Au bonheur de Nantes

Blason_ville_fr_Nantes_(Loire-Atlantique)_avant_1808.svgNantes, ville bretonne quoi qu’on en dise, est un lieu de rendez-vous très prisé avec son Salon Pour l’Amour du Fil. Une foule phénoménale s’y pressait jeudi 20 avril, nous étions des centaines -des milliers !-  à nous presser dans les allées ! 

De très nombreux blogs ont montré de si belles photos que je ne vais pas recommencer. Je vais juste évoquer ce qui a été pour moi inoubliable, unforgettable

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Unforgettable, la bien nommée, est une exposition de quilts anciens du Pays de Galles. Je regrettais tant de n’avoir pu aller à Lampeter voir cette expo : cette expo est venue à nous, quel plaisir !
On soupçonne très fortement que les femmes Amish se sont inspirées des Galloises pour établir leurs codes de fabrication de leurs quilts, impression renforcée en déambulant dans cette superbe exposition !

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J’ai bien sûr été heureuse de voir en vrai des chapeaux de femmes galloises au sujet desquels j’avais fait quelques recherches.

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Je ne sais pas faire une belle photo avec les projecteurs dans les yeux ! Mais on voit bien quand même la beauté du quilting… Ce quilt est un coup de foudre qui dure !

Et ce quilt que j’aime tant depuis que je l’ai vu sur un tableau de Valériane Leblond, il ne m’a pas déçue : oh que j’aime son quilting et ses couleurs brique & pastel qui m’inspirent toujours !

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Dès le premier regard, j’ai aimé ce quilt peint par Valériane Leblond dont les couleurs tranchent avec les plus classiques rouge & brun.

De l’inoubliable exposition indienne, je retiens un ouvrage qui n’a pas été primé, les autres ayant été déjà mis en lumière.

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Participation de  Fabienne à ce concours : on y retrouve ses ovales bien reconnaissables, son expertise de brodeuse, sa sensibilité féminine… L’Invitation au Voyage, thème du concours, est allée avec elle jusqu’en Amérique centrale avec trois Vierges de Guadalupe. Alors malgré un Arbre de Vie d’origine indienne interprété librement, cet ouvrage n’a sans doute pas été jugé assez « indien » pour le Jury. Il faut dire que la compétition était rude ! Mais ce qui vaut toutes les médailles, c’est qu’Amy Butler l’a distingué sur Facebook parmi ses préférés ! (les couleurs ne sont pas du tout bien rendues… pardon Fabienne).

Style boho-chic d’Amy Butler

La rencontre d’Amy & David Butler est inoubliable, unforgettable également ! Quelles personnes empathiques, intéressantes et douées ! Ce couple représente le meilleur de l’Amérique avec leur état d’esprit moderne, inventif et positif, ayant une vision du monde pour l’avenir mêlant goût de la réussite et pensée positive, art et spiritualité, pragmatisme et humanisme.

Brigitte Heitland a expliqué en détail sa méthode de travail autour de l’accord des couleurs et des formes.

Ma chère Brigitte Heitland, avec qui j’ai échangé tant de mails ces derniers mois, est 51fc0ybkwl-_sx383_bo1204203200_bien la formidable personne que j’imaginais. Ses quilts sont de futurs grands classiques, ils marquent d’ores et déjà le monde du patchwork. Elle était l’unique exposante de quilts modernes. Espérons que, les prochaines années, ce Salon leur fera une place plus grande.
Inoubliable, Brigitte Heitland !

Tout près du stand de Brigitte, il y avait l’exposition d’une Japonaise. Un coup à l’estomac ! Quelle perfection ! En écrivant cela, je me doute que beaucoup vont objecter que les appliqués étaient mal faits : tissus mis à cru, fixés avec des points visibles, coups de ciseaux irréguliers… La perfection était dans cette imperfection affichée, la simplicité des tableaux mais surtout dans le sens aigu des couleurs… Juste ce qu’il faut là où il faut !

C’est donc sans hésitation que j’ai choisi le livre Poésie Cousue, quand Sarah de Quiltmania m’a appris que j’avais gagné un livre à choisir grâce à un jeu sur Facebook ! Merci, je suis ravie de l’avoir !

Fleurs, légumes, animaux, la Nature dans toute sa simple évidence est croquée par Misao Wada, mais aussi des souvenirs d’enfance ou de voyages.  Le coup de baguette magique qui fait de ses appliqués des œuvres d’art est l’utilisation de tissus anciens, usés, décolorés, des tissus à trame lâche qui laissent passer le jour, et curieusement des fils contrastés et des points bien visibles qui, loin de nuire, donnent un halo de lumière et complètent l’aspect rustique déjà évoqué par les tissus. Je regrette de ne pas l’avoir abordée, une soudaine timidité m’a fait tourner en rond autour d’elle sans ouvrir la bouche !

Que dire des amies, toujours plus nombreuses, de France Patchwork et/ou de ce blog, rencontrées dans les stands et les allées ? Des rencontres inoubliables elles aussi, des confidences, des rires de bon matin (merci encore Chantal pour ton hospitalité !)… Je serais bien restée plus longtemps, mais un avion n’attend pas…

Stand France Patchwork, toujours un lieu convivial où l’on échange des dernières nouvelles !

 

Le Pojagi avec Maryse Allard

Le Pojagi (prononcez-le pojagui), souvent écrit Bojagi en anglais et 보자기 en coréen, est l’art du patchwork en Corée. Notre spécialiste nationale est Maryse Allard. Depuis plus de 10 ans, elle y trouve inspiration et sérénité.

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Maryse Allard, entourée de quelques-unes de ses œuvres, le 5 mai dernier à Pibrac.

Nous l’avons sollicitée pour animer une Journée de l’Amitié France Patchwork en Haute-Garonne ; le 5 mai dernier nous avons pu apprendre le contexte historique bien particulier de cet art coréen du quotidien et de l’exception. Il a un riche passé et rejoint le souci du beau, de l’utile, de la protection que je connais un peu dans la société nippone par l’utilisation des Furoshiki ou des Tenugui.

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Ce pojagi rappelle le bloc des Marches du Palais. Nous avons pu voir (ou justement ne pas voir !) la finesse des points : ici Maryse a utilisé une autre technique que celle qu’elle enseigne en stage-découverte.

A présent, la renaissance du Pojagi se fait essentiellement dans le domaine de la décoration, faisant de subtils jeux de transparence grâce aux tissus choisis (organdi, ramie, soie etc.) et les techniques de couture employées. Un Pojagi peut se faire de diverses manières, à la main ou à la machine. Celle enseignée par Maryse fait l’unanimité : beauté du résultat, facilité de la technique, que demander de plus ?…

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Voici le travail d’apprentissage pour s’approprier la technique avant de se lancer dans une création.

Si à votre tour vous souhaitez enrer dans le monde du Pojagi, n’hésitez pas à contacter Maryse Allard pour connaître les dates et lieux de ses prochains stages – ou la faire venir pour votre propre groupe. Pour ce faire, allez sur son blog, onglet Contact ou sur Facebook, laissez-lui un message. Sa patience, sa pédagogie vous accompagneront tout au long de votre apprentissage.

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Deux Pojagi particuliers de Maryse Allard avec à gauche l’utilisation de soies et à droite la complexité des lignes courbes, la subtilité des appliqués… Du grand art !

 La Ruche des QuilteusesDepuis plusieurs mois, je collecte des photos de pojagi tous azimuts, vous pouvez les consulter sur ce tableau Pinterest avec des exemples du monde entier. A vos tissus et vos aiguilles pour entrer dans ce monde merveilleux ! Si vous ne pouvez pas prendre de cours avec Maryse, je ne peux que vous conseiller de vous procurer son superbe livre : Le Pojagi, art du patchwork coréen, édition Carpentier, ou aussi Boutis de France, La tradition revisitée, édition LTA, écrit en collaboration avec Hubert Valeri (alliance du boutis et du pojagi, de la transparence et de l’opacité, des traditions française et coréenne… Que d’inspirations !)

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Cerise sur le gâteau de certains pojagi : ce tout petit noeud fait avec un carré de tissu de 2 cm ! C’est bien sûr très minutieux et les Coréennes se régalent de ce signe porte-bonheur. Bien sûr, Maïté et Kristine, les doigts d’or de la délégation, l’ont appris pour en mettre dans leurs futurs Pojagi !
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Séance-photos pour les stars du jour, les pojagi de Maryse Allard.

Un grand merci à Suzy pour toutes ces photos !

Renaissance d’une Etoile

Il y a quelques mois sur Facebook, j’ai eu un coup de cœur pour un quilt représentant le visage d’une femme énigmatique et troublante, un portrait fait avec la désormais célèbre méthode des pixels où, carré par carré, nuance par nuance, le dessin apparaît (j’en avais vu un, fabuleux, en Irlande en 2012, voir aussi Deborah Hyde ici). Renseignements pris, c’est Andi Herman qui l’avait fait avec une technique élaborée il y a quelques années par son mari et elle-même.

Chacun ou presque sait chercher comment faire pour pixeliser sa photo, mais que faire après ? Eh bien leur société YouPatch vous aide : pour un prix très raisonnable ils préparent un PDF personnalisé avec la grille de tissus unis à choisir dans la gamme Kona Cotton (la plus étendue). On peut leur confier une photo, ils nous la rendent en schéma exploitable très clair (les schémas parlent, on comprend même si on ne maîtrise pas l’anglais !) avec quelques raffinements possibles comme la mise en morceaux plus grands que le pixel de base là où la couleur est unie et des mini-pixels dans les endroits les plus denses. Ensuite, à vous de jouer !

Très à la mode cette année, l’ananas ! On en voit dans les magasins de décoration, sur des tee-shirts… Ils symbolisent la convivialité, un signe qui dit Bienvenue ! J’en avais déjà parlé ici.
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L’éternelle jolie frimousse d’Audrey Hepburn, et Andi à droite.
Voici un exemple de ce que vous aurez d’Andi, avec en plus les légendes de couleurs, les dimensions des pièces et même un plan de coupe de vos tissus par couleur, afin de réussir un patchwork unique à partir de votre photo. Ici, le sourire d’Audrey décrypté…
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Ella Bubbles Quilt, Andi Herman. Ici on a des lignes plus souples : les carrés bicolores sont maintenant introduits dans certains modèles.

Mais qui était la femme du premier portrait ? J’ai demandé à Andi, la belle mystérieuse s’appelait Clara Bow. J’aimais tellement l’atmosphère que ce quilt dégageait que je lui ai demandé l’autorisation d’utiliser sa photo dans un de mes articles pour France Patchwork (Les Nouvelles n° 132 page 42). Thanks again Andi!

J’aime la poésie de ce portrait, avec sa gamme de couleurs restreinte, ses fleurettes romantiques et féminines et cet air mystérieux… C’est un petit portrait, les pixels sont minuscules…

Clara Bow. Une illustre inconnue. Inconnue ?  Allons donc !! C’était une des plus grandes stars du cinéma muet américain, la muse de Scott Fitzgerald (qui écrivit entre autres Gatsby le Magnifique) qui prendra cette femme comme modèle pour ses romans et épousa Zelda, « une autre » Clara…

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Clara en 1921 (tout juste 16 ans), l’air sérieux, sans doute le fruit d’une jeunesse sordide, mais déjà magnétique. Elle se présenta à ses premières audiences à cet âge et son aura la mènera vite à Hollywood, la Mecque naissante de l’industrie cinématographique aux abords de Los Angeles.
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La Garçonne !
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Devenue rousse flamboyante (avant Rita Hayworth), Clara devient l’égérie sexy des années folles.

 

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On ne sourit pas beaucoup sur les photos à cette époque. Pourtant Clara était une pétillante jeune femme, sa joie de vivre crevait l’écran. Elle fut l’un des modèles pour Betty Boop, la pin-up de bandes dessinées.

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Provocante, en avance sur son temps, elle était mondialement connue et ses frasques passionnaient le public. Elle collectionna les amants, parmi lesquels le tout jeune Gary Cooper… Clarita & Garyito formaient un couple de stars qui faisait rêver ! C’était la première It Girl, celle qu’on suit et qu’on adule…

Clara en 1927
Ce film, sorti en 1927, fur le premier à recevoir l’Oscar du meilleur film !

Libre, très libre, Clara croquait la vie à pleins dents. C’est grâce à ces pionnières de la vie que peu à peu, dans notre culture,  la femme a gagné la place de personne à part entière, avec plus de libertés et de responsabilités aussi. Mais Clara en paya le prix, on en profita pour lui faire subir toutes les avanies possibles. De faux scandales montés par une jalouse et la presse à scandale ruinèrent sa carrière, tout autant que la venue du cinéma parlant et de nouvelles stars du grand écran. Atteinte de bégaiement et l’accent populaire accroché depuis l’enfance, elle ne passa pas la rampe du cinéma parlant. Elle fut contrainte de mettre fin à sa carrière à 28 ans et devint une tranquille mère de famille, parfois fortement dépressive, dans le désert du Nevada, elle la gamine de Brooklyn. Elle y vécut dans la discrétion jusqu’à sa mort, en 1965.

Clara en 1932, à la fin de sa courte mais brillante carrière.

Si vous souhaitez vous plonger dans l’ambiance des années folles au son du jazz et des extravagances de Hollywood d’entre-deux-guerres, entrer dans les débuts de l’industrie cinématographique, côtoyer de futures stars et surtout apprendre à mieux connaître la vie de la pétillante et extravagante Clara, j’ai un livre pour vous qui vient de sortir :
Le Sourire de Gary Cooper, de Sophie Pujas, Gallimard, collection L’Arpenteur, 112 pages.
La prose poétique de Sophie Pujas redonne vie à Clara Bow, la star oubliée des années folles. Tout ce que je sais d’elle vient de ce livre qui se lit d’une traite.

Andi Herman, comme Sophie Pujas, ont rendu hommage à cette étoile, chacune avec le meilleur de leur art. Et en un sens, les étoiles s’étaient alignées en ce début d’année pour que je remarque le portrait de Clara, puis découvre ce livre qui vient de sortir (parution le 16 mars dernier), afin que naisse en moi beaucoup de tendresse pour l’étoile oubliée du cinéma muet.

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En savoir plus sur les quilteuses de Gee’s Bend

Gee’s Bend est un hameau en Alabama, une terre encerclée par un méandre de l’Alabama River.

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En France, Gee’s Bend ne nous dit pas grand chose, mais c’est pour les quilteuses américaines le symbole de la découverte d’une autre manière d’aborder le patchwork, un pas décisif vers la liberté de faire ce qu’on ressent et non ce qu’on doit faire ! C’est la découverte des quilts de Gee’s Bend qui a donné l’impulsion de l’improvisation, chère à beaucoup d’artistes contemporaines. On peut dire que les quilts improvisés sont du jazz en tissus !

Ce territoire fut la propriété de la famille Gee au début du XIXe siècle, qui s’y installa et fonda une plantation de coton avec des esclaves. A la fin de la guerre de Sécession, les esclaves étaient libres, mais où auraient-ils eu envie d’aller ? La plupart restèrent comme métayers sur place. Ils vivaient en quasi-autarcie, parlaient un dialecte fait de mots africains et anglais et étaient profondément chrétiens, mais avec aussi beaucoup de réminiscences des croyances de leur continent d’origine. Ils restaient tellement isolés dans leur boucle de rivière que les autres Noirs les appelaient les Africains !

L’histoire de la plantation fit que les descendants d’esclaves purent devenir des locataires « pour rien » au tournant du XXe siècle, le nouveau propriétaire étant absent. Mais même isolés, ils subirent de plein fouet les effets de la grande dépression des années 1930. Beaucoup moururent de faim. La Croix Rouge découvrit leur village et les sauva. Roosevelt força le propriétaire absent à s’occuper des gens vivant sur sa terre. Avec l’aide de lois pour le fermage, des familles purent acheter la terre dont leurs ancêtres étaient esclaves. Le cauchemar est devenu un rêve !

Martin Luther King leur rendit visite au cours de sa campagne pour le respect des droits civiques, après les marches de Selma à Montgomery en 1965. Lui et Reverend Walters engagèrent les femmes à faire un « Freedom Quilting Bee » comme ailleurs en Alabama : au lieu de ne faire que des quilts pour tenir leur famille au chaud, elle pouvaient aussi faire des quilts pour les vendre, afin de gagner en autonomie. Bloomingdale, le grand magasin, acheta leurs quilts, ce commerce fonctionna un temps puis s’étiola. Cette histoire des années 60 est racontée dans ce livre :

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On reparla des quilts de Gee’s Bend dans les années 1990-2000 car un collectionneur (William Arnett) vit des photos de leurs quilts et fut frappé par leurs similitudes avec des œuvres de peintres reconnus du XXe siècle, comme Matisse ou Klee. Il se rendit à Gee’s Bend, acheta des centaines de quilts et monta des expositions. Ces quilts sont bien éloignés de l’orthodoxie américano-européenne et il s’ensuivit une série de discussions académiques et de controverses sur le concept de l’art en regard de l’artisanat de l’Alabama… ainsi que l’opportunisme du collectionneur.

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Timbres postaux édités en 2006 avec des quilts de Gee’s Bend en illustration.

Et pourtant, ces quilts secouèrent bien le monde des quilteuses et de la création artistique, c’est un peu partout l’éblouissement devant cet art spontané d’une miraculeuse beauté (Michael Kimmerman, The New-York Times) !

Comment sont ces quilts ? Ils sont… différents ! Bien sûr on reconnaît des blocs connus comme le log cabin, des étoiles, des triangles… Les tissus utilisés sont ceux de notre monde de consommation : blue jeans, tee-shirts, textiles synthétiques… Ce qui frappe, c’est leur audace dans la composition, signe de leur liberté. Les quilteuses apprennent avec leur famille, sans aucune contrainte ni influence qui pourrait normaliser leur création. Une quilteuse de Gee’s Bend à qui ont demande mais pourquoi as-tu fait comme ça ? répondra invariablement I did it my way, je l’ai fait à ma façon, à ma manière..Mais il faut savoir qu’elles ne sont pas les seules à quilter ainsi. Même si ce village est, par son isolement, un concentré de quilts improvisés sans règles, c’est une caractéristique générale des quilts utilitaires, en particulier dans les Etats les plus pauvres (ceux du sud-est des Etats-Unis). Nous pouvons penser à la chère Miss Sue, amie de Betty Smith, qui faisait elle aussi tant de quilts utilitaires…

Voici quelques quilts beaux, modernes et presque sages :

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Minder Coleman (née en 1956)
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Louisiana Bendolf (née en 1960)
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Annie Bendolf (1900-1981)
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Magdalene Wilson (1898-2001)
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Sally Bennett Jones (née en 1966)
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MertlenePerkins (1917 – 2015)

Vous trouverez encore des dizaines d’inspirations et de petits chefs d’oeuvre, avec la biographie des quilteuses, sur ce site : Souls Grown Deep. Ce qui me réjouit, c’est de voir que ces quilteuses vivent très âgées, malgré la traversée de tant d’épreuves au cours du XXe siècle. Je confirme:  quilter, ça conserve, je le vois autour de moi aussi !

Des livres, tous édités dans la décennie 2000-2010, sont maintenant parfois à des prix prohibitifs, d’autres restent raisonnables. Il faut aussi surveiller les offres de livres d’occasion ou se les offrir en numérique. j’ai trouvé ces références sur amazon.com, certains le sont aussi sur amazon.fr.

De William Arnett :518qir-m7zl-_sx434_bo1204203200_

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De Mary Lee Bendolf :

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De Elyzabeth Wilder :

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Il y a aussi de très nombreux livres d’enfants, parmi lesquels celui-ci qui raconte une histoire vraie :

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Mais très bonne nouvelle, ce livre sortira le 13 juin prochain :

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Voilà Ella, j’espère avoir répondu à ta question 🙂

Le mot patchwork en France

Parlons vocabulaire aujourd’hui.1463668020

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Costume de petassou contemporain pour un carnaval occitan.

En Occitanie comme ailleurs, les vernissages sont l’occasion de réunir Élus, professionnels, amis et artistes autour d’œuvres exposées temporairement. Au cours des discours ou des discussions nous faisons le point sur l’évolution de l’art concerné. Je me souviendrai toujours d’un Élu qui, lors de son discours sur une exposition de patchwork, nous sortit tout-de-go : J’aime tout dans votre art, tout sauf… son nom imprononçable ! Et de nous sortir des équivalents occitans : petas, petassou, petaçon, ce petit morceau de tissu qui sert à rapiécer, ravauder, rapetasser… En français comme en occitan, nous avons du vocabulaire, alors pourquoi ce mot barbare ?

Patchwork… le grand fautif ! C’est maintenant un mot connu en français, mais chez les non-initiés, il fait penser inévitablement à une couverture rapiécée sans grande valeur, faite par une grand-mère d’un temps révolu. C’est tout de même bien loin de nos beaux ouvrages, classiques ou modernes !

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Une très simple couverture en patchwork tient au chaud ce petit garçon malade. Illustration dans le conte Michka (écrit par Marie Colmont, Album du Père Castor). Moi j’aime ces quilts tout simples…

Paradoxalement, c’est nous les Françaises qui l’utilisons le plus, ce mot incriminé ! Le patchwork n’est que l’assemblage de pièces de tissus et nous l’utilisons souvent abusivement pour désigner l’ouvrage fini.

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Insolite, à l’Ecole d’Art de Blois : un mur est couvert de mots ! Ce sont des plaques émaillées de l’artiste Ben (Ben Vautier), patchwork inattendu de petites phrases simples sur l’art, la vie, l’ego… 300 raisons de réfléchir ou de sourire !

Le succès de ce mot tient peut-être dans l’importance de Sophie Campbell en France. C’est elle qui a fait connaître ici, plus tôt que dans d’autres pays européens, l’Art du patchwork ainsi dénommé. Ce mot claquant a été le sésame pour cette activité  qui se transforme si vite en passion !

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Le titre de ce livre est clair : il traite de l’appliqué et non du patchwork !

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Les titres des premières « bibles » des Françaises quilteuses sont sans doute l’explication du succès du mot patchwork. Ils expliquent comment faire des blocs en patchwork, alors on disait fièrement qu’on faisait du patchwork, puis qu’on avait terminé son patchwork, désignant l’ouvrage matelassé et terminé. Nous aurions dû parler de quilt, ou un autre mot local pour désigner l’ouvrage fini. Depuis, au petit bonheur la chance nous utilisons souvent un mot pour un autre, nous les prononçons comme on peut, mais finalement ce n’est pas bien grave !

ecussons_drapeau_quebec1Sophie Campbell aurait été québécoise, gageons que nous aurions toutes fait des courtepointes en France… Le vocabulaire est fait par l’Histoire !

qm117A lire par exemple, un article dans le nouveau Quiltmania (117) qui insiste surtout sur le fait qu’il ne faut pas appeler quilt un ouvrage fait de 2 épaisseurs seulement (les coverlets par exemple, les dessus-de-lit sans molleton) ni ceux qui sont noués (car non quiltés au point avant). C’est la différence entre matelassage et quilting : le mot français inclut l’assemblage avec les nouettes qui s’apparente au capitonnage et aussi le boutis !

Mais que dire à la place ? Autant chercher des mots français… Quand je me présente à une personne inconnue à qui je parle de ma passion, j’évoque l’art textile tout d’abord, terme générique des ouvrages de tissu, de fil et d’aiguille puis j’affine, si l’interlocuteur est intéressé, en parlant de quilts, de patchwork, de plaids et de tableaux muraux, de couleurs et de géométrie, d’histoire sociale des femmes et d’émigration, de rencontres et d’amitié… Tout ce qui fait que notre activité est bien plus que de l’assemblage de tissus ! Et pourtant je ne fais presque jamais du mix-media… qui s’approprie trop souvent le mot art textile en France !

motsQuels sont vos ressentis, entre mots français et anglais ?… Aimeriez-vous un effort national pour mettre de l’ordre dans notre vocabulaire, ou bien est-ce un sujet qui vous indiffère ?…

Un quilt pour Michelle Obama

Vous n’avez certainement pas oublié Miss Sue, cette femme qui jusqu’à son décès à 98 ans quiltait des quilts traditionnels au fin fond de la Géorgie puis de la Floride, et qui enseigna cette ancienne technique à Betty Smith, spécialiste des arts afro-américains. Si vous lisez ce blog depuis peu, ou si vous avez envie de vous remémorer ces longs moments passés avec ces deux femmes extraordinaires, voici par ordre chronologique les articles qui leur ont été consacrés :

https://quilteuseforever.wordpress.com/2014/12/10/des-quilts-en-floride/

https://quilteuseforever.wordpress.com/2014/12/16/betty-ford-smith-a-la-recherche-de-ses-racines/

https://quilteuseforever.wordpress.com/2014/12/18/miss-sue-faisait-toutes-ses-robes/

https://quilteuseforever.wordpress.com/2014/12/20/les-quilts-en-pomme-de-pin-de-miss-sue-dear-betty/

https://quilteuseforever.wordpress.com/2015/12/27/dinestimables-cadeaux-de-floride/

https://quilteuseforever.wordpress.com/2015/09/26/betty-smith-expose-son-merveilleux-pine-cone-quilt-vert/

Depuis ces articles, Betty garde en elle l’impérieuse nécessité de faire connaître aux jeunes générations la fabrication de tels quilts, les Pine Cone quilts (ou Pine Burr quilts, ou encore Cuckleburr quilts). Un autre jour, je vous raconterai en détails son actualité, mais sachez qu’elle expose et donne des cours. Aujourd’hui, je vous raconte l’idée qui a cheminé dans son esprit cet automne.

almathomas_portraitBetty a appris que la First Lady, Michelle Obama, admirait grandement une femme peintre originaire, comme Miss Sue, de Georgie. Née en 1891, cette artiste n’eut de succès qu’à partir de ses 80 ans ! Elle a fait d’abord carrière comme professeur d’art en université, mais ce n’est qu’à la retraite qu’elle s’est mise à être exposée et reconnue. Son style est l’expressionnisme abstrait, issu en quelque sorte du pointillisme de Seurat ou Signac. Ce fut la première artiste noire à avoir une exposition en solo au Musée Whitney de New-York en 1971, précisément au même endroit et la même année que la grande expo de quilts qui a relancé la fierté américaine pour leur patrimoine textile !

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Autumn Leaves fluttering in the Breeze
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Starry Night with Astronaut
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Grassy melodic Chant
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Moving Heaven & Earth
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Dancing with Spring Flowers

Dans une des salles à manger de la Maison Blanche est accroché un de ses tableaux, choisi par Michelle O. elle-même. Betty en a été émue, elle qui admire aussi cette artiste. De plus, vous voyez le Dancing with Spring Flowers, ne trouvez-vous pas une ressemblance avec un Pine Cone quilt ?

Betty a donc décidé de témoigner son admiration à la fois à l’artiste et à Michelle Obama, cousant point par point en pensant à ces deux femmes…

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Quilt dans l’esprit d’une peinture pointilliste d’Alma Thomas, fait par Betty Smith.
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Le dos montre les points d’ancrage des triangles, dans la pure tradition afro-américaine.
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Betty chez elle, montant le sampler créé pour Michelle Obama (novembre 2016)

Et le quilt fut expédié à la Maison Blanche pour Thanksgiving.

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Une très belle lettre accompagne ce sampler de quilt traditionnel géorgien. Betty m’en a envoyé une copie, elle raconte avec talent les liens entre Miss Sue et elle, et la connexion avec les peintures d’Alma Thomas.

Betty a agi, n’écoutant que son cœur, ressentant beaucoup d’émotions en pensant à la fin de la présidence Obama. Il y a deux jours, un courrier a agi comme un immense rayon de soleil dans sa vie : la réponse des Obama ! C’est bien sûr une réponse standard, mais signée du couple présidentiel :obama-answer

Quoi de mieux que de vivre ses rêves ? Betty continue de vouloir faire connaître et reconnaître ces quilts. Par la magie d’internet, cette forme de patchwork émerge chez certaines artistes modernes… Bien sûr je prépare un article à ce sujet !

Michelle Obama fait ce vendredi 6 janvier un discours remarqué, mettant en valeur le personnel qui s’occupe de la jeunesse. C’est son credo : l’éducation des jeunes pour un monde meilleur. Cela tombe bien : Betty y a consacré sa vie professionnelle étant d’abord professeur d’art, puis spécialiste en éducation pour enfant en besoins spéciaux et finissant sa carrière comme Principale de lycée et administratrice de district. Encore un point commun entre ces femmes remarquables !helen_keller_quote_the_highest_result_of_education_is_tolerance_5502

Le quilt de la reine Lili’uokalani

Ma chère amie Maïté m’a envoyé des photos au cœur de l’été au sujet d’une histoire insolite, méconnue (du moins en France), triste et touchante. On se croirait dans un roman exotique, mais  Lili’uokalani a bien existé et voici un pan de sa vie.

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Lili’uokalani, ici en 1891, eut un destin unique.

Hawaï, Hawaii ou Hawai’i, au choix, est un archipel de 137 îles nommé d’après l’île principale, perle américaine du Pacifique, paradis de vacances au son du ukulélé, réserve de merveilles de la nature, spot de surf, lieu de naissance de Barack Obama en 1961… et je n’en savais pas grand chose d’autre.

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Je ne m’étais jamais demandé comment cette île avait bien pu rejoindre le géant étasunien.

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Paysages paradidiaques…

Pour faire court, ces îles polynésiennes furent découvertes par l’Occident par le grand explorateur James Cook en 1778. Il les baptisa les Îles Sandwich : il aurait aussi pu les nommer Îles Ananas, tant qu’à faire !

L'ananas, soleil d'or de Hawaii!
L’ananas, soleil d’or de Hawaii!

cookJames Cook mourut à Hawaii un an après, battu à mort par les natifs (on dit qu’il fut ensuite mangé… mais rien n’est sûr). Cela ne lui a pas porté chance de baptiser ces îles en hommage à John Montagu, comte de Sandwich (Angleterre), diplomate et amiral, mais aussi joueur invétéré corrompu ! La légende veut que ce comte ne voulait pas perdre de temps à se mettre à table pour manger, d’où la préparation avec une tranche de bœuf au milieu de deux tranches de pain Sandwichnommée ensuite sandwich…

Les îles s’unifièrent en royaume en 1810, dynastie qui perdurera jusqu’en 1893 pour laisser place à une République éphémère et troublée, puis elles devinrent territoire américain jusqu’à devenir en 1959 un Etat des Etats-Unis à part entière, le 50e. C’est le destin du dernier monarque qui nous intéresse aujourd’hui, une femme nommée Lili’uokalani.

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Lili’uokalani régna de 1891 à 1893. Tableau de William Cogswell.

Lili’uokalani (1838-1917) succéda légitimement à son frère au trône d’Hawaii en 1891. Elle avait à cœur de restaurer les prérogatives de son peuple vis-à-vis des Américains et des Européens de plus en plus « envahissants » ; le port de Pearl Harbor est idéalement situé comme base économique du Pacifique pour les USA… Hélas, les haoles (les riches blancs) contestèrent donc rudement l’autorité de Lili’uokalani et ne la laissèrent pas longtemps en place : la Reine fut destituée deux ans après. Les troubles durèrent jusqu’en 1895, date à laquelle elle fut arrêtée, soupçonnée de rébellion, et gardée de force dans une chambre de son ancien palais royal à Honolulu. Enfermée une année, cette femme très pacifique (chrétienne mais aussi proche des bouddhistes et shintoïstes d’Hawaii) avait une âme d’artiste qui l’aida à passer le temps : elle écrivit des poèmes, ses mémoires, composa des chants devenus célèbres… et fit un quilt à sa manière !  Elle sera réhabilitée et dédiera sa fortune dans son testament pour sa Fondation pour les enfants orphelins et déshérités d’Hawaii.

Voici le quilt fait par la Reine durant sa captivité, quilt qui n’a rien de commun avec les habituels quilts hawaïens actuels mais tout à voir avec son époque :

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Quilt crazy victorien de Lili’uokalani, fait en 1895. De fait,  dépêchée par son frère, Liliuokalani avait mené la délégation royale  hawaïenne vers Londres pour le Jubilée d’Or de la Reine Victoria en 1887. Les toilettes colorées des Hawaiennes y firent sensation et c’est peut-être là qu’elle vit et aima ce genre de quilts à la mode !

Par amitié, la dame de compagnie de la reine resta tout le long de l’assignation à résidence avec elle. La fidèle servante ne partait que le dimanche pour rendre visite à sa famille. Le quilt fut probablement fait par les deux femmes ensemble. Vu dans son ensemble, ce n’est pas le crazy le plus esthétique du monde, mais il témoigne de tant de choses et de près, il est somptueux. Il est immense (presque 2,50 m de côté), fait de chutes de vêtements féminins d’alors, principalement de soie, velours, rubans, lin… Il est extrêmement fragile et est à présent exposé sous verre dans sa chambre de détention. La différence esthétique entre les blocs provient du fait que l’ex-reine assembla des parties faites au fur et à mesure, sans savoir quand son incarcération finirait. L’avait-elle commencé avant son arrestation ? L’a-t-elle assemblé après sa libération ? Je l’ignore. En tout cas, Lili’uokalani ne remonta jamais sur le trône et vécut jusqu’en 1917.

Bill Clinton, 1993
Bill Clinton, 1993

Bill Clinton, au nom des USA, présentera tardivement un texte d’excuses (Apology Resolution) au peuple hawaiien en 1993. Le revenu médian des ménages est nettement au-dessus de la moyenne dans cet Etat, la population est très diversifiée et il fait bon y vivre ! Pourtant l’indépendance d’Hawaii est un sujet épineux pour une partie de la population et des revendications d’indépendance restent d’actualité. 

Voici des photos de détail, les premières proviennent de Mary Agnes Howard, l’amie de Maïté qui a visité le palais d’Honolulu cet été. On a donc quelques reflets inévitables, mais le quilt est bien visible. Merci à toutes deux !

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La bordure noire encadre bien les carrés de styles variés et donnent une unité, ce qui n’empêche pas mille et une fantaisies !
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Faune et flore de l’archipel sont bien présents, très joliment brodés.

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Le quilt de style victorien est extrêmement bien brodé et recèle de nombreuses allusions au peuple hawaiien, mais aussi tout ce que l’on trouve habituellement dans un ouvrage de ce genre (livre).
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(livre)
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(livre)

La reine déchue mit dans son quilt tout son amour pour Hawaii, pour sa famille… Un livre montre de nombreuses photos détaillées du quilt avec son histoire et certaines photos ci-dessus proviennent de cette source :

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Livre de 28 pages toujours disponible aux USA.
Et voilà comment, une fois de plus, la grande histoire s’apprend grâce aux quilts !

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 EDIT à 10 h : je viens d’apprendre que le Président Obama vient de quadrupler, à l’ouest de l’archipel d’Hawaï, une zone protégée de la planète qui devient ainsi la plus grande du monde, à lire ici en français. La pêche commerciale, l’utilisation des fonds sous-marins sont désormais interdites, mais la pêche traditionnelle hawaïenne reste autorisée. Protection de la Nature : Yes we can!