Après Queenie, Betty au Florida Folk Festival

Avant-hier je vous montrais une photo de Queenie Udell remportant un franc succès avec sa démonstration de yoyos en 1978. Précisément 39 ans après, exactement au même endroit (le Florida Folk Festival existe depuis 65 ans), Betty Smith a tenu un grand stand de démonstration d’une autre tradition populaire textile, les Pine Cone quilts. Il y faisait une chaleur accablante (36°) mais l’ambiance n’a pas faibli durant 3 jours avec des danses, des musiques, des artistes de toutes disciplines…

Le panneau rappelle l’héritage de cette technique de femme à femme, de Miss Sue à Betty Smith.

Betty s’est sentie un peu la Queenie (la reine) avec toutes les femmes autour d’elle, curieuses d’apprendre son savoir-faire !

Le quilt violet qu’elle m’a dédié attirait beaucoup le regard, alors que beaucoup d’autres étaient au moins aussi attractifs. Aux plus intéressées, Betty sortait un exemplaire du magazine Les Nouvelles (France Patchwork n° 132) pour montrer l’article qui lui était consacré. Elle ne le laissait pas traîner sur la table, de crainte qu’il ne disparaisse !

Transmission du savoir dans la bonne humeur :

Fierté d’avoir appris une nouvelle technique :

Le bonheur de partager de bons moments ensemble :

Le plaisir de goûter une spécialité locale, des cœurs de palmier cuits :

Le nouveau quilt en cours de Betty a bien avancé pendant ces trois jours :

Et voilà, inlassablement Betty continue de faire connaître son art appris par son ancienne voisine, Miss Sue, dont j’ai longuement raconté la vie précédemment.

Sa dernière idée lui est venue comme une illumination (vous savez, la petite ampoule qui s’allume dans une bulle de BD) : utiliser des petits carrés de cette technique pour orner son t-shirt, histoire de revendiquer son savoir-faire et d’égayer sa tenue :

Une de ses élèves du Folk Festival lui a apporté son carré fini quelques jours plus tard, l’idée a plu à Merri McKenzie et voilà la mode est lancée !

Queenie Udell et ses yoyos

Queenie Udell a vécu en Floride, encore une de ces femmes fortes qu’on trouve dans le Vieux Sud. Elle naquit en 1919 et eut une vie de labeur, de création d’innombrables quilts, la plupart des string quilts, les plus faciles à faire à partir de petits bouts de tissus de récupération.

Elle apprit de sa mère et sa grand-mère à faire des yoyos dans les années 40. Dès lors, elle avait sa récréation, ses temps libres étaient occupés à faire des yoyos, de minuscules ronds froncés de la taille d’un dime, moins de 2 cm… Et elle en faisait par dizaines, par centaines, par milliers, les fermant avec du fil de broderie, les assemblant bien serrés pour que le quilt soit beau… Faits de petits restes de vêtements ou de feed sacks -sacs de tissu contenant des denrées alimentaires- ses quilts suscitent l’admiration, en particulier en raison de leur taille minuscule !

Il y a environ 4 000 yoyos dans ce quilt. Queenie est à gauche sur cette photo de 1977.
Autre photo de 1977.

Dans les années 70, ses quilts font parler ! Elle fut alors invitée au Florida Folk Festival où sa technique impressionna les passants.

Elle continua de faire des quilts de yoyos, aux pièces toujours aussi minuscules :

Un de ses quilts est précieusement conservé par un Musée (Florida Memory), il est montré ici à un petit groupe de quilteuses, parmi lesquelles Betty Smith, LA spécialiste des Pine Cone Quilts, autre technique ancienne populaire. Thank you Betty for this discovery and your photos!

Et ses ouvrages de yoyos sont si représentatifs des quilts populaires de la région que des granges de Floride montrent des yoyos à la manière de Queenie !

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La peinture sur le côté du magasin Adams County à White Springs (Floride) fut peint par l’artiste Janet Moses qui a su très bien rendre le volume des tissus. L’ouvrage original est de Nancy Morgan, qui voulait ainsi honorer a mémoire de Queenie Udell, la Reine des yoyos. -Photo: Bill Kilborn
Autre grange, autre dessin !

Les quilts en yoyos sont délicieusement désuets, en voici un petit florilège issu de Pinterest :

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Mais la modernité frappe à la porte avec Rachael Daisy, en Australie :

Fair and Square ( 2016) Best in Show – 2016 Australian Modern Quilt Show First place in Modern Traditional category – 2016 Australian Modern Quilt Show
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Yoyos à la Mode, détail.
YoYos a la Mode (2014) 2nd place in Modern Traditional Category – 2015 Modern Quilt Show Australia

Et voilà comment le traditionnel inspire les artistes d’aujourd’hui une fois de plus !

Edit : je n’ai pas évoqué dans cet article que les yoyos étaient populaires aussi en France, heureusement les commentaires le rappellent ! Voici en exemple un gilet chiné par la sœur d’Hélène Vispé :

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Vous aussi avez sans doute vu des ouvrages de yoyos !

L’époustouflante Christiane Billard

Je ne vous raconterai pas tout ce que nous avons découvert en deux journées charentaises, d’autres ont pris bien plus de photos que moi et vous feront vivre ces temps forts comme si vous y étiez ! Sachez seulement que c’était la grande réunion nationale de l’association France Patchwork : vendredi dernier pour l’Assemblée Générale annuelle à Brouage, puis samedi à Royan pour la Journée Nationale de l’Amitié. Grâce à l’équipe de bénévoles menée par Aline Joulin, nous avons été reçues comme des princesses !

brouage17Ce département de Charente Maritime est le centre névralgique des Quilts de Légende et Brouage est leur écrin. Je conçois cette manifestation comme l’hommage respectueux des quilteuses d’aujourd’hui aux quilteuses d’antan, avec la reproduction fidèle d’ouvrages anciens qui ont pu parvenir jusqu’à nous. Dominique Husson en est l’incarnation, créatrice et organisatrice de cette exposition de très haute qualité qui porte haut et fort les talents de nos patientes adhérentes.

Il est une figure discrète qui garantit le respect du choix judicieux des œuvres, une caution historique habituellement dans l’ombre, je veux parler de Christiane Billard. Cette ancienne élève et grande amie de Sophie Campbell s’est inlassablement instruite sur le monde des quilts et leur contexte. Même si elle est spécialisée dans les quilts du passé, les déchiffrant avec passion, je sais qu’elle garde un œil sur les meilleurs quilts d’aujourd’hui et reste attentive aux évolutions marquantes, c’est un signe d’ouverture d’esprit qui me touche !

Nous avons eu le bonheur de suivre, samedi matin, une conférence de deux heures sur l’histoire raisonnée des quilts anciens, projetant pour chaque période un contexte historique, économique, social ou politique. Christiane Billard a passé de très nombreux messages, articulant les diverses tendances et innovations, expliquant ces changements, balayant quelques certitudes erronées… Avec brio, précision et une pointe d’humour, Christiane nous a fait partager deux siècles de créations avec un bonheur inouï. 

Son intervention a été unanimement célébrée, longuement applaudie et remerciée par une belle standing ovation !

Vous qui avez apprécié cette magistrale présentation, vous avez un moyen très simple de vous replonger dans de multiples épisodes de cette conférence et obtenir bien plus de précisions : prenez votre pile de magazines Les Nouvelles – Patchwork & Création Textile et lisez, relisez ses articles dans la rubrique Traditionnel ! Je suis sûre que, maintenant que vous connaissez Christiane, vous apprécierez encore plus ses articles, tous faits bénévolement depuis de longues années pour nous, les adhérents de France Patchwork.

Pour vous qui avez manqué ce grand moment, je ne peux que vous donner le même conseil : lisez attentivement les articles de Christiane ! Ah, quel dommage si vous n’êtes pas abonnée… Vous pouvez y remédier en adhérant à France Patchwork, code 1 (Pourquoi adhérer ?Bulletin d’adhésion).

Et si vous en redemandez, voici quelques articles de la Ruche qui vous rappelleront des épisodes de la conférence :

Ce n’est qu’un tout petit aperçu des thèmes évoqués par Christiane Billard. Mille mercis à France Patchwork pour ces journées de bonheur et encore bravo Christiane !

Justement, le magazine de l’été vient de paraître : à vos lunettes (de vue ou de soleil), appréciez les photos, projetez de faire un modèle… et lisez-le !

 

 

Au bonheur de Nantes

Blason_ville_fr_Nantes_(Loire-Atlantique)_avant_1808.svgNantes, ville bretonne quoi qu’on en dise, est un lieu de rendez-vous très prisé avec son Salon Pour l’Amour du Fil. Une foule phénoménale s’y pressait jeudi 20 avril, nous étions des centaines -des milliers !-  à nous presser dans les allées ! 

De très nombreux blogs ont montré de si belles photos que je ne vais pas recommencer. Je vais juste évoquer ce qui a été pour moi inoubliable, unforgettable

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Unforgettable, la bien nommée, est une exposition de quilts anciens du Pays de Galles. Je regrettais tant de n’avoir pu aller à Lampeter voir cette expo : cette expo est venue à nous, quel plaisir !
On soupçonne très fortement que les femmes Amish se sont inspirées des Galloises pour établir leurs codes de fabrication de leurs quilts, impression renforcée en déambulant dans cette superbe exposition !

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J’ai bien sûr été heureuse de voir en vrai des chapeaux de femmes galloises au sujet desquels j’avais fait quelques recherches.

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Je ne sais pas faire une belle photo avec les projecteurs dans les yeux ! Mais on voit bien quand même la beauté du quilting… Ce quilt est un coup de foudre qui dure !

Et ce quilt que j’aime tant depuis que je l’ai vu sur un tableau de Valériane Leblond, il ne m’a pas déçue : oh que j’aime son quilting et ses couleurs brique & pastel qui m’inspirent toujours !

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Dès le premier regard, j’ai aimé ce quilt peint par Valériane Leblond dont les couleurs tranchent avec les plus classiques rouge & brun.

De l’inoubliable exposition indienne, je retiens un ouvrage qui n’a pas été primé, les autres ayant été déjà mis en lumière.

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Participation de  Fabienne à ce concours : on y retrouve ses ovales bien reconnaissables, son expertise de brodeuse, sa sensibilité féminine… L’Invitation au Voyage, thème du concours, est allée avec elle jusqu’en Amérique centrale avec trois Vierges de Guadalupe. Alors malgré un Arbre de Vie d’origine indienne interprété librement, cet ouvrage n’a sans doute pas été jugé assez « indien » pour le Jury. Il faut dire que la compétition était rude ! Mais ce qui vaut toutes les médailles, c’est qu’Amy Butler l’a distingué sur Facebook parmi ses préférés ! (les couleurs ne sont pas du tout bien rendues… pardon Fabienne).

Style boho-chic d’Amy Butler

La rencontre d’Amy & David Butler est inoubliable, unforgettable également ! Quelles personnes empathiques, intéressantes et douées ! Ce couple représente le meilleur de l’Amérique avec leur état d’esprit moderne, inventif et positif, ayant une vision du monde pour l’avenir mêlant goût de la réussite et pensée positive, art et spiritualité, pragmatisme et humanisme.

Brigitte Heitland a expliqué en détail sa méthode de travail autour de l’accord des couleurs et des formes.

Ma chère Brigitte Heitland, avec qui j’ai échangé tant de mails ces derniers mois, est 51fc0ybkwl-_sx383_bo1204203200_bien la formidable personne que j’imaginais. Ses quilts sont de futurs grands classiques, ils marquent d’ores et déjà le monde du patchwork. Elle était l’unique exposante de quilts modernes. Espérons que, les prochaines années, ce Salon leur fera une place plus grande.
Inoubliable, Brigitte Heitland !

Tout près du stand de Brigitte, il y avait l’exposition d’une Japonaise. Un coup à l’estomac ! Quelle perfection ! En écrivant cela, je me doute que beaucoup vont objecter que les appliqués étaient mal faits : tissus mis à cru, fixés avec des points visibles, coups de ciseaux irréguliers… La perfection était dans cette imperfection affichée, la simplicité des tableaux mais surtout dans le sens aigu des couleurs… Juste ce qu’il faut là où il faut !

C’est donc sans hésitation que j’ai choisi le livre Poésie Cousue, quand Sarah de Quiltmania m’a appris que j’avais gagné un livre à choisir grâce à un jeu sur Facebook ! Merci, je suis ravie de l’avoir !

Fleurs, légumes, animaux, la Nature dans toute sa simple évidence est croquée par Misao Wada, mais aussi des souvenirs d’enfance ou de voyages.  Le coup de baguette magique qui fait de ses appliqués des œuvres d’art est l’utilisation de tissus anciens, usés, décolorés, des tissus à trame lâche qui laissent passer le jour, et curieusement des fils contrastés et des points bien visibles qui, loin de nuire, donnent un halo de lumière et complètent l’aspect rustique déjà évoqué par les tissus. Je regrette de ne pas l’avoir abordée, une soudaine timidité m’a fait tourner en rond autour d’elle sans ouvrir la bouche !

Que dire des amies, toujours plus nombreuses, de France Patchwork et/ou de ce blog, rencontrées dans les stands et les allées ? Des rencontres inoubliables elles aussi, des confidences, des rires de bon matin (merci encore Chantal pour ton hospitalité !)… Je serais bien restée plus longtemps, mais un avion n’attend pas…

Stand France Patchwork, toujours un lieu convivial où l’on échange des dernières nouvelles !

 

Le Pojagi avec Maryse Allard

Le Pojagi (prononcez-le pojagui), souvent écrit Bojagi en anglais et 보자기 en coréen, est l’art du patchwork en Corée. Notre spécialiste nationale est Maryse Allard. Depuis plus de 10 ans, elle y trouve inspiration et sérénité.

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Maryse Allard, entourée de quelques-unes de ses œuvres, le 5 mai dernier à Pibrac.

Nous l’avons sollicitée pour animer une Journée de l’Amitié France Patchwork en Haute-Garonne ; le 5 mai dernier nous avons pu apprendre le contexte historique bien particulier de cet art coréen du quotidien et de l’exception. Il a un riche passé et rejoint le souci du beau, de l’utile, de la protection que je connais un peu dans la société nippone par l’utilisation des Furoshiki ou des Tenugui.

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Ce pojagi rappelle le bloc des Marches du Palais. Nous avons pu voir (ou justement ne pas voir !) la finesse des points : ici Maryse a utilisé une autre technique que celle qu’elle enseigne en stage-découverte.

A présent, la renaissance du Pojagi se fait essentiellement dans le domaine de la décoration, faisant de subtils jeux de transparence grâce aux tissus choisis (organdi, ramie, soie etc.) et les techniques de couture employées. Un Pojagi peut se faire de diverses manières, à la main ou à la machine. Celle enseignée par Maryse fait l’unanimité : beauté du résultat, facilité de la technique, que demander de plus ?…

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Voici le travail d’apprentissage pour s’approprier la technique avant de se lancer dans une création.

Si à votre tour vous souhaitez enrer dans le monde du Pojagi, n’hésitez pas à contacter Maryse Allard pour connaître les dates et lieux de ses prochains stages – ou la faire venir pour votre propre groupe. Pour ce faire, allez sur son blog, onglet Contact ou sur Facebook, laissez-lui un message. Sa patience, sa pédagogie vous accompagneront tout au long de votre apprentissage.

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Deux Pojagi particuliers de Maryse Allard avec à gauche l’utilisation de soies et à droite la complexité des lignes courbes, la subtilité des appliqués… Du grand art !

 La Ruche des QuilteusesDepuis plusieurs mois, je collecte des photos de pojagi tous azimuts, vous pouvez les consulter sur ce tableau Pinterest avec des exemples du monde entier. A vos tissus et vos aiguilles pour entrer dans ce monde merveilleux ! Si vous ne pouvez pas prendre de cours avec Maryse, je ne peux que vous conseiller de vous procurer son superbe livre : Le Pojagi, art du patchwork coréen, édition Carpentier, ou aussi Boutis de France, La tradition revisitée, édition LTA, écrit en collaboration avec Hubert Valeri (alliance du boutis et du pojagi, de la transparence et de l’opacité, des traditions française et coréenne… Que d’inspirations !)

Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Cerise sur le gâteau de certains pojagi : ce tout petit noeud fait avec un carré de tissu de 2 cm ! C’est bien sûr très minutieux et les Coréennes se régalent de ce signe porte-bonheur. Bien sûr, Maïté et Kristine, les doigts d’or de la délégation, l’ont appris pour en mettre dans leurs futurs Pojagi !
Maryse Allard La Ruche des Quilteuses
Séance-photos pour les stars du jour, les pojagi de Maryse Allard.

Un grand merci à Suzy pour toutes ces photos !

Renaissance d’une Etoile

Il y a quelques mois sur Facebook, j’ai eu un coup de cœur pour un quilt représentant le visage d’une femme énigmatique et troublante, un portrait fait avec la désormais célèbre méthode des pixels où, carré par carré, nuance par nuance, le dessin apparaît (j’en avais vu un, fabuleux, en Irlande en 2012, voir aussi Deborah Hyde ici). Renseignements pris, c’est Andi Herman qui l’avait fait avec une technique élaborée il y a quelques années par son mari et elle-même.

Chacun ou presque sait chercher comment faire pour pixeliser sa photo, mais que faire après ? Eh bien leur société YouPatch vous aide : pour un prix très raisonnable ils préparent un PDF personnalisé avec la grille de tissus unis à choisir dans la gamme Kona Cotton (la plus étendue). On peut leur confier une photo, ils nous la rendent en schéma exploitable très clair (les schémas parlent, on comprend même si on ne maîtrise pas l’anglais !) avec quelques raffinements possibles comme la mise en morceaux plus grands que le pixel de base là où la couleur est unie et des mini-pixels dans les endroits les plus denses. Ensuite, à vous de jouer !

Très à la mode cette année, l’ananas ! On en voit dans les magasins de décoration, sur des tee-shirts… Ils symbolisent la convivialité, un signe qui dit Bienvenue ! J’en avais déjà parlé ici.
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L’éternelle jolie frimousse d’Audrey Hepburn, et Andi à droite.
Voici un exemple de ce que vous aurez d’Andi, avec en plus les légendes de couleurs, les dimensions des pièces et même un plan de coupe de vos tissus par couleur, afin de réussir un patchwork unique à partir de votre photo. Ici, le sourire d’Audrey décrypté…
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Ella Bubbles Quilt, Andi Herman. Ici on a des lignes plus souples : les carrés bicolores sont maintenant introduits dans certains modèles.

Mais qui était la femme du premier portrait ? J’ai demandé à Andi, la belle mystérieuse s’appelait Clara Bow. J’aimais tellement l’atmosphère que ce quilt dégageait que je lui ai demandé l’autorisation d’utiliser sa photo dans un de mes articles pour France Patchwork (Les Nouvelles n° 132 page 42). Thanks again Andi!

J’aime la poésie de ce portrait, avec sa gamme de couleurs restreinte, ses fleurettes romantiques et féminines et cet air mystérieux… C’est un petit portrait, les pixels sont minuscules…

Clara Bow. Une illustre inconnue. Inconnue ?  Allons donc !! C’était une des plus grandes stars du cinéma muet américain, la muse de Scott Fitzgerald (qui écrivit entre autres Gatsby le Magnifique) qui prendra cette femme comme modèle pour ses romans et épousa Zelda, « une autre » Clara…

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Clara en 1921 (tout juste 16 ans), l’air sérieux, sans doute le fruit d’une jeunesse sordide, mais déjà magnétique. Elle se présenta à ses premières audiences à cet âge et son aura la mènera vite à Hollywood, la Mecque naissante de l’industrie cinématographique aux abords de Los Angeles.
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La Garçonne !
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Devenue rousse flamboyante (avant Rita Hayworth), Clara devient l’égérie sexy des années folles.

 

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On ne sourit pas beaucoup sur les photos à cette époque. Pourtant Clara était une pétillante jeune femme, sa joie de vivre crevait l’écran. Elle fut l’un des modèles pour Betty Boop, la pin-up de bandes dessinées.

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Provocante, en avance sur son temps, elle était mondialement connue et ses frasques passionnaient le public. Elle collectionna les amants, parmi lesquels le tout jeune Gary Cooper… Clarita & Garyito formaient un couple de stars qui faisait rêver ! C’était la première It Girl, celle qu’on suit et qu’on adule…

Clara en 1927
Ce film, sorti en 1927, fur le premier à recevoir l’Oscar du meilleur film !

Libre, très libre, Clara croquait la vie à pleins dents. C’est grâce à ces pionnières de la vie que peu à peu, dans notre culture,  la femme a gagné la place de personne à part entière, avec plus de libertés et de responsabilités aussi. Mais Clara en paya le prix, on en profita pour lui faire subir toutes les avanies possibles. De faux scandales montés par une jalouse et la presse à scandale ruinèrent sa carrière, tout autant que la venue du cinéma parlant et de nouvelles stars du grand écran. Atteinte de bégaiement et l’accent populaire accroché depuis l’enfance, elle ne passa pas la rampe du cinéma parlant. Elle fut contrainte de mettre fin à sa carrière à 28 ans et devint une tranquille mère de famille, parfois fortement dépressive, dans le désert du Nevada, elle la gamine de Brooklyn. Elle y vécut dans la discrétion jusqu’à sa mort, en 1965.

Clara en 1932, à la fin de sa courte mais brillante carrière.

Si vous souhaitez vous plonger dans l’ambiance des années folles au son du jazz et des extravagances de Hollywood d’entre-deux-guerres, entrer dans les débuts de l’industrie cinématographique, côtoyer de futures stars et surtout apprendre à mieux connaître la vie de la pétillante et extravagante Clara, j’ai un livre pour vous qui vient de sortir :
Le Sourire de Gary Cooper, de Sophie Pujas, Gallimard, collection L’Arpenteur, 112 pages.
La prose poétique de Sophie Pujas redonne vie à Clara Bow, la star oubliée des années folles. Tout ce que je sais d’elle vient de ce livre qui se lit d’une traite.

Andi Herman, comme Sophie Pujas, ont rendu hommage à cette étoile, chacune avec le meilleur de leur art. Et en un sens, les étoiles s’étaient alignées en ce début d’année pour que je remarque le portrait de Clara, puis découvre ce livre qui vient de sortir (parution le 16 mars dernier), afin que naisse en moi beaucoup de tendresse pour l’étoile oubliée du cinéma muet.

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En savoir plus sur les quilteuses de Gee’s Bend

Gee’s Bend est un hameau en Alabama, une terre encerclée par un méandre de l’Alabama River.

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En France, Gee’s Bend ne nous dit pas grand chose, mais c’est pour les quilteuses américaines le symbole de la découverte d’une autre manière d’aborder le patchwork, un pas décisif vers la liberté de faire ce qu’on ressent et non ce qu’on doit faire ! C’est la découverte des quilts de Gee’s Bend qui a donné l’impulsion de l’improvisation, chère à beaucoup d’artistes contemporaines. On peut dire que les quilts improvisés sont du jazz en tissus !

Ce territoire fut la propriété de la famille Gee au début du XIXe siècle, qui s’y installa et fonda une plantation de coton avec des esclaves. A la fin de la guerre de Sécession, les esclaves étaient libres, mais où auraient-ils eu envie d’aller ? La plupart restèrent comme métayers sur place. Ils vivaient en quasi-autarcie, parlaient un dialecte fait de mots africains et anglais et étaient profondément chrétiens, mais avec aussi beaucoup de réminiscences des croyances de leur continent d’origine. Ils restaient tellement isolés dans leur boucle de rivière que les autres Noirs les appelaient les Africains !

L’histoire de la plantation fit que les descendants d’esclaves purent devenir des locataires « pour rien » au tournant du XXe siècle, le nouveau propriétaire étant absent. Mais même isolés, ils subirent de plein fouet les effets de la grande dépression des années 1930. Beaucoup moururent de faim. La Croix Rouge découvrit leur village et les sauva. Roosevelt força le propriétaire absent à s’occuper des gens vivant sur sa terre. Avec l’aide de lois pour le fermage, des familles purent acheter la terre dont leurs ancêtres étaient esclaves. Le cauchemar est devenu un rêve !

Martin Luther King leur rendit visite au cours de sa campagne pour le respect des droits civiques, après les marches de Selma à Montgomery en 1965. Lui et Reverend Walters engagèrent les femmes à faire un « Freedom Quilting Bee » comme ailleurs en Alabama : au lieu de ne faire que des quilts pour tenir leur famille au chaud, elle pouvaient aussi faire des quilts pour les vendre, afin de gagner en autonomie. Bloomingdale, le grand magasin, acheta leurs quilts, ce commerce fonctionna un temps puis s’étiola. Cette histoire des années 60 est racontée dans ce livre :

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On reparla des quilts de Gee’s Bend dans les années 1990-2000 car un collectionneur (William Arnett) vit des photos de leurs quilts et fut frappé par leurs similitudes avec des œuvres de peintres reconnus du XXe siècle, comme Matisse ou Klee. Il se rendit à Gee’s Bend, acheta des centaines de quilts et monta des expositions. Ces quilts sont bien éloignés de l’orthodoxie américano-européenne et il s’ensuivit une série de discussions académiques et de controverses sur le concept de l’art en regard de l’artisanat de l’Alabama… ainsi que l’opportunisme du collectionneur.

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Timbres postaux édités en 2006 avec des quilts de Gee’s Bend en illustration.

Et pourtant, ces quilts secouèrent bien le monde des quilteuses et de la création artistique, c’est un peu partout l’éblouissement devant cet art spontané d’une miraculeuse beauté (Michael Kimmerman, The New-York Times) !

Comment sont ces quilts ? Ils sont… différents ! Bien sûr on reconnaît des blocs connus comme le log cabin, des étoiles, des triangles… Les tissus utilisés sont ceux de notre monde de consommation : blue jeans, tee-shirts, textiles synthétiques… Ce qui frappe, c’est leur audace dans la composition, signe de leur liberté. Les quilteuses apprennent avec leur famille, sans aucune contrainte ni influence qui pourrait normaliser leur création. Une quilteuse de Gee’s Bend à qui ont demande mais pourquoi as-tu fait comme ça ? répondra invariablement I did it my way, je l’ai fait à ma façon, à ma manière..Mais il faut savoir qu’elles ne sont pas les seules à quilter ainsi. Même si ce village est, par son isolement, un concentré de quilts improvisés sans règles, c’est une caractéristique générale des quilts utilitaires, en particulier dans les Etats les plus pauvres (ceux du sud-est des Etats-Unis). Nous pouvons penser à la chère Miss Sue, amie de Betty Smith, qui faisait elle aussi tant de quilts utilitaires…

Voici quelques quilts beaux, modernes et presque sages :

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Minder Coleman (née en 1956)
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Louisiana Bendolf (née en 1960)
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Annie Bendolf (1900-1981)
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Magdalene Wilson (1898-2001)
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Sally Bennett Jones (née en 1966)
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MertlenePerkins (1917 – 2015)

Vous trouverez encore des dizaines d’inspirations et de petits chefs d’oeuvre, avec la biographie des quilteuses, sur ce site : Souls Grown Deep. Ce qui me réjouit, c’est de voir que ces quilteuses vivent très âgées, malgré la traversée de tant d’épreuves au cours du XXe siècle. Je confirme:  quilter, ça conserve, je le vois autour de moi aussi !

Des livres, tous édités dans la décennie 2000-2010, sont maintenant parfois à des prix prohibitifs, d’autres restent raisonnables. Il faut aussi surveiller les offres de livres d’occasion ou se les offrir en numérique. j’ai trouvé ces références sur amazon.com, certains le sont aussi sur amazon.fr.

De William Arnett :518qir-m7zl-_sx434_bo1204203200_

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De Mary Lee Bendolf :

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De Elyzabeth Wilder :

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Il y a aussi de très nombreux livres d’enfants, parmi lesquels celui-ci qui raconte une histoire vraie :

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Mais très bonne nouvelle, ce livre sortira le 13 juin prochain :

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Voilà Ella, j’espère avoir répondu à ta question 🙂