Le dernier atelier de Klimt

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Le Baiser de Klimt (1908-1909), tant admiré, tant interprété… Il est visible au Grand Belvédère de Vienne. Certains spécialistes disent que Klimt s’est dessiné avec sa muse, Emilie Flöge.

Avant la pause estivale je voudrais, pour ceux et celles qui vont à Vienne cet été (Véronique !), vous donner envie d’aller visiter une maison récemment ouverte au public : le dernier atelier de KLIMT.

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Vienne est une ville qui baigne dans son passé tumultueux et il y a tant à visiter… Ainsi, des tableaux de Klimt sont-ils disséminés dans plusieurs lieux, mais on peut admirer aussi de nombreuses fresques murales dans divers édifices viennois, lesquelles furent parfois des commandes de l’Empereur… mari de Sissi. Eh oui, Klimt a pu rencontrer Elisabeth d’Autriche mais seule sa rencontre avec Franz Joseph est attestée selon les sources que j’ai pu trouver (le peintre reçut des mains de l’Empereur la Croix d’Or du Mérite Artistique en 1888). Klimt symbolise la modernité, l’Empereur un monde ancien évanoui, mais ils étaient pourtant contemporains.

Mieux que je ne pourrais le faire, l’article de ce blog sur les traces de Klimt à Vienne vous donne toutes les bonnes adresses : Yulbaba. Toutes les bonnes adresses… sauf une, toute récente !

A 3 stations de métro de Schönbrunn se trouve le lieu du dernier atelier du peintre (Feldmühlengasse, 11, métro Unter St.Veit, U4). C’était alors une petite maison campagnarde et tranquille, où Klimt peignit de 1911 à 1918 ses derniers chefs d’oeuvre.

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La maison du temps de Klimt. Dès les années 20, après la mort du peintre survenue en 1918, la maison fut agrandie et transformée.
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Klimt en sarrau de lin dans le jardin.

Des passionnés ont pris conscience de l’importance de faire revivre un lieu de vie de cet artiste. En effet, sa maison natale fut détruite en 1967 et ses différents domiciles viennois tous disparus, à part ce lieu : même si la maison a été profondément rénovée au fil du XXe siècle après la mort de Klimt en 1918, des recherches ont été entreprises pour retrouver les caractéristiques et l’atmosphère des pièces où vivait le peintre, grâce notamment aux photos d’époque. Une association, aidée par l’Etat autrichien, entreprit donc de gros travaux en 2011-2012.

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C’est d’après cette photo qu’a été recréé l’atelier du peintre. Les fenêtres ont été repercées, le mobilier mis aux places exactes, et même les blouses du peintre sont étalées de même sur le lit !

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Deux des célèbres blouses de Klimt sont sur le lit : une neuve et une usée, avec deux dessins de broderie différents en épaulette. Ces vêtements sont le pendant masculin des robes modernes, en rupture avec la mode traditionnelle, créées par sa compagne.

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C’est maintenant une magnifique maison, bien plus luxueuse que celle du peintre, mais deux pièces sont reconstituées fidèlement : la salle à manger, avec des reproductions du mobilier 1900 de Hoffmann, et surtout son atelier, avec notamment les repros de ses derniers tableaux sur chevalet, des dessins, deux célèbres sarraus que portait le peintre : ils sont de lin, teints en indigo, avec les épaules brodées… J’aurais bien emporté ces robes confortables !

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La salle à manger a été également reproduite d’après une photo de Moriz Nähr (archives nationales) jusqu’aux moindres détails.

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Dans cette maison, on sent la présence de l’amie, la muse, l’inspiratrice, Emilie Flöge. Leur rencontre a coïncidé avec l’abandon de l’académisme chez le peintre et la progression vers la « sécession », dont le moto est : « À chaque époque son art, à tout art sa liberté ».

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Au centre de Vienne se trouve le Palais de la Sécession, avec le fameux  » À chaque âge son art, à chaque art sa liberté », lieu d’exposition des arts modernes 1900. Moins floral, moins voluté que l’art nouveau français, plus géométrique, l’Art Nouveau viennois mené par Klimt révolutionne la conception de l’art. La coupole du Palais est une somptueuse sculpture de feuilles de laurier, alliée à un bâtiment très géométrique et droit.

 

Dans la Villa Klimt sur des mannequins, on voit des reproductions de magnifiques robes cousues par l’amie de Klimt, ou l’une de ses soeurs. Elles tenaient, à trois, une maison de couture très renommée au coeur de la ville.

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Cette robe est incroyablement moderne, datant des années… 1910 ! C’était une robe de bain… Est-elle d’Emilie ou d’une de ses soeurs ? Etait-ce un modèle de Gustav ? Oui, le peintre, grand séducteur, conçut lui aussi plusieurs robes fluides libérant la femme !

 On pourrait croire cette robe signée Chanel !

 

robe de bain Emilie Flöge détail
Une des lectrices de ce blog a attiré mon attention sur le talent de cette dame, compagne au long cours du peintre. Elle était effectivement elle aussi fascinante et novatrice ! Leurs relations sont étonnantes, les spécialistes étudient toujours leurs liens particuliers… A savoir que Klimt eut au moins 14 enfants attestés d’autres femmes pendant qu’Emilie et lui « étaient ensemble », amis pour la vie…  Et le dernier mot du peintre fut son prénom, Emilie…
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Cette robe datant d’environ 1910 appartenait à Emilie, mais nous ne savons pas qui précisément la créa. En France, c’est Paul Poiret à la même époque qui libérait la femme ; il vint à Vienne en 1910 s’inspirer de l’ambiance de la Sécession et acheter des tissus produits par Hoffmann et Moser, des amis de Klimt.
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Logo de la Maison des soeurs Flöge (qui exista de 1904 à 1938). Emilie en était la chef, à la fois femme d’affaires et créatrice de génie. Une de ses soeurs était l’épouse d’Ernst, frère de Gustav.
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Les amis Emilie et Gustav, elle en robe de style « sécession viennoise », mouvement artistique apparenté à l’art nouveau français, lui en robe de lin indigo. Après la mort de Klimt, elle continua son ascension de créatrice. Sa société fut dissoute à cause de l’Anschluss (annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie) en raison de la perte de ses principaux clients et, à la fin de la guerre, toutes ses possessions, dont de nombreux souvenirs de Klimt, partirent en feu.
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Emilie Flöge, 1902. Peinture de Gustav Klimt bien sûr. C’était une femme innovante, élégante, talentueuse, intervenant probablement dans l’évolution artistique de Klimt… Je crois toujours à l’influence féminine sur les grands hommes !

Je voulais donc ici informer sur l’existence de cette Maison inaugurée en 2012 pour les 150 ans de la naissance du peintre car elle n’est pas encore répertoriée dans tous les guides (mais heureusement pour moi, elle l’est dans le Routard 2014 !). Tant de choses seraient à dire sur ce peintre qui vécut dans la Vienne du tournant du siècle vers 1900, le coeur battant de l’Europe, où se mêlaient la grandeur déclinante d’un empire, le triomphe du conformisme bourgeois issu du « Biedermeier », la gloire de l’innovation des arts et des sciences, mais aussi le germe poison de l’antisémitisme…

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La repro d’un des derniers tableaux de Klimt se trouve dans son atelier : la Dame à l’éventail. J’ai longuement discuté avec le charmant monsieur de la Villa, spécialiste passionné du peintre, au sujet de cette réussite absolue… C’est un tableau rarement exposé au public, car il fait partie d’une collection particulière… Il y a des chanceux !!

Le site de la Villa de Klimt à Vienne : http://www.klimtvilla.at/

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2018 : ce sera le centenaire de la mort de Klimt (crise d’apoplexie), ainsi qu’une liste impressionnante de ses amis sécessionnistes, victimes, eux, de la terrible grippe espagnole. Ce sera certainement l’occasion de riches expositions ; nul doute que 2018 sera une année culturellement passionnante à Vienne !

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Emilie et Gustav, très chics, en 1893. Ils sont encore vêtus traditionnellement, ils viennent de se rencontrer… Elle est de 12 ans sa cadette.
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L’allure d’Emilie… Elle mourut à Vienne en 1952.

 A noter qu’un roman sur la relation entre Emilie et Gustav est sorti en 2005, dans la veine de « La Jeune Fille à la Perle » de Tracy Chevalier. Il fut traduit en allemand, en espagnol, mais à ma connaissance pas en français. Si je réussis à me le procurer, je vous en parlerai un jour…

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Pour plonger dans la Vienne de 1900, j’ai suivi les conseils de la même lectrice de la Ruche et ai commencé la lecture des Carnets de Max Liebermann (6 tomes à ce jour) de Frank Tallis : des polars où les énigmes sont résolues grâce à un psychiatre qui côtoie les personnalités de ce temps, Mahler et Freud, Klimt et l’Empereur.. Absolument passionnant et addictif ! Merci à Griseldis pour ses conseils avisés ! Je vais ainsi continuer cet été à voyager dans le temps et l’espace…

–ooOoo–

 

 

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38 réflexions sur « Le dernier atelier de Klimt »

  1. Comme toujours, vos articles sont très intéressants. Merci de nous faire connaître ce peintre avec un aperçu de sa vie et de son œuvre. Quelle richesse de couleurs dans le tableau de la Dame à l’éventail. Tout a fait magnifique. Je vous souhaite un bel été.

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      1. Bonjour Karell savez vous QUI est la personne qui a servi de modele à la dame à l’eventail ? Sa muse et compagne Emilie Flöge ? J’ai beaucoup aimé votre page sur Klimt. Bonne Vie. Jeanette.

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  2. Merci pour cet article sur Klimt et cette Ville de Vienne. Je me suis toujours demandée comment on pouvait reproduire en tissus l’oeuvre de ce peintre. Ces couleurs sont un régal pour les yeux.
    Bon dimanche

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  3. Que tu me donnes envie de connaître Vienne! Et dire que je viens de rater une occasion d’y aller… La magnifique robe « géométrique » que tu portais à Balma t’a-t-elle été inspirée par Klimt (ou Vasarély)?

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    1. Oh tu touches là un point sensible ! J’ai acheté cette robe à l’imprimé fantaisie bleu et blanc il y a 3 ans… mais je n’ai pu la porter qu’un été car j’avais pris du poids. Pouvoir la mettre à Balma était une victoire personnelle mais elle était quand même un peu trop serrée !! J’adore le bleu marine/indigo et le blanc, et j’avais l’arrière-pensée de cette robe quand j’ai demandé à tout le personnel organisateur de prévoir une tenue bleue et blanche ! Elles étaient toutes très belles mes copines !
      En été, il doit y avoir beaucoup, beaucoup de monde à Vienne… Vise le printemps ou l’automne, c’est mieux ! C’est une ville qui plaît forcément aux férus d’histoire et d’art…

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  4. Je vais faire suivre votre article à une amie habitant près de Vienne. Comme j’ai l’espoir d’aller la voir un jour, j’irai voir l’atelier de Klimt. la robe est magnifique! Merci pour cet article très très intéressant.

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  5. Encore un très bel article, riche et passionnant !! Un grand merci chère Katell !
    Tu sais, à chaque fois que j’ai pu admirer un tableau de ce peintre, ses peintures me faisaient penser d’office aux créations de K. Fassett….
    Passe de très bonnes vacances et à bientôt !
    Bises

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  6. Comme toujours, vos articles sont … mmmmmmmmmmmmm, super. J’aime bcp l’Art Nouveau, français et européen (j’étais à la Mathildenhöhe de Darmstadt, par exemple), et Klimt c’est encore un cran « au-dessus ». Pas d’espoir d’aller prochainement à Vienne, mais sait-on jamais …

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    1. Merci beaucoup ! Je prends également beaucoup de plaisir à fignoler les articles, essayer d’intéresser les lecteurs de manière personnelle… et vérifier mes idées et mes sources. Les fausses infos circulent si vite avec internet… Je ne voudrais pas y participer !

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  7. Ca c’est fort!!! il y a 2 heures que j’ai découvert l’existence de cet atelier sur Google! Merci Katell, je n’en reviens pas. Bon. Je m’en retourne coudre les papillons comme j’en avais l’intention. Je vais me remettre Wien au programme de cet hiver, moi (je rentre de Thuringe).

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      1. 2e commentaire à tête reposée. Mais qu’est-ce que ça me parle cet article… le mobilier d’Hoffmann, le « chou du Palais de la Sécession », les tuniques de K. et surtout cette superbe robe que je découvre. Vous avez bien rendu toute l’ambiguité de la relation entre K. et Emilie F., je trouve. Merci pour les liens et la station de métro, ça va me servir. Vraiment, le patchwork est un fil conducteur qui nous enmène en des lieux insoupçonnés.

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  8. Merci pour ce superbe moment de flânerie à Vienne! Cela me donne grande envie s’y retourner et de pouvoir voir cet atelier! Merci vraiment pour ce partage!

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  9. Merci infiniment sur cet article très intéressant. J’ai toujours aimé Klimt et Hundertwasser – qui lui aussi à un musée à Vienne – depuis que je suis jeune. Grâce à vous, ma liste de lecture pour l’été va s’étoffer.Juste une hésitation sur le choix de la langue 🙂
    Je vous souhaite de bonnes vacances.

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  10. Merci Katell pour ce bel article sur ce peintre que j’aime beaucoup, effectivement les couleurs sont très belles et je rêve un jour de faire un patch reproduisant un Klmit plus figuratif que celui que j’avais fait il y a quelques années, les chevelures avec les fleurs devraient être très belles en patchwork .
    Amicalement et bonnes vacances
    Florence

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  11. Merci pour ce beau reportage,les toiles de Klimt ont ete le coup de foudre pour moi, il y a moins de 2 ans. Juste une petite note, La jeune fille avec la boucle d’oreille en perle du livre de Tracy Chevalier, est le tableau de Vermeer

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  12. Merci, merci pour tous vos reportages super intéressants. On remarque une fois de plus que le patchwork s’est beaucoup inspiré de tous ces grands peintres. Il suffit de voir les vols d’oies et les spirales sur votre fond d’ecran.
    Bel été.
    Béatrice

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  13. Merci Katell pour cet article que je découvre en revenant d’un long WE! Et tu sais quoi, ce tableau , j’avais pu le voir en vrai en accompagnant une visite d’un de mes enfants ( en primaire) lors d’une sortie musée ã Strasbourg. À cette époque entre 1995 et 2000, le tableau était encore en France et son histoire – penches toi dessus! Est incroyable.

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    1. On n’en finit pas de payer les pots cassés de la 2e guerre mondiale. Je crois que le tableau que tu as pu admirer à Strasbourg est « l’Accomplissement »,qui ressemble énormément au Baiser, volé par les Nazis (ils ont spolié maintes familles juives). Strasbourg a rendu le chef d’oeuvre à la famille propriétaire… Maintenant, pour beaucoup d’oeuvres de Klimt (et d’autres) il y a des déchirements entre les descendants d’anciens propiétaires et l’état autrichien à qui on a restitué plusieurs tableaux. Affaires à chaque fois fort compliquées…

      Toujours glauque, l’incendie au château d’Immendorf en 1945 de tableaux de Klimt (dont le préféré du monsieur de la Villa Klimt, celui avec Schubert…). Je n’ai pas approfondi l’histoire, dont voici ici une version : http://art-figuration.blogspot.fr/2012/08/les-klimt-de-la-collection-lederer.html .

      Je suis bien d’accord avec toi, au-delà des peintures, il y a tout le contexte culturel et historique qui est hors du commun…

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  14. Comme toi Katell j’adore aussi visiter les maisons d’artistes. Elles nous les rendent si vivants. Et c’est toujours une émotion, quand on aime un artiste, de voir le lieu où il a vécu.

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    1. C’est exactement cela, on a l’impression de mieux les comprendre car on entre dans leur intimité, ou celle qu’on veut bien nous montrer. Mais franchement je n’ai jusqu’à présent jamais eu l’impression de me « faire avoir » !

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  15. Passionnant (comme toujours), cet article me donne envie de retourner à Vienne, ville magnifique à plusieurs points de vue. Visiter un atelier d’artiste m’a toujours émue, et fait aimer un artiste si je ne le connaissais pas bien auparavant.
    Merci pour tous ces détails. Les bleus, violets de la robe élancée d’Emilie, élégante simplicité, j’adore. MERCI.

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  16. Encore un superbe article, que j’ai lu avec intérêt jusqu’au bout… et l’envie d’aller à Vienne, bien sur, d’en savoir encore plus sur ce peintre que j’aime beaucoup et je lire aussi les Carnets de Max Liebermann .

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  17. Quels talents!
    Encore un artiste peintre inspiré par le drapé des tissus!
    et que dire du talent de créatrice d’Emilie Flöge…
    Merci pour ton article et bonnes vacances ;o)

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