La Fête du Fil dans le Tarn

Encore une info concernant ce département d’Occitanie que je ne me lasse pas de visiter !
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Tous les ans autour du 15 août, c’est la Fête du Fil à Labastide-Rouairoux (81), aux portes de l’Hérault (34) et au cœur du Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc. Riche d’une longue tradition textile, des passionnés font revivre cette vallée de communication, où passait déjà la voie romaine entre Nîmes et Toulouse, puis un chemin de St Jacques de Compostelle (la voie d’Arles).
Les activités séculaires tournent autour des ressources des bois, de la fabrication du verre, de l’exploitation du fer, des ardoises, de l’eau (force hydraulique notamment)… et surtout, en ce qui nous concerne, de la laine. Toute la chaîne de production se trouve dans la région : élevage des moutons, préparation des toisons, filage, teinture, tissage etc. D’ici sortaient au XXe siècle des tweeds utilisés par Coco Chanel pour ses petits tailleurs par exemple. Le Musée Départemental du Textile de Labastide-Rouairoux est passionnant ! De toute cette activité, il ne reste qu’une filature, Les Toiles de la Montagne NoireLeurs toiles sont de très haute qualité, tout au long de l’année je profite des nappes et torchons achetés chez eux.
Parmi les incontournables de la Fête du Fil, il y a tous les ans l’exposition des cartes textiles reçues sur un thème donné. Cette année, le Japon est à l’honneur ! Pour participer, voici les conditions (à lire aussi sur le site) :
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N’hésitez pas à participer et poster vos cartes… et peut-être envisager un tour du côté du Tarn cet été !

 

Drôles de signes : dièse, hashtag… ou encore igeta

Après l’esperluette et l’arobase, voici venu le tour du :Hashtag

Hashtag, ce croisillon signalant un mot-clé dans notre monde moderne informatisé, devient peu à peu connu de tous. Il a été question de le franciser… mais c’est déjà peine perdue, les habitudes sont prises. Au Québec dans cette utilisation, il s’appelle pourtant mot-clic ou mot-dièse ! Ce croisillon s’appelle hash car il ressemble à du hachage (une coupe en petits morceaux avec de multiples entailles).

Do dièse en clé de sol
Do dièse en clé de sol

J’aurais aimé qu’on dise plutôt dièse, mais ce n’est pas si simple ! Le dièse, signe musical signalant l’altération d’un ton vers le haut (qui se dit sharp en anglais), n’est pas tout-à-fait le même signe :HashtagAndDiese

Moi qui suis gauchère, je suis sûre que je ferais le signe spontanément dans un autre sens encore si je l’écrivais à la main ! Tout aussi parlant, ce tableau :croisillon-diese2-png

A noter que la touche « dièse » du téléphone est un hashtag 😉 Ce croisillon des réseaux sociaux rejoint l’histoire de l’arobase inusité du clavier, mais pour # il y a surdose d’utilisations maintenant !

En anglais, si on veut écrire n° 1, on le figure ainsi : #1, il s’appelle alors sign number, signe de nombre. 

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A gauche lb écrit par Isaac Newton, à droite imprimé en tant qu’abréviation du pound.

Mais ce croisillon vient de bien plus loin et, le croirez-vous ? encore du latin ! Il vient du système avoirdupois. Mais non, le ciel ne m’est pas tombé sur la tête, c’est bien le nom du système de poids anglophone avec les livres, les onces, les grains (pound env. 453 g, ounce env. 28 g, grain env. 65 mg) et autres divisions qui nous sont inconnues… Cela vient du vieux français avoir de peis/pois (selon les régions), quand on pesait tout avec des poids. Le pound (= la livre) vient de libra pondo, « le poids d’une livre », abrévié lb (LiBra). Pour singulariser cette unité, on lui a souvent ajouté une barre et à force de mal l’écrire, c’est devenu #. Ce # symbolise donc très souvent l’unité de poids « pound » dans le système avoirdupois et a mérité ainsi une place sur le clavier de machine à écrire. Vous suivez encore ? Bravo !  Encore une petite précision : même origine « libra » pour la livre (Pound) £, unité de monnaie britannique (on pesait 12 deniers pour une livre). Si vous avez lâché en cours de route, je ne vous en voudrai pas…

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Vitrail de la cathédrale de Chartres, montrant la pesée de pièces (baie 41)… sur fond de bleu de Chartres

# est source de confusion même pour les Anglophones qui l’utilisent encore pour d’autres cas, comme la valeur calorique d’un aliment ! Alors, un peu plus ou un peu moins, on a pris # pour de nobles causes informatiques… A quoi pourra servir un jour notre signe °, qui marque les degrés Celcius et les numéros (n°) ? Et § (paragraphe) ?…On aura peut-être un jour la surprise de les voir débarquer dans le nouveau monde informatique…
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En patchwork, ce sont des croisillons bien droits qui ont la cote :

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Un bel hashtag quilt, de style classico-moderne, fait par Camille Roskelley. Son modèle est en vente. La particularité de ce bloc est d’être simplement fait avec des jelly rolls.
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Ce quilt sur fond gris est particulièrement chic ! Fait par Lauren Deel.
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Hashtags collés de Ms Midge
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Très joli quilt aux hashtags irréguliers ! Quilt Tania Finken, chez Fons & Porter

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Il y a quelques jours, alors que je préparais cette rubrique « drôle de signe », j’ai bien apprécié l’article des Conteuses (Il était une fois les points contés) faisant en coussins de beaux exercices de style tridimensionnels :

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Ce bloc est bien plus sophistiqué qu’il n’y paraît, bravo mesdames ! L’effet tridimensionnel est saisissant.

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Comme le patchwork nous fait toujours voyager, comment ne pas penser au signe 井, si proche du hashtag mais venant de la si lointaine Asie ?

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Bloc igeta de Susan Briscoe, vu sur son blog et dans plusieurs de ses livres.
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Armoirie familiale igeta

kasuri in blue井 est un signe commun au chinois et au japonais ; ce caractère kanji signifie source d’eau et c’est un des dessins les plus populaires en ikat japonais (appelé kasuri), associé ou non avec d’autres motifs. Susan Briscoe le nomme igeta , qui est plus précisément le croisillon de la margelle en bois entourant un puits :

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Dans les campagnes japonaises, il était très commun de trouver cette construction au cadre de bois nommé igeta.

J’avais déjà parlé des kasuri par ici, mais si vous souhaitez faire une immersion dans la culture japonaise, rien de mieux que le blog de la Chambre des Couleurs !

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91+ToaTsfZLNotre chère Andrée a une magnifique collection de tissus qu’elle veut utiliser au mieux. Tout comme moi elle apprécie beaucoup ce livre de Susan Briscoe ci-contre, plein de belles idées sur le thème du Japon.

Andrée a choisi le bloc igeta pour s’amuser à mixer différents tissus, avec la base d’un beau batik aux feuilles de ginko.

batikgingkoL’ensemble fait automnal avec ses couleurs chaudes et Andrée réfléchit à une bordure pour faire chanter ses blocs ! Nous avons une petite idée… alors à bientôt pour le quilt fini !

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Le top, bientôt encadré d’une bordure, puis quilté !

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Prochainement, rendez-vous avec un signe très affectueux…

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Challenge en blanc et indigo… et pivoine blanche et pourpre

Une connaissance m’a montré des tissus japonais achetés, ne sachant comment les mettre en valeur. Son envie était d’avoir un plaid pour couvrir un fauteuil fatigué. Avec mes nombreux projets – dont un quilt à faire pour le mariage de l’amie d’enfance de mon aînée – je n’avais aucune intention de me charger d’un ouvrage supplémentaire. Mais ces tissus m’ont parlé, je n’ai pas su refuser !DSCN0307

Le challenge était de faire quelque chose de ces trois tissus. Les deux dessus sont des tissus japonais tissés pour en faire des kimonos d’été (Yukata), ils ont donc, de lisière à lisière, la largeur de 35-36 cm. Il y en a 120 cm de chaque. Le tissu de dessous est, lui aussi, un coton teint à l’indigo de manière artisanale. Ses parties blanches comportent par endroits encore des restes de la cire posée pour que la teinture ne se fasse pas à cet endroit (technique de la réserve). J’en ai un peu plus : 2 mètres en 90 cm de large. Que faire pour ne pas dénaturer ces tissus beaux par eux-mêmes et plutôt rares et précieux ?

mix and match S. BriscoeJ’ai acheté du tissu marine pour compléter, ainsi que du blanc naturel pour le dos. J’ai lavé tous les tissus, ouf aucun indigo ne déteint ! Les résidus de cire ne sont pas entièrement partis, je laisse ainsi. Après quelques recherches dans les livres qui pouvaient m’aider, j’ai décidé de faire en centre un bloc présenté dans un livre de Susan Briscoe, idéogramme d’origine chinoise je crois pour dire « Bonne chance » !

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Ce même idéogramme est présenté ici, signifiant « good luck » !

Voici le mien, avec des bandes ajoutées afin d’arriver à 35 cm de côté (largeur du tissu imprimé) :

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Puis j’ai continué avec des bandes de tissu en coton marine intercalées pour mettre en valeur chaque imprimé et quelques variantes de montage pour faire ce top :

La Ruche des Quilteuses
Le top fait 140 cm de côté, j’avais promis de faire un plaid d’au moins 120 cm, mission accomplie ! C’est bien indigo foncé, même si la photo fait penser à du noir ! Ces tissus ne sont-ils pas superbes ?

 

Et voilà le top ! Il faut encore que je le quilte puis je rendrai ces tissus, quelque peu mis en scène, à leur propriétaire !

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En prenant la photo du top ci-dessus dehors, je n’ai pas résisté à l’envie de photographier aussi une des fiertés de mon jardin : une pivoine arbustive à l’histoire passionnante (pour moi en tout cas). 

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Cette pivoine s’étale maintenant sur 2 mètres ! Cette année elle porte moins de fleurs que l’année dernière, mais je le lui pardonne bien volontiers. Les fleurs étaient simples à la première floraison, elles sont maintenant doubles et dégagent un merveilleux parfum, ce qui est rare chez les pivoines.

 

Un botaniste américain d’origine autrichienne, Joseph Francis Rock, a découvert en 1925 dans une lamasserie de l’ouest tibétain une pivoine à nulle autre pareille, blanche au coeur pourpre, à l’envoûtant parfum. C’est une pivoine sauvage venant d’une vallée retirée dans la région de Ganzu (Chine), lui disent les Lamas. Malgré tous ses efforts, ses expéditions, ses recherches, il n’en trouvera aucune autre trace, ni lui ni personne. Toutes les pivoines Rockii du monde descendent des graines de cette unique plante ! Nous avons acheté la nôtre dans le Gers (La Pivoine Bleue). Une pivoine Rockii était rare voilà quelques années encore, maintenant on peut en trouver facilement.

Cet homme n’était pas seulement botaniste, c’était un incroyable aventurier qui a à la fois parcouru tous les dangers et vécu en Dandy, excentrique et génie scientifique, extrêmement doué et roublard, errant de par le monde, botaniste, journaliste, espion, explorateur, sorcier… Sa vie est un roman palpitant qui a inspiré à la fois cinéastes et romanciers :

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Horizons Perdus, film de Franz Capra d’après le livre de James Hilton

 

Connaissez-vous le Shangri-La, ce nom qu’on voit maintenant un peu partout pour évoquer un lieu serein ? C’est dans Lost Horizon, roman de J. Hilton, que ce lieu utopique fut inventé à la suite des récits de ce fameux Joseph Rock !
En France, Irène Frain, notre Bretonne amoureuse de l’Inde, de l’Asie et des aventuriers, a aussi écrit deux livres sur l’homme sauveur de pivoine :

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Alors je regarde ma pivoine arbustive avec beaucoup de bonheur, pensant aux mille péripéties du botaniste-aventurier…

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Il vient de pleuvoir, elle reste quand même magnifique ma chère pivoine Rockii…

 

Parmi les nombreux sites consacrés à cet homme à la vie si intense et mystérieuse, il y en a un en français : http://josephfrancisrock.free.fr/josephfrancisrock_accueil.html

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Valériane, la Lune et les vagues…

Quand on habite à la campagne, on voit mieux la Lune :

 

pleine lune
Voyez-vous les reflets du clair de lune sur les vagues ?

 Nouvelle peinture sur bois de Valériane Leblond aux accents japonais, à la fois par son format et par ses vagues !

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Motif japonais depuis plus de mille ans, le seigaiha, « océan aux vagues bleues », avec ses cercles concentriques, est d’une rare élégance. D’abord symbole de la mer sur les anciennes cartes chinoises, il se trouve depuis mille ans au Japon brodé ou imprimé sur les tissus, gravé dans la pierre ou le bois, dessiné sur le papier, la céramique ou encore en mosaïque…

Son graphisme peut aussi suggérer des toits de tuile, des éventails ou des coquillages… Outre-atlantique, on décline ce motif depuis le XIXe siècle à la fois en patchwork, appliqué et quilting. Ce fut aussi un motif très prisé en art déco !
Il m’a inspiré mon logo de blog :seashells

Alors vous comprenez combien j’aime cette nouvelle peinture de Valériane !

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Autre Vague japonaise : dans l’actualité parisienne, l’exposition des estampes d’Hokusai au Grand Palais est bondée, le public se rue sur la fameuse Vague : elle n’est pourtant pas plus grande que les autres estampes, donc à chacun son tour !

La Grande Vague de Kanagawa
La Grande Vague de Kanagawa (1831) a longtemps été accrochée dans ma chambre, je la connais par coeur et l’aime toujours autant ! L’estampe originale surprend par sa modeste taille ( environ 25 cm sur 37 cm), alors qu’on a l’habitude de la voir en grande affiche.

Une estampe est le résultat d’une série de travaux : le dessin sur la matrice (ici du bois), la gravure en suivant le dessin, puis l’encrage et l’impression… Il existe donc plusieurs originaux dont les couleurs diffèrent, les traits sont plus ou moins nets en fonction de l’ordre d’impression… Elles ne sont pourtant pas numérotées comme des lithographies actuelles. La qualité du papier joue une importance primordiale également ; certains spécialistes pensent que près de 5 000 estampes originales de cette Vague furent tirées, dont une est toujours à Giverny, chez Monet ! L’ordre de tirage peut grosso modo être établi par les spécialistes en fonction de la netteté des traits (qui s’estompe avec l’usure de la matrice originale).

Cette première vue du Mont Fuji d’une série de 36 est fascinante et de nombreux essais décortiquent les raisons du succès.

Fibonacci
La composition géométrique peut expliquer la beauté de l’oeuvre.

L’exposition ne se limite absoument pas à cette Vague, vous y ferez beaucoup d’autres découvertes si vous avez la chance d’y aller… un jour sans trop d’affluence !

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Au Grand Palais à Paris, du 1er octobre au 18 janvier, avec une interruption du 21 au 30 novembre. 

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Merci Valériane de nous offrir de si belles vues au clair de Lune :

lune et facteur Valériane Leblond

moutons sous la lune Valériane Leblond… des vagues menaçantes portant peut-être un message d’espoir :

Bottled - Embouteillé - Mewn potel
Trouvez-vous la bouteille à la mer ?…

… des vagues bien plus douces dans un monde idyllique :

vagues seigaiha Valériane Leblond

… et tant d’autres scènes de la campagne et du littoral gallois que vous pouvez admirer et vous procurer sur son site ici !

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Des fleurs de cerisier…

… dans le magazine « Mon Jardin Ma Maison » d’avril, quoi de plus naturel ?

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 … Mais, plus étonnant, ce sont des fleurs de cerisier en sashiko qu’on nous propose ! Quatre pages d’un très joli reportage sur Satomi Sakuma, Japonaise installée en France, qui vient de faire sortir également un très beau livre :

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Rendez-vous aussi sur son blog en français, entièrement consacré au sashiko, avec de nombreux trucs et astuces : Sashiko-ya. Il est jeune mais déjà très complet et très beau !

Cette artiste a longtemps collaboré avec Kenzo…

L’Invitation au Voyage

Maurice Ravel, basque par sa mère, est né à Ciboure, petite ville portuaire qui partage la baie avec St-Jean-de-Luz. C’est l’enfant du pays, même s’il passa toute sa jeunesse à Paris. Ses musiques m’enchantent et ce que j’aime particulièrement de lui, c’est son éclectisme, sa soif de sons d’ailleurs pour mieux les intégrer à sa culture française. 

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Ce portrait de Ravel évoque les multiples influences de ses musiques

Lors d’une immense tournée en 1928 aux Etats-Unis et au Canada, il fit cette déclaration : « Vous, les Américains, prenez le jazz trop à la légère. Vous semblez y voir une musique de peu de valeur, vulgaire, éphémère. Alors qu’à mes yeux, c’est lui qui donnera naissance à la musique nationale des États-Unis. »

Bien vu ! Il avait notamment sympathisé avec George Gerswhin dont les sonorités de sa Rhapsody in Blue l’enthousiasma, alors que les critiques pleuvaient encore sur cette « musique de nègres ».

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Si son imaginaire musical majeur vient d’Espagne (le Boléro, qui envoûte ou énerve, reste la musique française la plus jouée au monde), ses œuvres sont profondément originales et éclectiques, inspirées successivement des folklores de la Russie, la Grèce, les sonorités orientales ou tziganes…

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Célèbre ballet de Béjart sur le Boléro de Ravel

« L’art, sans doute, a d’autres effets, mais l’artiste, à mon gré, ne doit avoir d’autre préoccupation que la perfection technique. L’important est de s’en approcher toujours davantage. » Ravel… C’était un travailleur lucide, exigeant envers lui-même et les autres, qui déclara :  « Oui, mon génie, c’est vrai, j’en ai. Mais qu’est-ce que c’est ? Eh bien, si tout le monde savait travailler comme je sais travailler, tout le monde ferait des œuvres aussi géniales que les miennes. ». A méditer quand on croit qu’on peut faire des œuvres vite faites-mal faites, sous le couvert de modernité !

Ravel aimait lire Beaudelaire : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. » (l’Invitation au Voyage)

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Je ne peux éviter ici d’évoquer deux sœurs pianistes nées tout à côté, à Bayonne, qui interprètent dans le monde entier des œuvres aussi diverses que celles de Ravel, Gerschwin, Mozart ou le répertoire baroque, mais aussi le rock expérimental avec grâce et un talent fou… qu’elles reconnaissent couplé à un travail acharné. Les ayant rencontrées à 19 ans, âge où nos goûts se forment pour la vie, je collectionne leurs enregistrements et leur voue une admiration sans faille. Elles se font malheureusement très rares en France…

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Travailleuses, éclectiques, talentueuses… et si belles ! (©KLM recordings)

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Le hasard faisant bien les choses, Marie-Claude Tsuruya cohabita avec Maurice Ravel pendant Quilt en Sud. C’est en effet dans l’auditorium Maurice Ravel que le Japon s’installa à Saint-Jean-de-Luz avec une sélection de quilts de la Chambre des Couleurs.

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Parions que Ravel aurait adoré cette cohabitation : l’excellence du travail, l’alliance de deux cultures, sont des caractéristiques ravelliennes  tout comme celles de cette quilteuse ! Marie-Claude Tsuruya n’a pas de télévision mais coud et quilte toujours au son de la musique. Quelques articles de son blog sont consacrés à cette autre passion.

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Plusieurs kimonos précieux, en soie ou en « chirimen » (tissu légèrement ondulé, une sorte de crêpe agréable à porter et facile à entretenir) agrémentaient cette exposition. Les kimonos japonais sont coupés et cousus d’une manière immuable (sujet d’un prochain article dans le blog de Marie-Claude sans doute !), il en résulte un vêtement très long qui sera ajusté à la taille de la personne grâce à la ceinture (obi). Marie-Claude avait apporté son obi de mariage mais dès le premier jour, elle l’a enlevé de l’exposition en raison de trop nombreuses petites mains qui ne pouvaient s’empêcher de le toucher !

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Détail d’un quilt de mini-blocs en T, initiale de leur nom de famille. Chaque T est cousu à la main avec un tissu japonais récent ou ancien, sur un fond d’indigos. Finalement, cela donne plutôt une jolie collection de mini-kimonos !

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Enfilade de quilts tous plus beaux les uns que les autres ! De près, ils sont parfaits, de loin on découvre une autre dimension avec des jeux de lumière insoupçonnés… C’est pourquoi j’appelle Marie-Claude Tsuruya la créatrice de lumière.

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Les quilts exposés ont tous un lien avec le Japon. L’époux de Marie-Claude étant japonais, elle hérite des tissus de sa belle-famille, surtout ceux dont personne ne veut plus ! De chaque voyage elle rapporte des kilos de textiles qu’elle achète aussi pour compléter sa collection. Le quilt ci-dessus,  en cotons bicolores marine/blanc, étaient destinés aux yukata, kimonos d’été aux imprimés plutôt masculins  (à l’origine, ces kimonos étaient pour la sortie du bain).

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Quilts récents de Marie-Claude. Son goût pour les tissus recyclés, ayant la trace du passé, se confirme dans ces ouvrages. On y retrouve des tissus d’épaisseurs différentes que beaucoup de quilteuses hésiteraient à unir, mais finalement coton, lin, chanvre ou ramie cohabitent avec bonheur !

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Je me souviens que, tandis que je donnais un stage sur le « nine-patch évanoui », une variante amusante de coupe rapide avec cutter et règle, Marie-Claude confectionnait ce même bloc de manière patiente, artisanale, choisissant avec précaution les morceaux pas trop usés de ses tissus anciens du nord du Japon, étoffes d’un peuple fier et travailleur. C’est ainsi un bel hommage qu’elle rend aux personnes qui filèrent, teignirent, tissèrent artisanalement ces textiles. Quand on voit ce quilt, on comprend d’autant plus ses réticences sur le phénomène Boro, ou la mise sur le marché  de guenilles, parfois même artificiellement vieillies, qui se vendent à des prix exorbitants… Tandis que les visiteurs  occidentaux s’extasient, les Japonais se sentent parfois humiliés…

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Encore cette association dont je ne me lasse pas, les indigos et les imprimés joyeusement colorés ! 

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Beauté d’un sobre Log Cabin. Contrairement aux tissus de patchwork, les bleus teints à l’indigo ne s’affadiront pas en quelques années !

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Finissons ce petit tour par ce magnifique quilt qui vous dit sans doute quelque chose… Il est inspiré d’un top en soie et satin fait par Ella Holcombe (1872-1957), qui fut offert au Musée Shelbourne en 1990 et immédiatement admiré et recopié ! On ne sait pas quand la quilteuse cousit ce top, mais le modèle du bloc existe depuis la fin du XIXe siècle. Dominique Husson le reproduisit en coton avec infiniment de subtilité (voir article précédent). Si vous aussi vous souhaitez vous lancer dans cet extraordinaire quilt, cherchez le Quiltmania n° 21, Renée Ferré l’a présenté en fiche « pas à pas ». Celui de Marie-Claude a la particularité d’être en soies de kimonos, ce qui lui donne une présence lumineuse et chaque bande est quiltée en son milieu… Association encore de l’occident et de l’extrême-orient, ce quilt est baptisé « Temari », du nom des balles japonaises de décoration qu’on sort pour certaines fêtes. Plus de renseignements sur ce quilt dans le blog  ici.

Guettez les prochains articles de Marie-Claude ! Elle nous donnera ses impressions de son voyage plein sud… Je sais qu’elle a adoré rencontrer ses lectrices et revoir les personnes rencontrées en avril 2012 à Pibrac lors de la Journée de l’Amitié… Des liens d’amitié qui se tissent au fil du temps !

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De Quilt en Sud, je ne vous en montrerai pas plus ; d’autres artistes, avec qui je n’ai pas pu m’entretenir, présentaient eux aussi des merveilles ! Vous pouvez aller voir ces blogs et sites pour d’autres points de vue :

– le reportage-photos d’Edith Bouilly sur le blog News FP
– les reportages de Marie-Christine sur le blog Carrément Crazy, très intéressants avec de belles photos
– les photos (articles en cours) sur le blog de France-Patchwork Tarn
– le blog de l’artiste Françoise Christien
– l’art textile léger et pétillant des Espagnoles Desedamas
– l’univers d‘Hubert Valéri, si raffiné, dont je vous montre ici la couverture du livre qui paraîtra en octobre prochain :

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Livre préparé avec Maryse Allard

… et il y en avait tant d’autres ! Merci à tous ces artistes de nous avoir enchantés !

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Les pruniers en fleur annoncent le printemps !

Au Japon, le printemps a de l’avance cette année ! La fragile floraison des pruniers roses est bien là, c’est l’occasion de nombreuses festivités.

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Estampe de Hasui Kawase (1928)

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Du même artiste, la pleine lune éclaire les sakura (nom japonais de ces pruniers d’ornement)… comme cette nuit peut-être !

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Ici un très beau quilt d’Andrea Bride d’Australie. Comme beaucoup de quilts d’inspiration japonaise, il est baptisé « Sakura », évocation internationale du pays du Soleil Levant !
Elle s’est grandement inspirée d’un livre de Susan BriscoeJapanese Quilt Blocks to mix and match.

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Voici le livre plein de blocs innovants, piécés et appliqués. Je l’aime beaucoup, comme tous les autres livres de Susan Briscoe ! Il existe même en français, avec une toute autre couverture :

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Malgré le temps qui nous le cache bien, oui c’est bien le printemps !

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