La tapisserie de Saint-Martin-Le-Vieil

Hier, attirée par un article de France3 (voir le blog du Patchwork sur son 31), je suis allée vers Carcassonne mais me suis arrêtée peu de kilomètres avant, dans un village perché le long d’une petite crête avec la vue plein sud.

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Saint-Martin-le-Vieil, dans l’Aude

Ma visite était pour le foyer rural dans lequel est exposé (jusqu’à ce soir) une tapisserie. Pas n’importe laquelle ! Une tapisserie racontant l’histoire du village sur une dizaine de siècles, à la manière de la tapisserie de Bayeux ! L’idée a germé dans la tête de l’ancienne Maire du village après sa visite de la tapisserie de Bayeux, en 2001. Choc émotionnel, culturel, esthétique… Mais pourquoi ne ferait-on pas de même dans notre petit village ?

Des historiens, un peintre du village furent mis à contribution avec les brodeuses volontaires, en tout 11 personnes sont les heureux parents de cet ouvrage.

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Imaginons les longues discussions pour savoir que représenter, puis les maquettes qui sont souvent retouchées… Il faut trouver les matières premières aussi : on mise sur les tissus de lin blanchi filé et tissé à Castres (non loin de là) avec bonheur, mais les laines Médicis furent bien plus difficiles à trouver : on ne prenait pas ce projet au sérieux !… Huit couleurs suffisent pour rendre toutes les nuances à l’image de la tapisserie de Bayeux, elles ont été soigneusement choisies pour être les exactes teintes des teintures naturelles d’antan.

Eh bien, le résultat est simplement sublime ! Madame Costa, la présidente de l’association Les Cruzels, m’a très gentiment fait une visite commentée de l’histoire de ce village – et des histoires de ce beau pays – en commençant par ce mot bizarre : les cruzels.

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Cruzel de St-Martin-le-Vieil

C’est un mot occitan désignant les cavités qu’on trouve à l’arrière de plusieurs maisons, creusées dans le calcaire. Il y en a presque une quarantaine et témoignent d’un habitat troglodyte primitif. Des silos restent visibles dans certains : une bonne cachette pour le grain !

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Autre point fort du Moyen-Âge : la construction de l’Abbaye cistercienne de Villelongue, à un jet de pierre de St-Martin. Sa construction commença en 1170 et fait l’objet de belles campagnes de rénovation. A visiter !

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Puis vient la guerre impitoyable contre les Cathares, quatre abbés y participèrent avec Simon de Montfort, ce qui enrichit l’Abbaye. Bon, passons, moi je suis pour les perdants, les Cathares !

On voit aussi le Prince Noir, affreux jojo anglais qui sema la terreur dans nos terres gasconnes et occitanes : le principe de la guerre de 100 ans était plutôt d’affaiblir l’ennemi (nous, les Français) par des chevauchées semant la terreur à force de razzias, de viols, d’incendies, de massacres plutôt que de mener des guerres de position. Grâce à ses remparts, St-Martin fut épargné : Edouard de Plantagenêt dit le Prince Noir passa son chemin vers des villages plus faciles à mettre à sac. Castelnaudary, par exemple, fut complètement détruit en 1355.

A la même époque, la peste noire fit des ravages vers 1350 comme partout ailleurs en Europe ; ce tableau de tapisserie est particulièrement lugubre mais si bien fait…

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Puis vint l’abondance et l’âge d’or du pays qui devint Pays de Cocagne avec la culture du pastel, cette plante Isatis tinctoria qui donnait les plus beaux bleus… jusqu’à ce que l’indigo asiatique prenne sa place.

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Comme toute bonne histoire, finissons par un banquet de mariage ! La légende dit qu’on prêtait le donjon aux jeunes mariés, tradition dont on se souvenait encore au XIXe siècle…

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Cette tapisserie est merveilleusement faite. Comme la tapisserie de Bayeux, elle est brodée au point de Bayeux qui remplit les zones cernées de point de tige en gâchant le moins de fil possible au dos (seuls des petits points très courts sont visibles au dos, tout comme les broderies afghanes importées par Pascale Goldenberg) et elle utilise les mêmes matériaux : lin et laine ; elle a une bande narrative centrale et deux fines bandes au-dessus et en-dessous. Les bandes étroites montent de nombreux détails, des plantes et animaux de la nature environnante, des animaux fabuleux, des armes et des outils… Autant d’éléments qui enrichissent la tapisserie ! On y trouve aussi les initiales des brodeuses ; elles étaient à l’exposition, toutes fières de l’accueil du public venu nombreux et complètement séduit. Merci à Anne-Marie Denuc qui m’a donné de nombreux détails complémentaires sur ce groupe de brodeuses qui ont fait ce travail extraordinaire !

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Les photos sont interdites, mais j’ai acheté la collection de cartes postales en souvenir.

Les conditions d’exposition sont parfaites : une salle dans la pénombre, tendue de tissus noirs était l’écrin de ces 16 mètres de lin éclairé, protégé par un couloir de 50 cm matérialisé par terre. Le croirez-vous (mais vous le savez bien…) les enfants étaient bien plus disciplinés que les adultes !

Espérons que cette tapisserie connaîtra une longue et prestigieuse carrière. Sorèze l’exposera très certainement -comment pourrait-il en être autrement ?- mais j’espère que d’autres organismes feront également la démarche de l’exposer !

Courriel de la Mairie de St-Martin-le-Vieil :
st-martin-le-vieil@wanadoo.fr

Les 150 ans du Canada

Dans 50 jours commence 2017. Dans 50 jours le Canada entre dans une grande fête de commémoration de ses 150 ans d’existence en confédération !

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Tout le pays va le fêter avec la couleur emblématique, le rouge, présent dans leur beau drapeau. Une collecte d’histoires, pour se remémorer comment le Canada s’est construit et s’est développé, est en cours de fabrication sur ce site.

Le drapeau canadien que nous connaissons bien, avec sa feuille d’érable, n’a que 51 ans. C’est sans doute pour cela qu’il est si moderne et attractif :

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De nombreux logos pour symboliser les 150 ans ont vu le jour (la bataille fait rage !) et j’aime beaucoup celui-ci, plus que l’officiel qui n’est pas tout rouge & blanc :

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Logo de Greg Muhlbock. Peut-être pas assez lisible, la feuille d’érable n’est pas assez mise en valeur… mais j’aime bien !

Le logo officiel est malheureusement celui-ci, avec un arc-en-ciel à la mode de ces dernière années :

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Tant qu’à faire, j’aurais bien mieux aimé la superbe feuille d’érable en quilt de Sarah Elizabeth :

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Un fond clair aux imprimés inattendus, un design repensé, des couleurs arc-en-ciel bien plus subtiles, en tissus Liberty… J’adore ce tableau textile !

Ce ne sont pourtant pas les propositions qui manquaient ! Voyez dans cet article la video montrant… 159 logos !

Du côté des quilteuses, Mary Elizabeth Kinch a signalé sur sa page Facebook le début d’un sampler quilt-along (à faire ensemble au fur-et-à-mesure) organisé par la boutique Sew Sister Quilt Shop. En voici le modèle :

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Chaque bloc est la création d’une quilteuse canadienne.

A suivre si vous le souhaitez, mais manifestement c’est la partie canadienne anglophone qui organise ceci. Si j’apprends des initiatives de quilteuses francophones, je vous en tiendrai informés ! Rien ne vous empêche de décider de faire le sampler rouge & blanc dont vous avez déjà tant rêvé…  Oui, celui-ci, ou celui-là…

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J’adore celui-ci, fait par Béatrice de l’Aiguille dans une botte de foin !

Au moment où tant d’Américains, catastrophés par l’arrivée de Trump, cherchent une nouvelle patrie, le Canada n’a jamais été autant sous les feux de la rampe…

Comment va vraiment Hillary Clinton ?

hillary-clintonC’est ce que tout le monde, qui suit de près ou de loin la campagne électorale américaine, se demande. Son goût du secret, sa propension à ne pas tout dire font que de nombreuses rumeurs courent sur sa santé.

Ce n’est pas ici le lieu pour faire une tribune politique, mais je m’intéresse tant à l’histoire des Etats-Unis, notamment via l’histoire des quilteuses ! Je m’informe en suivant notamment les interventions de Nicole Bacharan, journaliste que j’apprécie beaucoup. Sa fine analyse du monde politique, sa connaissance du peuple américain dans toute sa diversité, m’aident à mieux comprendre toute la culture américaine qui reste bien différente de la française. Vous rappelez-vous ? J’avais évoqué son livre sur l’évolution de la condition des Noirs en terre nord-américaine.
Selon elle, il est évident qu’il vaudrait bien mieux Hillary Clinton que Donald Trump à la Maison Blanche.

Vous savez ce que c’est, vous vous donnez le droit de critiquer vos parents ou vos enfants, mais vous ne supportez sans doute pas que d’autres personnes le fassent ! Alors n’étant pas Américaine ni journaliste, je m’en tiendrai à donner ma préférence personnelle avec cette simple photo :

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Un petit quilt nommé « In Honor of Hillary », fait en juin dernier lorsqu’elle a gagné l’investiture démocrate.

Ce quilt vous dit-il quelque chose ? C’est que vous avez feuilleté Les Nouvelles n° 130 de France Patchwork ! Il est en illustration, dans la rubrique des Blocs de Garance, pour les Etoiles de l’Ohio… ou Etoiles de l’Espoir.

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Le quilt de la reine Lili’uokalani

Ma chère amie Maïté m’a envoyé des photos au cœur de l’été au sujet d’une histoire insolite, méconnue (du moins en France), triste et touchante. On se croirait dans un roman exotique, mais  Lili’uokalani a bien existé et voici un pan de sa vie.

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Lili’uokalani, ici en 1891, eut un destin unique.

Hawaï, Hawaii ou Hawai’i, au choix, est un archipel de 137 îles nommé d’après l’île principale, perle américaine du Pacifique, paradis de vacances au son du ukulélé, réserve de merveilles de la nature, spot de surf, lieu de naissance de Barack Obama en 1961… et je n’en savais pas grand chose d’autre.

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Je ne m’étais jamais demandé comment cette île avait bien pu rejoindre le géant étasunien.

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Paysages paradidiaques…

Pour faire court, ces îles polynésiennes furent découvertes par l’Occident par le grand explorateur James Cook en 1778. Il les baptisa les Îles Sandwich : il aurait aussi pu les nommer Îles Ananas, tant qu’à faire !

L'ananas, soleil d'or de Hawaii!
L’ananas, soleil d’or de Hawaii!

cookJames Cook mourut à Hawaii un an après, battu à mort par les natifs (on dit qu’il fut ensuite mangé… mais rien n’est sûr). Cela ne lui a pas porté chance de baptiser ces îles en hommage à John Montagu, comte de Sandwich (Angleterre), diplomate et amiral, mais aussi joueur invétéré corrompu ! La légende veut que ce comte ne voulait pas perdre de temps à se mettre à table pour manger, d’où la préparation avec une tranche de bœuf au milieu de deux tranches de pain Sandwichnommée ensuite sandwich…

Les îles s’unifièrent en royaume en 1810, dynastie qui perdurera jusqu’en 1893 pour laisser place à une République éphémère et troublée, puis elles devinrent territoire américain jusqu’à devenir en 1959 un Etat des Etats-Unis à part entière, le 50e. C’est le destin du dernier monarque qui nous intéresse aujourd’hui, une femme nommée Lili’uokalani.

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Lili’uokalani régna de 1891 à 1893. Tableau de William Cogswell.

Lili’uokalani (1838-1917) succéda légitimement à son frère au trône d’Hawaii en 1891. Elle avait à cœur de restaurer les prérogatives de son peuple vis-à-vis des Américains et des Européens de plus en plus « envahissants » ; le port de Pearl Harbor est idéalement situé comme base économique du Pacifique pour les USA… Hélas, les haoles (les riches blancs) contestèrent donc rudement l’autorité de Lili’uokalani et ne la laissèrent pas longtemps en place : la Reine fut destituée deux ans après. Les troubles durèrent jusqu’en 1895, date à laquelle elle fut arrêtée, soupçonnée de rébellion, et gardée de force dans une chambre de son ancien palais royal à Honolulu. Enfermée une année, cette femme très pacifique (chrétienne mais aussi proche des bouddhistes et shintoïstes d’Hawaii) avait une âme d’artiste qui l’aida à passer le temps : elle écrivit des poèmes, ses mémoires, composa des chants devenus célèbres… et fit un quilt à sa manière !  Elle sera réhabilitée et dédiera sa fortune dans son testament pour sa Fondation pour les enfants orphelins et déshérités d’Hawaii.

Voici le quilt fait par la Reine durant sa captivité, quilt qui n’a rien de commun avec les habituels quilts hawaïens actuels mais tout à voir avec son époque :

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Quilt crazy victorien de Lili’uokalani, fait en 1895. De fait,  dépêchée par son frère, Liliuokalani avait mené la délégation royale  hawaïenne vers Londres pour le Jubilée d’Or de la Reine Victoria en 1887. Les toilettes colorées des Hawaiennes y firent sensation et c’est peut-être là qu’elle vit et aima ce genre de quilts à la mode !

Par amitié, la dame de compagnie de la reine resta tout le long de l’assignation à résidence avec elle. La fidèle servante ne partait que le dimanche pour rendre visite à sa famille. Le quilt fut probablement fait par les deux femmes ensemble. Vu dans son ensemble, ce n’est pas le crazy le plus esthétique du monde, mais il témoigne de tant de choses et de près, il est somptueux. Il est immense (presque 2,50 m de côté), fait de chutes de vêtements féminins d’alors, principalement de soie, velours, rubans, lin… Il est extrêmement fragile et est à présent exposé sous verre dans sa chambre de détention. La différence esthétique entre les blocs provient du fait que l’ex-reine assembla des parties faites au fur et à mesure, sans savoir quand son incarcération finirait. L’avait-elle commencé avant son arrestation ? L’a-t-elle assemblé après sa libération ? Je l’ignore. En tout cas, Lili’uokalani ne remonta jamais sur le trône et vécut jusqu’en 1917.

Bill Clinton, 1993
Bill Clinton, 1993

Bill Clinton, au nom des USA, présentera tardivement un texte d’excuses (Apology Resolution) au peuple hawaiien en 1993. Le revenu médian des ménages est nettement au-dessus de la moyenne dans cet Etat, la population est très diversifiée et il fait bon y vivre ! Pourtant l’indépendance d’Hawaii est un sujet épineux pour une partie de la population et des revendications d’indépendance restent d’actualité. 

Voici des photos de détail, les premières proviennent de Mary Agnes Howard, l’amie de Maïté qui a visité le palais d’Honolulu cet été. On a donc quelques reflets inévitables, mais le quilt est bien visible. Merci à toutes deux !

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La bordure noire encadre bien les carrés de styles variés et donnent une unité, ce qui n’empêche pas mille et une fantaisies !
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Faune et flore de l’archipel sont bien présents, très joliment brodés.

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Le quilt de style victorien est extrêmement bien brodé et recèle de nombreuses allusions au peuple hawaiien, mais aussi tout ce que l’on trouve habituellement dans un ouvrage de ce genre (livre).
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(livre)
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(livre)

La reine déchue mit dans son quilt tout son amour pour Hawaii, pour sa famille… Un livre montre de nombreuses photos détaillées du quilt avec son histoire et certaines photos ci-dessus proviennent de cette source :

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Livre de 28 pages toujours disponible aux USA.
Et voilà comment, une fois de plus, la grande histoire s’apprend grâce aux quilts !

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 EDIT à 10 h : je viens d’apprendre que le Président Obama vient de quadrupler, à l’ouest de l’archipel d’Hawaï, une zone protégée de la planète qui devient ainsi la plus grande du monde, à lire ici en français. La pêche commerciale, l’utilisation des fonds sous-marins sont désormais interdites, mais la pêche traditionnelle hawaïenne reste autorisée. Protection de la Nature : Yes we can!

Le projet 70273

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Le Chat de Philippe Geluck

En dépit du plaisir de nous retrouver après un été plutôt chaud et actif pour ma part et qui, je l’espère, fut beau pour vous tous, nous allons commencer par un sujet grave mais aussi un projet exaltant. Cécile, une fois de plus, a été la première en France à faire connaître sur son blog un challenge lancé pour commémorer une page fort sombre de l’Histoire. C’est donc avec ce projet hors norme que commence l’année – car je reste comme les enfants et les enseignants, l’année commence en septembre – fou pour l’organisatrice, inconcevable par l’évocation du thème, mais si raisonnable à suivre pour nous…

Participer à un quilt « pour une cause » est affaire courante aux Etats-Unis. Seul on est impuissant, ensemble on est si fort… Ici le but est de réunir 70 273 blocs. Non, je ne me trompe pas, malheureusement…

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Jeanne Hewell-Chambers a un jour découvert une des horreurs de la seconde guerre mondiale, en 1940-41 : 70 273 personnes, adultes, ados et enfants, furent exécutées lorsque deux docteurs les désignaient handicapés (moteur ou mental) au vu de leur fiche médicale ; il s’agissait de se débarrasser de gens « qui ne méritaient pas de vivre », « des fardeaux inutiles pour la société ». Une horreur de normalisation concrétisée par une croix rouge sur la feuille. Deux croix signaient l’arrêt de mort. Cette absurde haine de l’autre différent, orchestrée par les Nazis, fait partie du passé, mais l’homme ne change pas et notre présent est rempli de toutes sortes de risques d’embrasements, ici et ailleurs.

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Bloc de Catherine Hill, Royaume-Uni.

Pour des infos historiques détaillées, vous pouvez voir la présentation sur ce blog. C’est le quotidien avec sa belle-sœur handicapée qui a sensibilisé Jeanne à cette horreur, mais je ne connais personne qui puisse rester indifférent à la monstruosité de ces faits historiques.

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Le but du projet est de faire 70 273 blocs représentant chaque mort.

OUI,  Jeanne se rend compte de l’énormité du travail ! C’est pourquoi elle fait appel au monde entier pour l’aider à réaliser ce rêve fou. Pas besoin d’être quilteuse accomplie, il faut juste, sur un tissu blanc de la dimension choisie entre les trois données et d’y appliquer deux croix. Toute liberté ou presque est laissée pour le choix des matériaux. Cela peut faire l’objet d’un atelier, autant avec des enfants qu’en maison de retraite, et bien sûr en club de patchwork !

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Ici sont les informations pratiques résumées ainsi :

  • couper un tissu blanc (blanc comme la feuille de papier) d’une de ces 3 tailles :  3.5″ x 6.5″  ou 6.5″ x 9.5″ ou 9.5″ x 12.5″. Ces mesures ne tombant pas juste en centimètres, je ne les convertis pas (convertisseur sur le site France Patchwork). Les fantaisies sont permises : tissus de récup’ appréciés, tant qu’ils sont blancs, aux bonnes dimensions et pas trop épais.
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Des napperons anciens pour tissu de fond chargé d’histoire…
  • appliquer dessus 2 croix rouges, de la couleur de l’encre qui condamnait (en tissu découpé, en broderie, en ruban, feutrine ou autre, même en peinture si vous voulez) en laissant un cadre blanc d’au minimum 7 mm libres tout autour pour la couture d’assemblage. Cela peut être rustique ou sophistiqué.
  • on nous demande de ne pas signer sur le bloc, mais d’épingler la feuille de participation remplie (ce PDF) au bloc.
  • adresse d’envoi : sur le PDF, à Jeanne Hewell-Chambers, en Caroline du Nord, USA.

EDIT : suite à la demande en commentaire, je suis donc à la recherche d’une personne qui pourrait traduire en français le PDF de Jeanne. Merci de me laisser un message si cela vous semble possible de réaliser ce travail de traduction bénévole ! Notez la couleur verte, couleur de l’espoir…

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Sophistication extrême : un texte a été écrit en piqué libre pour former les croix. Fait par MJ Kinman. Photo FB
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Brenda Shimshick a habilement mêlé ruban et bordure de dentelle. Photo FB
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Autre participation : chaque bloc est important ! Photo FB
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Le début du premier top. Les 70 273 blocs seront assemblés par des volontaires en plusieurs quilts bien sûr, qui seront exposés un peu partout. Un jour peut-être en France ?… Si nous sommes nombreuses en Europe à y participer, pourquoi pas à  Sainte-Marie-aux-Mines ?… Jeanne attend également vos témoignages et dédicaces, le cas échéant (voir le PDF,  pour le moment uniquement en anglais). Outre l’expo itinérante, ce grand projet aboutira aussi à un livre.

Ici la page du groupe Facebook constitué :
https://www.facebook.com/the70723project/?fref=ts

Tous les volontaires sont les bienvenus !

Bien sûr, j’y participerai et espère récolter dans mon entourage quelques blocs… Je vous les montrerai avant leur envoi !

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Les bénévoles Kitty Sorgen et MJ Kinman avec le premier top, espoir de la réussite du projet 70273. Photo FB. Admirons le quilt du mur, invraisemblable scrap-quilt de récup’ !!! C’est un quilt de MJ Kinman, à droite. Avec de telles quilteuses, on comprend qu’un projet aussi fou et grandiose puisse aboutir un jour… avec l’aide de nous tous.
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Le quilting du premier top commence. Tant de bonnes volontés pour ce projet… Je souhaite une participation massive de la France et des amies francophones !

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De cette tragédie du milieu du XXe siècle, Jeanne veut en faire une oeuvre d’art collective pour ne pas oublier.

Démarche assez similaire finalement, en 2014 un artiste a entièrement recouvert de miroirs un bunker édifié par les Allemands en 1944 sur une plage des Flandres.

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Un bunker parmi d’autres, vestige de la 2e Guerre mondiale, avant sa transformation extraordinaire par un artiste anonyme.

D’une grosse verrue hideuse de béton mais qui finissait pas devenir invisible aux yeux de tous, l’artiste en a fait une oeuvre énigmatique et poétique nommée « Réfléchir » :

Crédit photo : Laurent Dubus
Crédit photo : Laurent Dubus
Crédit photo : Arnaud Hélary
Crédit photo : Arnaud Hélary
Crédit photo : Laurent Dubus
Crédit photo : Laurent Dubus

Anonyme (c’est ainsi que se fait appeler l’artiste qui reste justement anonyme, voir son site ici) explique sa démarche :

« Réfléchir renvoie à un aspect plus politique du blockhaus, on ne peut ignorer que sur cette terre, il y a plus de 70 ans une guerre a eu lieu, des hommes se sont affrontés. Par son projet, Anonyme nous questionne sur le contexte social et politique actuel, la montée de l’extrémisme. Le passé est-il réellement révolu ? Saurons-nous tirer les enseignements de l’Histoire ? »
« Entre les mains de l’artiste, le bunker ainsi indéfinissable, universel, nous transporte loin, très loin de Dunkerque, vers un ailleurs, une terre inconnue. »
Crédit photo : Laurent Dubus
Crédit photo : Laurent Dubus

D’autres belles photos et détails sur ce site.

Avec des tissus ou des miroirs, n’oublions pas le passé pour aller de l’avant dans la bonne direction !

Echos du passé : la baratte à beurre

J’aime regarder les photos anciennes qui sont autant de témoignages directs de la vie d’antan. En ce qui concerne les clichés d’Amérique du Nord montrant les conditions de vie des pionniers, je traque toujours ce qui a inspiré les femmes dans leur création de blocs de patchwork… On ne se refait pas !

L’économie domestique, tout comme en Europe, était basée sur le troc avec les voisins ou les colporteurs. Tant de choses se faisaient à la maison et on échangeait ce qu’on savait faire, avec les matières premières disponibles.

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Le beurre se préparait à la maison quand on avait du lait à la ferme. 

En voyant cette baratte (pour faire du beurre), je ne vois pas le rapport avec le fameux bloc « Churn Dash » alias palette de baratte à beurre, le plus souvent traduite simplement par baratte. C’est que je n’ai pas vu ce qui agite la crème fraîche à l’intérieur ! Parmi les très nombreuses palettes ingénieuses qui toutes permettent d’agiter la crème, de l’oxygéner et ainsi de précipiter d’un côté les matières grasses, de l’autre côté de petit-lait (ou babeurre), j’ai trouvé la photo de celle-ci :

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On comprend ici comment un jour, une femme a eu l’idée d’appeler son bloc du nom de cet objet ! Photo de ce blog.
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Cette baratte en grès et bois est du XVIIIe siècle.
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Le beurre se fait un peu partout ! Ici, au Tibet.

Ces barattes sont les plus rudimentaires et réclament beaucoup d’énergie et de patience ! Les femmes chantaient souvent des chansons consacrées au barattage, pour les aider à tenir le rythme. barattenormandexPlus sophistiquée, la baratte normande est plus rapide pour séparer le beurre du petit-lait, nous en avions un bel exemplaire dans la salle d’exposition de Fibre Occitane à Roques-sur-Garonne.

Le bloc Churn Dash est un des plus simples, mais pas le moins beau, il permet tant de variations de couleurs et valeurs ! Il faisait partie des tout premiers blocs appris par les petites filles. Si populaire, il est appelé de toutes sortes de façons : baratte à beurre, mais aussi trou dans la porte de la grange, assiette cassée, tête de dragon, poules et poussins, marteau de Lincoln, nœud d’amour et tant d’autres… N’est-ce pas poétique tout ça ?

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Un quilt antique de 1890 environ, trouvé dans le comté de Lancaster. Son lumineux fond « cheddar » était très à la mode.
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Quatre variations classiques vues ici.

Intemporel en rouge et blanc :

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La beauté des quilts traditionnels est infinie.
Plus modernes et toujours attractifs :

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Très beau quilt de Marianne Fons (vu ici)
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Impressionnante perspective de ce quilt fait par Patricia Nordmark : Shoo, fly!
Joelle Vétillard
De Joëlle Vétillard, 30 ans, 30 blocs, en hommage à France Patchwork en 2014.
Brigitte Didier
Toujours pour les 30 ans de France Patchwork, l’interprétation de Brigitte Didier.
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Un bloc unique est très beau aussi ! 
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Un rayon de lumière sur des blocs ! Lisa Ellis Quilts
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Mise en abîme du bloc par Quilt Jane, Australie.
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Barn Dance, Denise Russart
Les barattes libérées et distordues de Fresh Lemon Quilts
Les barattes libérées et distordues de Fresh Lemon Quilts

Et le beurre dans tout ça ? Il est possible de le faire à la maison (voir ici ou ici) : drôle à faire, un peu magique pour les gens du XXIe siècle, à essayer avec des enfants !… Mais je préfère faire du patchwork.

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Dans le beau livre d’images Quiltscape II de Rebecca Barker, une illustration du quilt « Hole in the Barn Door » devant une scène de ferme, avec un trou dans la porte de la grange (traduction littérale du nom du bloc).
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Pour finir, un très joli bloc de Lori Holt du blog Bee in my Bonnet !

Gabriel Fauré, illlustre Ariégeois

Une quilteuse ariégeoise, Anne-Marie Esteban, n’a pas oublié de rendre hommage à un illustre musicien de son beau pays pyrénéen :

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Au Pays de Gabriel Fauré, A-M Esteban

Le voici, peint par John Singer Sargent en 1889, l’époque de la création de La Pavane :800px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Fauré

La Pavane est une musique aérienne composée pour célébrer la grande beauté de la Comtesse Elisabeth Greffuhle, sa muse, « Madame la Fée », une femme au cœur de la vie artistique européenne durant sa longue vie (1860 – 1952).

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Photographie Paul Nadar, Elisabeth à l’âge de 35 ans (1895).

Pour entendre cette divine musique… et voir de bien belles choses, allez visionner le cadeau que nous fait Liliane Buda (descendez, cliquez sur diaporama Fibre Occitane… et montez le son).