Sur la route de Madison et ailleurs…

Vous avez peut-être vu ou lu Sur la Route de Madison, assurément une des plus belles histoires d’amour de ces dernières décennies. Son auteur, Robert James Waller, vient de nous quitter (le 10 mars 2017). Né en 1939 dans l’Iowa, il écrivit son premier roman à 52 ans en 11 jours, et c’était le merveilleux Love in Black & White (en référence à son hobby de photographe et le métier de son héros) rebaptisé ensuite The Bridges of Madison County (les Ponts de Madison County). Abonnée alors au Grand Livre du Mois car, vivant alors à Hamburg, j’étais en manque de livres écrits en français, j’avais commandé ce livre dès 1993, Sur la route de Madison, et je l’avais lu deux fois de suite, remuée par cette divine parenthèse qui résonnait avec une belle histoire d’amour dans ma jeunesse… What if… Et si… La vie est faite de choix et parfois on se demande où on serait avec un autre chemin choisi !

Première édition avec le premier titre, curieusement édité d’abord en Angleterre le 27/07/1992. Le livre a ensuite été traduit en 40 langues et vendu à 60 millions d’exemplaires.

J’avais peur de voir le film, de perdre la magie du roman, mais avec Meryl Streep et Clint Eastwood, le miracle a opéré.

Le film date de 1995 et ce fut, comme le livre, un succès immédiat ! Pour moi, une des plus belles histoires d’amour du cinéma…

Dans cette histoire, on parle de ces curieux ponts couverts. Les premiers virent le jour en Suisse au 12e siècle, puis il y en eut d’autres en Europe, puis en Amérique du Nord. Les toits aident à protéger les structures en bois soumises aux intempéries. 825 ponts couverts sont répertoriés aux USA  dans les contrées du nord-est et du centre des Etats-Unis !

-o-

Autres constructions en bois qui jalonnent les mêmes campagnes, les granges. Depuis 16 ans maintenant, des granges de toutes sortes, anciennes comme récentes, les granges rénovées comme les croulantes, s’ornent de blocs de quilts peints sur un panneau accroché à leur façade. J’en avais touché deux mots par ici. Depuis, ce mouvement a encore pris de l’ampleur et gagne du terrain ! 

IMG_4274_Davis_Man_RGB_JH_cr.jpg

C’est Betty (les Pine Cone quilts !) qui m’en a récemment reparlé car elle a suivi en janvier, pendant plusieurs jours, le Barn Quilt Trail de Floride. C’est un circuit organisé pour voir toutes les peintures de granges dans un coin du pays, l’occasion de profiter de la campagne et suivre les chemins de traverse, et de faire vivre les endroits reculés grâce à ce tourisme vert.

fall star.jpg
Ici le bloc de l’Etoile de l’Ohio est peint directement sur les planches de la grange, exercice difficile réussi par Scott Hagan (voir ici)

J’ai recommandé le livre qui suit à une amie préparant, avec deux autres amies quilteuses, un beau voyage aux Etats-Unis, espérant qu’il les aiderait à se décider pour tel ou tel Etat à privilégier, en dehors des étapes déjà prévues :

Curieuse, je me le suis offert aussi.

J’ai déjà lu beaucoup d’approximations et même de bêtises concernant ces granges décorées de blocs de patchwork peints. Ce livre remet tout en place. Dans l’introduction, on a l’entière histoire, la « vraie » puisque c’est Donna Sue Groves elle-même qui l’écrit. Donna est celle qui a inventé ce concept.

C’est venu d’un jeu d’enfants quand sa famille faisait des voyages en voiture, du temps où il n’y avait ni smartphone, ni DVD, ni console de jeux pour tenir les enfants tranquilles. Ils allaient souvent rendre visite aux deux grands-mères vivant à la campagne, toutes deux quilteuses par ailleurs. Pour calmer les enfants, les plaques d’immatriculation ne pouvaient aider, ils étaient invariablement de Virginie Occidentale. Alors la mère a inventé un jeu avec des points : qui, de chaque enfant, aura de son côté de vitre le plus de granges qui donnent des points ! Selon la forme des granges, on gagnait un certain nombre de points. Certaines, ornées de panneaux publicitaires, donnaient 3 points et même 6 points si les gamins réussissaient à lire les  mots. Les granges rouges donnaient 2 points, les blanches minoraient de 2. C’était un exercice de lecture et de calcul, mais aussi un intérêt familial, le père s’arrêtant souvent pour en photographier.

81ab67dd4dfe539008e884707e1e8d2c

Le temps a passé, Donna et sa mère ont emménagé dans l’Ohio, dans une ancienne ferme… avec une grange. Dès 1989, Donna souhaite peindre un bloc sur la grange pour sa maman tant chérie, évidemment une Etoile de l’Ohio. La vie a fait que les années ont passé sans concrétisation jusqu’à ce qu’elle scelle avec des amis l’idée de faire enfin sa peinture… et concevoir un circuit de granges également ornées dans le même comté de l’Ohio, l’Adams County. 2001 est donc le début de cette grande aventure qui devient LE projet de sa vie.

6473103907_51781c2bd7

Plus d’un millier de granges ornées plus tard, le bilan est qu’une immense communauté de propriétaires de granges d’Amérique de Nord s’est créée, grâce à Donna. Elle a tant donné pour ce défi, a tant voyagé, s’est fait tant d’amis !! Le paysage de la campagne a vraiment changé depuis 2001, les granges ne sont plus démolies mais consolidées pour pouvoir au moins accueillir un tableau de bloc de patchwork…

17 Deer Hunting Barn Quilt

74580732b018ba25223abc21119992cc.jpg

IMG_20131001_124655_383_sm-300x169.jpg

Cependant la vie, tissée de tout ce que nous faisons et rêvons, ne tient parfois plus qu’à un fil. Donna a eu un cancer du sein il y a une bonne dizaine d’années et ce n’est que grâce à cette formidable communauté, ses dons conséquents et son soutien moral, qu’elle a pu se faire soigner et qu’elle vit encore.

c515e618876a97857051173cb88a7d16.jpg

Tout le reste du livre est écrit par Suzi Parron, une nomade en motorhome qui, inlassablement avec son mari et son chien Gracie, sillonne l’Amérique. Ensemble ils ont suivi une grande partie des Barn Quilt trails.

IMG_2980

Toutes leurs possessions sont dans le motorhome, avec une voiture, des kayaks (ils sont fans !) et des vélos :

_See Ya_.jpeg

Son récit raconte les belles rencontres, les émerveillements de la nature, les galères personnelles aussi, on y voit de nombreuses photos de granges aux panneaux peints… mais ce n’est pas un guide touristique et je ne suis pas sûre que ce livre aide mes amies à préparer leur voyage 😉 En revanche, vous avez ici une carte interactive : cliquez sur l’Etat que vous voulez, vous verrez s’il y a là un Barn Quilt Trail !

DSCF5102

Blog5

DSCN2311

9780804011389_whitebarn

C’est l’Amérique que j’aime, celle où tout est possible, celle de la joie, l’optimisme et la gagne contre l’adversité, celle de l’entraide, de la convivialité, celle où on fait attention à son voisin. C’est l’esprit qui a construit cette nation, qui existe encore et est bien loin de ce qu’on voit ou entend aux actualités.

9686143a1c2ea663780685874704413d.jpg

Je reviendrai prochainement sur le Barn Quilt Trail qui existe en Floride, prétexte pour vous parler d’une célébrité locale que m’a fait découvrir Betty… A bientôt !

Figure 13.2.jpg

Voir aussi le blog : http://americanquilttrail.blogspot.fr/ (la plupart des photos viennent de ce blog de Suzi Parron)

Ohio Star… en miettes

Dans l’Etat de l’Ohio, vous pouvez faire un tour de quelques dizaines de kilomètres pour admirer des fermes si joyeusement décorées comme celle-ci :

N’est-ce pas un merveilleux hommage à notre activité ? C’est Donna Sue Groves qui, en 2001, fit une décoration sur sa grange dans l’Ohio en l’honneur de sa mère quilteuse. Cette brillante idée eut tellement de succès que près de mille granges sont ainsi peintes dans 19 Etats ! Si vous souhaitez en savoir plus sur l’origine de cette nouvelle tradition, cliquez ici ou ici pour d’autres exemples. La plus adéquate pour l’Ohio est celle-ci en photo puisqu’elle est nommée Ohio Star. J’aime beaucoup ce bloc. Tellement que j’envisage très sérieusement de peindre ce bloc sur ma boite aux lettres, c’est relativement discret mais tout de même très rare en France. Sur les volets, je ne crois pas obtenir l’autorisation de mon mari.

En attendant le courage de sortir les pinceaux, j’en ai cousu une qui pourrait figurer dans le concours des motifs cachés (à lancer) :

L’avez-vous dénichée ? On la voit mieux en photo ! C’est le centre piécé de l’étoile qui m’a donné envie de brouiller les pistes. Vous pouvez voir ci-dessous un de mes petits trucs : j’ai préparé à part un tissu de bandes dès la première semaine, en couleurs dominantes, pour éviter parfois les longues bandes d’un seul tissu. Très utile pour finir rapidement un bloc !

Cette étoile cachée me rappelle les devinettes éditées en Lorraine, sur les images d’Epinal qu’on collectionnait encore un peu dans mon enfance, avec un dessin caché comme ici :

(cherchez la tête du chasseur de papillons)

 Ce papillon me donne envie d’en coudre un autre en miettes…

A bientôt !