Comment est le nouveau roman de Tracy Chevalier ?

montesquieuMontesquieu a écrit : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dispersé ». Dans le même ordre d’idées, il a écrit également : « Aimer lire, c’est faire un échange des heures d’ennui contre des heures délicieuses ». à vos livres – ou à vos tissus 😉 – pour échapper momentanément à la tristesse du monde…
At the Edge oh the Orchard, Tracy Chevalier, 2016.
Couverture américaine du dernier livre de Tracy Chavalier
Couverture américaine du dernier livre de Tracy Chavalier

Si vous cherchez une lecture enchanteresse sur l’épopée de la vie des pionniers, passez votre chemin. Dans son nouveau roman, Tracy Chevalier nous plonge avec rudesse -et beaucoup de recherches historiques- dans la vie quotidienne d’une famille installée au nord de l’Ohio, dans un marécage où sévit une boue noire collante ainsi que des moustiques, rendant la vie quotidienne extrêmement pénible … Malgré tout le chef de famille réussit à faire survivre sa famille en plantant des pommiers. Son amour des arbres, sa compréhension intime des rythmes de la nature sont palpables.
Mais quelle famille ! Le couple se dispute pour quelle variété de pommes favoriser – des pommes à croquer ou des pommes à cidre ?
Ah, le goût de la pomme reinette !!! Oh, le calva-maison qui permet d’oublier momentanément ses soucis…
Vous apprendrez des détails de la vie dans une Log Cabin, les affres de la solitude d’une famille sans lien social, esseulée les longs mois d’hiver… Des dix enfants nés, cinq succomberont au paludisme. Père et mère se battent, et battent leurs enfants ; on ne sait s’il y eut un jour de l’amour entre eux. Tantôt l’un ou l’autre trouve quand même un peu grâce à nos yeux, mais non, nous ne les aimons pas. La tension monte, le drame couve. Au fil du roman, nous saurons ce que deviennent les survivants avec leurs lourds secrets.

Puis, sans connaître le drame, nous suivrons les traces du plus jeune, Robert, parti sur les routes. Je vous laisse découvrir la suite…

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Antique 9-patch quilt du début du 20e siècle, quilt utilitaire. En vente chez Laura Fisher.

Parle-t-on de quilts ? Oui, bien sûr ! Le couple installé en Ohio utilise quotidiennement un nine-patch fait avant leur départ du Connecticut, réunissant des morceaux de vêtements de la famille qu’ils ne reverront jamais plus ; le mari, à un moment, plongera dans ses souvenirs en le regardant. C’est un quilt multi-usages, qu’on rapetasse autant de fois que possible. Le quilt sert pour dormir au chaud l’hiver, il sert aussi quand on grelotte en plein été à cause du paludisme… Au fil du roman on constatera sa présence en voyage, pour les naissances comme pour les morts… Un vrai quilt de famille, un quilt de vie.
La femme aère les quilts quand le temps le permet, mais leur fabrication fait simplement partie des corvées ménagères… Quand je vous disais qu’elle n’était pas sympa !!

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Couverture de l’édition britannique.

Le fil conducteur du livre est l’amour des arbres. Des pommiers aux séquoias, de la graine au fruit, de la plantation à l’abattage, j’ai senti la sève de la nature nourrir la vie de ces personnages. Certains ont d’ailleurs réellement existé (un point commun avec le roman d’Elizabeth Gilbert, l’Empreinte de Toute Chose) et une carte des USA des années 1850 nous permet de suivre géographiquement les protagonistes : on voyage aussi dans cet immense pays en construction, dans les déserts comme dans les villes, avec Robert on devient de grands nomades visitant l’immensité et la variété de ce territoire. C’est aussi  un hommage aux Américains anonymes qui ont tant souffert pour édifier leur patrie. Venus d’Europe, leur vécu les a profondément changés et ces différences perdurent jusqu’à nos jours.

800px-Giant_sequoia_exhibitionismL’évocation des séquoias est passionnante. C’est en 1852-53 que commence l’exploitation sans retenue de ces arbres-mammouths, les plus volumineux pins du monde. En général, les arbres n’étaient considérés que comme matière première, abattus pour la construction de tout bâtiment et de tout meuble, de routes (voir plus bas), du chemin de fer, pour le chauffage et la cuisine, etc. On les considérait uniquement à la disposition des hommes. Scientifiques et exploitants forestiers ont des vues divergentes et ces arbres extraordinaires ne seront protégés qu’un siècle plus tard. Dans ce livre on côtoie quelques amoureux des arbres, chacun à sa manière. Et à présent, même si on connaît leur rôle de « poumon de notre Terre », même si leurs défenseurs se battent, des forêts continuent d’être massacrées sans discernement. Les antagonismes durent donc depuis des siècles mais bientôt, il sera trop tard…

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Une association que je soutiens, Sauvons la forêt. Et pour compléter, vous pouvez voir ici 16 photos d’arbres spectaculaires.

Ce livre est riche mais rude, les gens comme la nature ne sont pas toujours aimables ! Je suis ravie d’avoir lu des livres de jardinage en anglais, sinon j’aurais été perdue par le vocabulaire spécifique du début ! Et je me demande bien comment seront traduits le récit de la femme puis les lettres de Robert, écrits par l’auteur dans un anglais bien écorché ! Je suis sûre que le traducteur ou la traductrice s’en sortira avec talent. CorduroyroadJ’ai quand même découvert les corduroy roads, « les routes de velours côtelé »… qui sont des routes faites de rondins comme ci-contre !

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Et voici l’édition en français qui sortira le 11 mai (cadeau pour la fête des mères ? Moi je l’offrirai à la mienne en tout cas !)

Il y a bien de ténues ressemblances avec le livre L’Empreinte de toute Chose, particulièrement cet amour des plantes et l’évocation des nombreux échanges botaniques entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni, mais l’histoire, le milieu et l’ambiance sont fort différents, vous pourrez lire l’un et l’autre sans vous lasser !

Ce nouveau roman fait à la fois penser à La Dernière Fugitive et aux Prodigieuses Créatures du même auteur. J’adorais aussi ses premiers romans, déjà empreints de reconstitutions historiques, mais plus dédiés au monde de l’art. Le point commun de chacun est la passion d’une vie, toujours… Dès le premier livre et sans doute pour toujours, quel que soit le thème qu’elle aborde, tous les livres de Tracy Chevalier me captivent !

Katell, quilteuse forever

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La maladie de Lyme, méconnue en France

Savez-vous ce qu’est cette maladie ? On l’attrape via les tiques, ces acariens qui prolifèrent en Europe et au nord-est des USA. On l’appelle Lyme, du nom d’une petite ville du Connecticut – où on découvrit le rôle de ces bestioles dans la maladie de nombreux enfants de la ville vers 1975, ce n’est pas vieux – ou encore borréliose (la borrélie étant la bactérie infectante).

Je ne veux pas vous faire peur mais vous informer : mieux vaut prévenir que guérir, tout particulièrement cette maladie, je vous assure. Ce qui m’énerve, c’est la discrétion française, alors qu’il y a 20 ans déjà, je lisais à chaque entrée de forêt en Allemagne des pancartes avec des conseils de prévention sur les Zecken – les tiques. Ne négligez pas de vérifier tout votre corps (et celui de vos proches, particulièrement les enfants) après une balade en forêt ou dans des herbes, et si vous voyez une petite tâche foncée, regardez de plus près si ce n’est pas une tique accrochée. Pour l’enlever :

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… ce petit appareil, en vente en pharmacie, est très utile pour éviter d’y laisser la tête. On coince la bestiole dans le pied de biche, on tourne et elle se détache en entier (très important). Ici une vidéo ! Ensuite, pas d’émoi, écrasez-la bien et désinfectez votre peau. En agissant vite (il paraît qu’on a 18 heures pour réagir), la tique n’aura pas le temps de vous transmettre les éventuelles vilaines bactéries qu’elle peut transporter, celles qui donnent la maladie de Lyme, mais aussi d’autres.

Idem pour beaucoup de mammifères, les chiens peuvent contracter la piroplasmose, toujours via les tiques, contre laquelle votre vétérinaire peut proposer maintenant un vaccin. Encore cher mais qui peut éviter des drames. En revanche, le vaccin pour humains contre l’encéphalite à tiques (et non la maladie de Lyme contre laquelle on n’a aucun vaccin) est encore très controversé. Alors le maître-mot est PRÉVENTION, regardez-vous après chaque balade et si une morsure de tique est accompagnée de rougeurs les jours/semaines/mois suivants, allez voir un médecin très, très vite.

Pourquoi parler de cette maladie ? Parce qu’une de mes amies quilteuses vient d’annoncer sur son blog qu’elle est atteinte de cette maladie ; depuis quelques semaines, elle subissait d’intenses fatigues dont l’origine est maintenant trouvée. Parce que ma fille a vacciné sa chienne qui attrape souvent des tiques dans la forêt. Parce que, comme le nuage de Tchernobyl, le problème semble s’arrêter à la frontière française.

Depuis plus d’un an, j’entretiens une amitié suivie avec cette quilteuse que je contribue à faire connaître en Europe. Heureusement, elle se fait traiter à temps et son traitement actuel (plusieurs semaines d’antibiotiques) a toutes les chances de réussir et lui redonner vite tout son entrain. Les médecins de sa région sont très concernés par cette maladie et ont un protocole bien rodé. Les cas sont malheureusement très nombreux dans le nord-est des Etats-Unis, mais on ne les ignore pas, heureusement !

Merci de prendre le réflexe de vous surveiller et rester vigilants après chaque sortie en forêt ou dans de hautes herbes. Ne paniquez pas si vous trouvez une tique sur vous, j’en ai déjà eu sans conséquence, mais suivez les conseils ci-dessus… 

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Pour rester dans le thème de la balade en forêt mais de manière plus légère, voici un quilt que j’aime beaucoup :

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Bright Birch Trees, ou Bouleaux Clairs, ouvrage d’Amanda Jean, la brillante créatrice du blog Crazy Mom Quilts.

Pour soutenir les efforts des quilteuses créatrices que j’aime, j’achète régulièrement des modèles, même si je devine bien souvent comment faire ! J’ai donc acquis ce PDF et commencé à faire quelques blocs. C’est un grand amusement… qui prend tout de même beaucoup de temps ! Pour aller plus vite, il est judicieux de préparer plusieurs troncs à la fois, avec de larges bandes cousues les unes au-dessus des autres puis redécoupées dans l’autre sens. Je vous montrerai ma forêt une fois terminée !

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Challenge en blanc et indigo… et pivoine blanche et pourpre

Une connaissance m’a montré des tissus japonais achetés, ne sachant comment les mettre en valeur. Son envie était d’avoir un plaid pour couvrir un fauteuil fatigué. Avec mes nombreux projets – dont un quilt à faire pour le mariage de l’amie d’enfance de mon aînée – je n’avais aucune intention de me charger d’un ouvrage supplémentaire. Mais ces tissus m’ont parlé, je n’ai pas su refuser !DSCN0307

Le challenge était de faire quelque chose de ces trois tissus. Les deux dessus sont des tissus japonais tissés pour en faire des kimonos d’été (Yukata), ils ont donc, de lisière à lisière, la largeur de 35-36 cm. Il y en a 120 cm de chaque. Le tissu de dessous est, lui aussi, un coton teint à l’indigo de manière artisanale. Ses parties blanches comportent par endroits encore des restes de la cire posée pour que la teinture ne se fasse pas à cet endroit (technique de la réserve). J’en ai un peu plus : 2 mètres en 90 cm de large. Que faire pour ne pas dénaturer ces tissus beaux par eux-mêmes et plutôt rares et précieux ?

mix and match S. BriscoeJ’ai acheté du tissu marine pour compléter, ainsi que du blanc naturel pour le dos. J’ai lavé tous les tissus, ouf aucun indigo ne déteint ! Les résidus de cire ne sont pas entièrement partis, je laisse ainsi. Après quelques recherches dans les livres qui pouvaient m’aider, j’ai décidé de faire en centre un bloc présenté dans un livre de Susan Briscoe, idéogramme d’origine chinoise je crois pour dire « Bonne chance » !

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Ce même idéogramme est présenté ici, signifiant « good luck » !

Voici le mien, avec des bandes ajoutées afin d’arriver à 35 cm de côté (largeur du tissu imprimé) :

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Puis j’ai continué avec des bandes de tissu en coton marine intercalées pour mettre en valeur chaque imprimé et quelques variantes de montage pour faire ce top :

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Le top fait 140 cm de côté, j’avais promis de faire un plaid d’au moins 120 cm, mission accomplie ! C’est bien indigo foncé, même si la photo fait penser à du noir ! Ces tissus ne sont-ils pas superbes ?

 

Et voilà le top ! Il faut encore que je le quilte puis je rendrai ces tissus, quelque peu mis en scène, à leur propriétaire !

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En prenant la photo du top ci-dessus dehors, je n’ai pas résisté à l’envie de photographier aussi une des fiertés de mon jardin : une pivoine arbustive à l’histoire passionnante (pour moi en tout cas). 

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Cette pivoine s’étale maintenant sur 2 mètres ! Cette année elle porte moins de fleurs que l’année dernière, mais je le lui pardonne bien volontiers. Les fleurs étaient simples à la première floraison, elles sont maintenant doubles et dégagent un merveilleux parfum, ce qui est rare chez les pivoines.

 

Un botaniste américain d’origine autrichienne, Joseph Francis Rock, a découvert en 1925 dans une lamasserie de l’ouest tibétain une pivoine à nulle autre pareille, blanche au coeur pourpre, à l’envoûtant parfum. C’est une pivoine sauvage venant d’une vallée retirée dans la région de Ganzu (Chine), lui disent les Lamas. Malgré tous ses efforts, ses expéditions, ses recherches, il n’en trouvera aucune autre trace, ni lui ni personne. Toutes les pivoines Rockii du monde descendent des graines de cette unique plante ! Nous avons acheté la nôtre dans le Gers (La Pivoine Bleue). Une pivoine Rockii était rare voilà quelques années encore, maintenant on peut en trouver facilement.

Cet homme n’était pas seulement botaniste, c’était un incroyable aventurier qui a à la fois parcouru tous les dangers et vécu en Dandy, excentrique et génie scientifique, extrêmement doué et roublard, errant de par le monde, botaniste, journaliste, espion, explorateur, sorcier… Sa vie est un roman palpitant qui a inspiré à la fois cinéastes et romanciers :

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Horizons Perdus, film de Franz Capra d’après le livre de James Hilton

 

Connaissez-vous le Shangri-La, ce nom qu’on voit maintenant un peu partout pour évoquer un lieu serein ? C’est dans Lost Horizon, roman de J. Hilton, que ce lieu utopique fut inventé à la suite des récits de ce fameux Joseph Rock !
En France, Irène Frain, notre Bretonne amoureuse de l’Inde, de l’Asie et des aventuriers, a aussi écrit deux livres sur l’homme sauveur de pivoine :

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Alors je regarde ma pivoine arbustive avec beaucoup de bonheur, pensant aux mille péripéties du botaniste-aventurier…

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Il vient de pleuvoir, elle reste quand même magnifique ma chère pivoine Rockii…

 

Parmi les nombreux sites consacrés à cet homme à la vie si intense et mystérieuse, il y en a un en français : http://josephfrancisrock.free.fr/josephfrancisrock_accueil.html

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Nifty Tulips/1

long bleu ArtNouveauartnouveau1Nifty… C’est un mot que je ne connaissais pas avant de tomber sur ce blog : Nifty Quilts… C’est un mot très positif puisqu’il signifie à la fois « qui a du chic, de la classe », mais aussi « sympa, malin, astucieux, chouette ». LeeAnn, qui écrit ce blog, mérite les deux interprétations du mot ! Vous saurez bientôt pourquoi ce titre de post…

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La tulipe est une fleur très graphique, symbole de la Hollande où en ce moment, les champs explosent de couleurs. Son nom signifie « fleur-turban ». Elle se prête si bien à des interprétations artistiques !

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Hollande en avril, c’est une explosion de couleurs ! Je vous conseille la visite du parc de Keukenhof… J’en ai un souvenir ébloui !

 

Art Nouveau TileLes tulipes ont une histoire folle. La tulipomanie, vous connaissez ?ArtNouveau gold

Au début du XVIIe siècle, ce qui deviendra les Pays-Bas était certes en guerre d’indépendance contre l’Espagne (pendant 80 ans…) mais aussi en pleine gloire coloniale très rentable avec la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales : les valeureux navigateurs rapportaient toutes sortes de denrées d’Asie : soies, porcelaines, épices… les Hollandais colonisaient aussi de nouvelles terres en Amérique, parmi lesquelles un territoire baptisé Nouvelle-Amsterdam en 1625 qui deviendra New-York… Max Weber (en 1905) attribuera les valeurs du protestantisme (la valorisation du travail) à la création du capitalisme en Europe du Nord, ce n’est sans doute pas le facteur unique mais il règne en Hollande, en ce début de XVIIe siècle, un sentiment de modernité, une effervescence tous azimuts… et les tulipes auront leur place dans cette histoire !

Hans Bollongier, Bouquet de tulipes, 1639,
Hans Bollongier, Bouquet de tulipes, 1639, Rijksmuseum Amsterdam. Bel exemple de l’âge d’or des natures mortes flamandes.

De l’Empire Ottoman, des bulbes furent introduits en Hollande à la fin du XVIe siècle. Les fleurs de tulipes prospérèrent dans ce climat européen humide et devinrent si populaires que les oignons se volaient en pleine terre ! Mais ce qui mit le feu aux poudres, c’est un virus de l’oignon. Je m’explique : les tulipes sont d’une seule couleur éclatante quand tout va bien. Un virus transmis par les pucerons peut les rendre bicolores de manière flamboyante mais très aléatoire, et à l’époque ces transformations étaient bien mystérieuses… C’est ce virus la cause partielle, pendant l’hiver 1636-37, d’une forte spéculation puis de l’effondrement de la valeur des bulbes.

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La Folie Tulipière, Jean-Léon Gérôme, 1882 (Musée Walters, Baltimore, Maryland, USA). Ce peintre français très académique du XIXe siècle illustre la tulipomania du 17e siècle : un Noble protège son précieux exemplaire de tulipe bicolore tandis que les soldats piétinent les tulipes du champ, afin de lutter contre la spéculation. 

En fait, la tulipomania a marqué les esprits car il s’agissait d’une simple fleur mais d’après les dernières recherches, elle a été amplifiée a posteriori, symbolisant les errements du capitalisme. Les délires du marché de la tulipe, bien réels, n’ont pas touché tant de monde que cela et n’ont pas anéanti l’économie hollandaise… Si cela vous intéresse, vous pouvez lire quelques articles :
Quand les bulbes dégénèrent en bulles

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La tulipe… interprétation de l’Histoire !

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Tulipe Reine de la Nuit, photo du catalogue Meilland

En littérature, on ne peut pas oublier La Tulipe Noire d’Alexandre Dumas, dont l’inspiration est tirée de cette spéculation, mais avec aussi des troubles socio-politiques violents, de l’amour fleur bleue pour une jeune Rosa… Un roman très fleuri !

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J’ai lu ce livre enfant, pas vous ?…

Attention, aucun rapport avec le film de cape et d’épée de Christian-Jaque de 1964  avec Alain Delon et Virna Lisi, leur histoire se passe à la Révolution Française !

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Vous pouvez admirer des céramiques de style Art Nouveau illustrant cet article : la tulipe convient si bien à ce style… Sacrées nifty tulips (les tulipes ont la classe) !

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Elégance de l’Art Nouveau…

De même, dans les peintures paysannes traditionnelles sur bois, coeurs et tulipes sont souvent à la fête ! Occasion rêvée pour faire un coucou à ce blog : des tulipes et des coeurs !

La fleur de tulipe, si ronde et élancée, se plie facilement à toutes les interprétations textiles ; piécées ou appliquées, elles se prêtent à tous les jeux. Entrons donc dans la danse des tulipes…

blocs appliquésLes quilts de style Baltimore ont souvent des tulipes. Réminiscence du pays d’origine de tant de personnes de ce coin des Etats-Unis ? Très certainement ! Barbara Brackman a répertorié un nombre impressionnant de blocs aux tulipes dans son encyclopédie des blocs appliqués.

Voici donc quelques photos de quilts anciens et récents avec des tulipes… A vous ensuite d’aller vers d’autres découvertes !

XIXe siècle
Quilt du XIXe siècle
Années 1930
Quilt années 1930
appliqué tulips
Sans date, XXe siècle 
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Ce quilt, comme vous le voyez, est extrêmement raffiné et merveilleusement exécuté. C’est l’oeuvre de Michel Galan… qui souhaitait « juste » s’initier à l »art de l’appliqué ! Quel phénomène !! Vous pouvez voir quelques tulipes en bordure. Le modèle est de la papesse du Baltimore, Ellen Sienkiewisz. Voir détails sur son blog !

 

Un modèle dans Quiltmania (n° 76, venant de Lucy des Pays-Bas… naturellement !) m’avait vraiment tapé dans l’oeil, Beatrice de l’Aiguille dans une botte de foin l’a fait :

 

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Quel dynamisme dans ces couleurs ! Le Cheddar, cette couleur orange, me fascine et me fait peur à la fois !…

 

Patsy Moreland
Ce petit quilt de Pasty Moreland montre une des possibilités de faire une tulipe avec un bloc de log cabin…

 

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Ce bloc est proposé avec d’infinies variantes de dispositions… Super pour utiliser beaucoup de petits restes de tissus vifs !
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Lisa Bonjean a repris un bloc des années 1930, réinterprété avec ses tissus, pour faire ce magnifique quilt dédié à sa mère (détail, voir aussi ici).

 

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J’ai un gros faible pour ce tableau du blog Des Tulipes et des Coeurs…

 

Les merveilleuses Queens of the Night d'Emily Parson
… et aussi pour les merveilleuses Queens of the Night d’Emily Parson !

En attendant de vous parler des Nifty Tulips, voici un dernier quilt de tulipes :

Superbe Tulipmania 2009 d'Allison Wilbur et son groupe (First Place for Group Quilt category in the National Quilting Association Show in 2010).
Superbe Tulipmania 2009 d’Allison Wilbur et son groupe (First Place for Group Quilt category in the National Quilting Association Show in 2010).  

La dentelle de la Reine Anne

Revenons au mois de septembre…

Dans la partie de mon jardin semi-sauvage, là où est placée notre ruche, il s’en trouve par centaines, des dentelles de la Reine Anne…

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Prairie pleine de carottes de juin à fin septembre !

 

Dentelle de la Reine Anne : c’est la traduction du nom commun américain (Queen Ann’s Lace) d’une plante considérée comme une mauvaise herbe… Que j’aime ce nom romantique pour notre vulgaire carotte sauvage !

 

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Certaines ont des formes étranges et subtiles…

 

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D’autres dévoilent une formation très régulière en spirale dite « suite de Fibonacci », merveille de la Nature. Voyez-en des centaines d’exemples ici…

Pour distinguer cette plante de la dangereuse ciguë (ne jouons pas à Socrate…), plusieurs caractéristiques les distinguent définitivement. Deux sont faciles à retenir :

– la carotte sauvage a une minuscule fleur pourpre en son centre (parfois quasi-invisible),
– la carotte sauvage a des poils sur sa tige (pensez à « Poil de carotte » en moyen mnémotechnique !).

C’est vrai que les ombellifères font penser à de la dentelle ! L’Histoire ne dit pas clairement de quelle Reine Anne il s’agit, mais il s’agirait d’une reine aimant faire de la dentelle, se piquant le doigt et tachant d’une goutte de sang son ouvrage… Cela rappelle la Belle au Bois Dormant !

(c) National Galleries of Scotland; Supplied by The Public Catalogue Foundation
La Reine Anne la plus souvent citée pour cette légende est la Reine Anne du Danemark (1574–1619), mariée à James VI d’Ecosse… Déjà, sa parure pourrait évoquer l’ombellifère !

Ces modestes fleurs font des sujets extraordinaires :

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J’ai vu des photos d’un mariage où ces fleurs étaient en déco principale, c’était extraordinairement sympathique, bucolique, magnifique !!!
Elle inspire aussi des quilteuses :

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Quilt de Kate Dowty, « Above Eype Beach II »,  exposé à Sainte-Marie-aux-Mines en septembre dernier.

En voici quelques détails :


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Elsbeth Nusser-Lampe s’en est également inspirée :

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Elsbeth Nusser-Lampe, Allemagne. Nous avons eu la joie de la rencontrer à Sélestat lors de la Journée Nationale de l’Amitié de France Patchwork.

 

Inspirée par Elsbeth Nusser-Lampe et Marie-Agnès du club de Balma, Kristine a fait un adorable panneau mêlant patchwork (le fond), peinture et broderie :

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Au bord de l’étang, par Kristine, Abeille de la Ruche

 

Parmi les herbes folles, il y a des fleurs de dentelle…

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Ce sera bientôt l’objet d’un stage au club de Colomiers !
Oui, je vous montrerai nos essais…  Quelle joie d’essayer d’approcher le style d’une artiste comme Elsbeth Nusser-Lampe qu’on admire tant !