé Verfeil (en Haute-Garonne), au cœur du pays de Cocagne : savez-vous que les Petites Filles Modèles Camille et Madeleine y vécurent « pour de vrai » ? Elles étaient les petites-filles de Sofia Fiodorovna Rostoptchina, mariée au Comte Eugène de Ségur, plus connue sous le nom de Comtesse de Ségur…220px-Sophie_de_Ségur

C’est bien ici que vint à la Comtesse l’inspiration de plusieurs de ses histoires, si désuètes qu’elles n’intéressent plus du tout les nouvelles générations. C’est pourtant une mine d’informations sur la vie au milieu du XIXe siècle, car la romancière s’appliquait cet adage :  « N’écris que ce que tu as vu »… Ainsi les châtiments corporels sont ceux qu’elle subit malheureusement lors de son enfance… et les bêtises de Sophie (dans « Les malheurs de Sophie ») sont celles qu’elle fit elle-même !

Louis Hachette créa la célébrissime Bibliothèque Rose en 1855 pour publier les premières histoires dont Eugène de Ségur lui fit l’éloge, avec le succès qu’on sait!

La Comtesse de Ségur (1799-1874)

Sur ce blog « Mes Yeux« [attention, ce lien semble maintenant corrompu/ 1er août 2014] est développé l’histoire de la Comtesse et ses petites-filles, avec de nombreuses photos.
Vous pouvez maintenant lire le résumé de leurs tristes vies ici :

Dans les livres de leur grand-mère la comtesse de Ségur, Camille et Madeleine sont deux petites filles modèles, curieuses et bien élevées, bienveillantes avec les pauvres et leur cousine de malheur, Sophie. La comtesse qui écrit de gracieux petits contes imagés et moralisateurs, voit son audience augmenter lorsqu’elle est éditée, à partir de l’âge de 57 ans, par Louis Hachette.

Nées en 1848 et 1849 entre Rome (Camille) et Toulouse (Madeleine), les deux fillettes de Malaret, du nom de leur père Paul, diplomate en disgrâce qui se replie sur les vieilles terres de sa famille, connaissent une enfance heureuse, parfois éloignée de leurs parents.

On les voit d’abord au château du village d’Ayguevives, en Haute-Garonne (aujourd’hui la mairie) puis près du chantier de construction du château de leur père… Il ne sera jamais terminé et servira de grange jusqu’à la fin du XXe siècle. Mais l’argent n’est pas un sujet de conversation et les petites en sont tenues à l’écart.

«Camille est ma préférée, c’était la plus jolie, la plus pétillante aussi, mais elle n’a pas eu la vie facile !», affirme Marie-Chantal Guilmin qui prépare une biographie de l’aînée des filles modèles… «Elle avait été séduite par un bon à rien, Léon Ladureau de Belot, qui une fois marié, la battait et la trompait».

Le couple a un fils et vit à Paris, mais souffrant de phtisie, Camille redescend à Verfeil où elle meurt à l’âge de 35 ans. Son fils Paul, lui aussi malade, ne lui survivra que quatre ans. Camille, à qui était dédié «François le bossu» de la comtesse de Ségur, apparaît aussi sous les traits de Natacha du «Général Dourakine», de Mina, de «La fortune de Gaspard» et de Geneviève d’ «Après la pluie le beau temps».

Quant à Madeleine, elle resta auprès de ses parents et s’occupa également de sa grand-mère : après la vente de son château en Normandie, la vieille femme de lettres passa un hiver, malade et désargentée, chez les Malaret.

Madeleine ne se maria jamais et mourut dans un couvent de Toulouse en 1930, Petite Vieille Modèle âgée de 80 ans.

La Dépêche, 27/10/2013

Je suis allée voir l’enclos séparé du cimetière de l’église  Saint-Sernin-des-Rais, sur une colline à 2 km du bourg de Verfeil. Quatre tombes sont le souvenir des personnes connues au-delà de leur région, grâce au succès littéraire de la Comtesse de Ségur :

petites filles modèles

15 réflexions sur “Le Pastel en Pays d’Oc

  1. Je me replonge dans mon enfance…non pas avec Toulouse mais avec « la comtesse de Ségur » et cela ne me rajeunit pas !!! hi !hi !
    Bonne journée Katell.

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    • Passionnant article que celui de l’azurage des textiles ! Les étiquettes sont superbes. Je n’ai connu -et encore, que de loin…- le bleu Reckitt.
      J’ai aussi le livre de Pastoureau sur le Bleu, que d’informations là aussi ! Et effectivement le bleu du lapiz lazuli est extraordinairement profond et dense…
      Merci Odile !

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  2. Qui se souvient du vestiaire des poupées de Camille et Madeleine ? J’ai bavé devant pendant des années et je crois que c’est pour cela que je m’amuse encore, à mon âge, à faire les vêtements de Françoise et Michel de M&T. C’est aussi comme ça que j’ai commencé à aimer les travaux d’aiguille : il me fallait faire des habits pour mes poupées que mes parents n’avaient pas les moyens de m’acheter !
    J’ai conservé toute la collection des livres de la Comtesse que j’avais complète dans la version cartonnée.
    Bon, tout cela nous éloigne du bleu qui est pourtant ma couleur préférée ! (Un livre bilingue : voilà qui va faire mon affaire !)
    Bons souvenirs à toutes …

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  3. Avant de faire la fortune de Toulouse, le pastel ou plutôt la guède a fait la fortune de la Picardie et les bourgeois enrichis par le commerce de la waide (en picard) ou bleu d’Amiens ont beaucoup contribué financièrement à la construction de la cathédrale
    En Picardie aussi, on est en train de redécouvrir cette teinture ce « beau bleu d’Amiens » mais hélas, toujours pas de tissu teint au mètre qui serait une aubaine pour les quilteuses !

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    • Mais oui, la guède du Nord et le pastel du sud sont la même plante et la culture du côté de chez toi est antérieure à celle du Lauragais ! Je suis contente d’apprendre qu’en Picardie aussi on redécouvre cette teinture végétale.
      Imagine un quilt avec tes bleus indigo japonais et des bleus picards, l’alliance de tes deux cultures…
      A bientôt Marie Claude !

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  4. très intéressants tes articles sur le pastel… Merci pour cela..
    tu es donc près de Toulouse sud.. et tu fais partie d’un club… hum.. cela m’intéresse.. si c’est possible, bien sur…
    Bonne journée, MIP

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    • Bonjour MIP, je fais partie du club de patchwork de Colomiers, mais je suis aussi déléguée départementale de France-Patchwork, c’est pourquoi j’ai la chance de rencontrer tant de quilteuses de la région ! Nous organisons des rencontres trimestrielles pour les quilteuses adhérentes. Si cela t’intéresse, je serai ravie de te donner des renseignements supplémentaires en privé.
      Bonne journée également… malgré le fort vent d’autan !

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  5. bonjour …je me régale en lisant votre article .Pour deux raisons ,d’une part car je suis une passionnée du bleu ,appelé recemment (je crois ), « de Lectoure  » …et j’ai vu sur un catalogue anglais du linge teint avec ce merveilleux pigment … il me semble d’ailleurs que l’entreprise (belge)a disparu …et puis pour l’évocation des livres de l’ancienne bibliothèque rose .Je devrais ajouter une 3eme raison : celle évoquée ci dessus : la garde robe des poupées des petites filles modèles …ces poupées que leur papas leur ramenaient de Paris…merci !

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    • Merci Mosa !
      C’est un monsieur belge, avec sa femme américaine je crois, qui ont créé la société « Bleu de Lectoure » qui se porte très bien ! Ils sont les premiers à avoir cherché à faire revivre ce bleu artisanal. Ils habitent en France, à Lectoure (dans le Gers) et leurs produits s’exportent très bien, des stages de teinture sont même organisés en Californie…
      Ah la lecture de la bibliothèque rose, les poupées… toute notre jeunesse !

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