Renaissance d’une Etoile

Il y a quelques mois sur Facebook, j’ai eu un coup de cœur pour un quilt représentant le visage d’une femme énigmatique et troublante, un portrait fait avec la désormais célèbre méthode des pixels où, carré par carré, nuance par nuance, le dessin apparaît (j’en avais vu un, fabuleux, en Irlande en 2012, voir aussi Deborah Hyde ici). Renseignements pris, c’est Andi Herman qui l’avait fait avec une technique élaborée il y a quelques années par son mari et elle-même.

Chacun ou presque sait chercher comment faire pour pixeliser sa photo, mais que faire après ? Eh bien leur société YouPatch vous aide : pour un prix très raisonnable ils préparent un PDF personnalisé avec la grille de tissus unis à choisir dans la gamme Kona Cotton (la plus étendue). On peut leur confier une photo, ils nous la rendent en schéma exploitable très clair (les schémas parlent, on comprend même si on ne maîtrise pas l’anglais !) avec quelques raffinements possibles comme la mise en morceaux plus grands que le pixel de base là où la couleur est unie et des mini-pixels dans les endroits les plus denses. Ensuite, à vous de jouer !

Très à la mode cette année, l’ananas ! On en voit dans les magasins de décoration, sur des tee-shirts… Ils symbolisent la convivialité, un signe qui dit Bienvenue ! J’en avais déjà parlé ici.
Frida Kahlo, en mini-pixels
L’éternelle jolie frimousse d’Audrey Hepburn, et Andi à droite.
Voici un exemple de ce que vous aurez d’Andi, avec en plus les légendes de couleurs, les dimensions des pièces et même un plan de coupe de vos tissus par couleur, afin de réussir un patchwork unique à partir de votre photo. Ici, le sourire d’Audrey décrypté…
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Ella Bubbles Quilt, Andi Herman. Ici on a des lignes plus souples : les carrés bicolores sont maintenant introduits dans certains modèles.

Mais qui était la femme du premier portrait ? J’ai demandé à Andi, la belle mystérieuse s’appelait Clara Bow. J’aimais tellement l’atmosphère que ce quilt dégageait que je lui ai demandé l’autorisation d’utiliser sa photo dans un de mes articles pour France Patchwork (Les Nouvelles n° 132 page 42). Thanks again Andi!

J’aime la poésie de ce portrait, avec sa gamme de couleurs restreinte, ses fleurettes romantiques et féminines et cet air mystérieux… C’est un petit portrait, les pixels sont minuscules…

Clara Bow. Une illustre inconnue. Inconnue ?  Allons donc !! C’était une des plus grandes stars du cinéma muet américain, la muse de Scott Fitzgerald (qui écrivit entre autres Gatsby le Magnifique) qui prendra cette femme comme modèle pour ses romans et épousa Zelda, « une autre » Clara…

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Clara en 1921 (tout juste 16 ans), l’air sérieux, sans doute le fruit d’une jeunesse sordide, mais déjà magnétique. Elle se présenta à ses premières audiences à cet âge et son aura la mènera vite à Hollywood, la Mecque naissante de l’industrie cinématographique aux abords de Los Angeles.
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La Garçonne !
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Devenue rousse flamboyante (avant Rita Hayworth), Clara devient l’égérie sexy des années folles.

 

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On ne sourit pas beaucoup sur les photos à cette époque. Pourtant Clara était une pétillante jeune femme, sa joie de vivre crevait l’écran. Elle fut l’un des modèles pour Betty Boop, la pin-up de bandes dessinées.

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Provocante, en avance sur son temps, elle était mondialement connue et ses frasques passionnaient le public. Elle collectionna les amants, parmi lesquels le tout jeune Gary Cooper… Clarita & Garyito formaient un couple de stars qui faisait rêver ! C’était la première It Girl, celle qu’on suit et qu’on adule…

Clara en 1927
Ce film, sorti en 1927, fur le premier à recevoir l’Oscar du meilleur film !

Libre, très libre, Clara croquait la vie à pleins dents. C’est grâce à ces pionnières de la vie que peu à peu, dans notre culture,  la femme a gagné la place de personne à part entière, avec plus de libertés et de responsabilités aussi. Mais Clara en paya le prix, on en profita pour lui faire subir toutes les avanies possibles. De faux scandales montés par une jalouse et la presse à scandale ruinèrent sa carrière, tout autant que la venue du cinéma parlant et de nouvelles stars du grand écran. Atteinte de bégaiement et l’accent populaire accroché depuis l’enfance, elle ne passa pas la rampe du cinéma parlant. Elle fut contrainte de mettre fin à sa carrière à 28 ans et devint une tranquille mère de famille, parfois fortement dépressive, dans le désert du Nevada, elle la gamine de Brooklyn. Elle y vécut dans la discrétion jusqu’à sa mort, en 1965.

Clara en 1932, à la fin de sa courte mais brillante carrière.

Si vous souhaitez vous plonger dans l’ambiance des années folles au son du jazz et des extravagances de Hollywood d’entre-deux-guerres, entrer dans les débuts de l’industrie cinématographique, côtoyer de futures stars et surtout apprendre à mieux connaître la vie de la pétillante et extravagante Clara, j’ai un livre pour vous qui vient de sortir :
Le Sourire de Gary Cooper, de Sophie Pujas, Gallimard, collection L’Arpenteur, 112 pages.
La prose poétique de Sophie Pujas redonne vie à Clara Bow, la star oubliée des années folles. Tout ce que je sais d’elle vient de ce livre qui se lit d’une traite.

Andi Herman, comme Sophie Pujas, ont rendu hommage à cette étoile, chacune avec le meilleur de leur art. Et en un sens, les étoiles s’étaient alignées en ce début d’année pour que je remarque le portrait de Clara, puis découvre ce livre qui vient de sortir (parution le 16 mars dernier), afin que naisse en moi beaucoup de tendresse pour l’étoile oubliée du cinéma muet.

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Zen & Chic : les secrets de l’équilibre esthétique

Aucune d’entre nous ne crée un quilt dans l’urgence de l’hiver à venir pour que notre famille dorme au chaud. Nous avons la chance de faire du patchwork pour notre plaisir et celui de notre entourage. Finalement, nous n’avons plus qu’à nous soucier de la beauté de notre ouvrage !

brigitte-heitland-150x150La beauté oui, mais aussi son intégration dans l’environnement dans lequel nous le destinons. Brigitte Heitland, quilteuse allemande originaire de la Forêt Noire (non loin de l’Alsace, de l’autre côté du Rhin), s’est spécialisée dans les quilts qui correspondent à la modernité des intérieurs de style contemporain. Il n’y a pas de hasard : dès qu’elle put toucher la pédale de la machine à coudre Pfaff de sa grand-mère, elle apprit à coudre, faire des vêtements… Quelle joie pour elle de porter des vêtements uniques et créatifs ! Au moment de décider de son orientation professionnelle, Brigitte choisit la branche d’architecte-décoration d’intérieur, mais finit dans le textile design, trop attirée par le fil et les aiguilles ! C’est un jour, au hasard des livres lus, qu’elle tombe sur des quilts en patchwork et là, sa vie bascule. Elle est définitivement accro et fait sa voie en associant le design intérieur et la création de quilts modernes. Ainsi est né Zen Chic, avec des modèles, des gammes de tissus et, dès à présent en vente aux USA (en avril chez amazon.fr), son premier livre édité par That Patchwork Place (Martingale). J’ai eu la chance de le recevoir en avant-première, alors allons-y pour savoir ce que vous y trouverez !

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Unique dans ce livre : des conseils pour ne pas être désappointée par vos achats compulsifs de tissus. Ce qui est attractif dans un magasin ne le sera pas forcément chez soi ! Brigitte nous incite à analyser notre intérieur, avec ses couleurs, ses formes, pour déterminer quel style de quilt conviendra. Elle s’appuie sur le nuancier Pantone pour associer les couleurs et ses nombreux exemples donnent des clés pour l’harmonisation de notre intérieur avec nos quilts, quel que soit notre style !

Comme le dit clairement le titre de sa société Zen Chic, le style est ZEN et CHIC, les lignes sont pures, simples et harmonieuses, dans l’esprit minimaliste. Mais ses quilts montrent une inventivité réjouissante et pas du tout ennuyeuse ni froide, vous serez surprise par la diversité des modèles ! En voici un petit aperçu :

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Horizon, avec ses couleurs saturées, me rappelle l’Inde… où ma fille aînée et ma sœur passent de belles vacances en ce moment.
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Rehaussé par un quilting parfaitement adapté, On the Ball est d’une magnifique simplicité esthétique. On pourrait le rendre complètement différent avec deux tissus de fond contrastés… Un modèle, c’est aussi ça, de l’inspiration pour une autre aventure textile !
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News ! La superbe forme aux multiples courbes est faite de tissu imprimé « journal » en noir & blanc. C’est superbe !

Les quilts ci-dessus sont ceux du livre les plus difficiles à faire peut-être, mais les explications vous guideront avec beaucoup de pédagogie !

A savoir : le livre est en anglais, les mesures en inch. Cependant les modèles sont expliqués avec de nombreux schémas faciles à comprendre. Des photos de très près aident à comprendre « comment c’est fait » et admirer le quilting machine, très harmonieux et complémentaire, qui rehausse l’esprit du quilt. La douzaine de modèles aide à entrer dans ce monde des quilts modernes à l’esthétique contemporaine et j’insiste sur l’intérêt du texte comportant les clés du succès de l’harmonie !

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Brigitte Heitland sur son stand à Houston en automne dernier. Regardez sa belle robe faite d’un des tissus de sa gamme True Blue : je l’adore !!
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True Blue, comme bien d’autres gammes de tissus de Brigitte, convient à bien d’autres styles de patchwork que le minimalisme qui ne plaît pas à tout le monde ! Cette gamme sera en vente en avril prochain.

Un dernier mot, Brigitte tient un blog… pas très actif, nous le comprenons étant donné ses multiples activités, mais il montre l’esprit chaleureux de Brigitte, son partage de multiples ambiances qui vous plairont avec certitude ! Il est par ici : Farbstoff Bridge. Bonne découverte!

PS : en attendant la disponibilité de son livre en Europe, allez voir la diversité de ses modèles en PDF sur son site, ses gammes de tissus de patchwork édités chez Moda… Que d’inspirations !

Aujourd’hui outre-Atlantique, c’est Thanksgiving !

Hier, pour la dernière fois, le Président Obama s’est plié au protocole présidentiel : gracier une dinde qui, la chanceuse, ne sera pas rôtie pour ce soir !

C’est le grand repas de famille et l’hymne à un beau sentiment : la gratitude.

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Un merveilleux quilt de LeeAnn de Nifty Quilts, parfait pour célébrer Thanksgiving.

Les premiers colons anglais s’installant sur ce territoire ont voulu, en fin d’année 1621, remercier Dieu… et les Indiens qui leur avaient permis de ne pas tous mourir de faim. Les autochtones leur ont appris à connaître ce qui se mangeait dans ce nouveau monde et de savoir les cultiver ou chasser : la légende imagine un repas de maïs, de haricots verts, de canneberge, de potiron, de patates douces et surtout, de la dinde ! Si vous ne connaissez pas bien cette fête si typiquement américaine, vous pouvez en savoir un peu plus notamment par ici.

Aujourd’hui, de l’autre côté de la Terre, vraiment à l’opposé c’est-à-dire en Australie, RachaelDaisy est elle aussi pleine de gratitude : elle vient de recevoir le nouveau Simply Moderne édité par Quiltmania qui lui consacre un grand article ! Allez voir ses nombreuses photos, vous serez convaincues que, décidément, Simply Moderne (déjà le numéro 7) est vraiment unique. Ne manquez donc surtout pas ce nouveau numéro si vous avez envie de nouveauté, de couleurs et de bonne humeur : tant de quilteuses modernes sympathiques et talentueuses y participent ! Ah quel bonheur…

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La jolie RachaelDaisy, toute heureuse de se voir dans Simply Moderne !

La Lune Blanche…

Il est des vers qui demeurent en tête, réminiscences des récitations de l’école ou de chansons maintes fois chantées ou entendues… Ce sont bien celles de l’enfance qui restent gravées à jamais.

Il y a quelque temps j’ai eu le coup de cœur pour un modèle innovant de Crazy Mom Quilts, alias Amanda Jean Nyberg, une vue de troncs d’arbres, des bouleaux, faits de mille mini-morceaux de tissus. C’était fait pour moi, fan de scraps et d’arbres !

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Bright Birch Trees, Amanda Jean Nyberg, 2012. C’est un quilt facile et très agréable à faire. On peut mettre de toutes les couleurs et de tous les styles de tissus dans les troncs d’arbre, les pièces sont si petites qu’elles se fondent dans l’ensemble. Et IL FAUT s’autoriser à mettre des tissus contrastés !

J’aurais pu copier d’après photo, mais je compatis avec la vie des créatrices qui se donnent tant de mal pour nous et ai acheté son PDF d’explications, très bien fait au demeurant. Ce modèle est un immense succès, je ne suis pas la seule à succomber à son charme ! Et depuis, je collectionne les photos de quilts sur le même thème, en voici un florilège :

https://sewfrench.com/2014/01/24/seeing-the-forest-through-the-trees/
Sew French, avec un très beau quilting à la main qui évoque la brise.
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Une belle réussite de KaHolly
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Tisha & Rachel, à voir ici. Rachel a opté pour un « quilt as you go », on voit donc les bandes qui assemblent les blocs quiltés séparément.
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CrispyKristin a fait une forêt en pleine nuit, avec beaucoup d’inventivité dans le quilting de chaque bloc (que vous verrez mieux sur instagram ici).
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La forêt de Lucia Wilke
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Cathy’s Crazy by Design : elle aussi a choisi un fond plus neutre.
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L’inspiration originale est probablement ce quilt d’art, fait par Tall Grass Prairie Studio. Forêt de nuit., 2011.

Et bien sûr, j’ai commencé à faire quelques troncs. Au moment de décider des tissus de fond, j’ai choisi les plus foncés pour évoquer la nuit, qui ajoute un peu de mystère à la forêt. Je n’étais pas satisfaite du résultat, trop sombre (eh de quoi tu te plains ? C’est ce que tu voulais !), sans éclat malgré les couleurs des troncs, jusqu’à ce que me trotte dans la tête :

La lune blanche luit dans les bois…

J’ai donc appliqué une pleine lune et dès lors, j’ai commencé à aimer ce quilt. Des champignons évoquent l’automne que j’aime tant, la recherche des cèpes dans la forêt près de chez moi, avec la famille et les chiennes… j’ai ajouté la bordure de gauche avec ce qui me restait de bandes (j’envisageais une autre rangée de troncs), puis j’ai brodé le vers de Verlaine qui a sauvé ce quilt.

Katell La Ruche des Quilteuses - La lune blanche
Un clic sur la photo pour voir les détails !

 

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Le haut vu de plus près…
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… puis le bas !

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La lune blanche
Luit dans les bois
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…

C’est l’heure exquise.

Paul Verlaine

Perfection versus Imagination

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Photo Patcho’Fil 64-65

Il est des quilts pour lesquels la perfection est requise, des œuvres de bravoure d’une beauté à couper le souffle. On connaît des ouvrages qui nous laissent sans voix, la bouche bée devant tant de minutie, de précision, de patience, orchestrés dans une harmonie divine…

La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
Marcel Proust, A la recherche du Temps Perdu

Certains blocs comme l’étoile plumetée nécessitent à mon sens une certaine perfection :

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En toute simplicité, j’ai fait cette étoile plumetée il y a quelques années en décoration de Noël. J’avais suivi les recommandations de France Aubert. Je ne l’aurais pas aimée à moitié bien faite, ici la précision est requise !

De nos jours, les quilteuses traditionnelles mettent toujours un point d’honneur à présenter des ouvrages impeccables, elles ont le goût du travail bien fait. Quelle satisfaction d’avancer un ouvrage difficile, exigeant, et de le terminer ! J’admire leur patience, leur compétence, leur goût. Si elles cousent à la main, elles éprouvent parfois cet état particulier proche de la méditation, occupant leurs doigts et laissant vagabonder leur esprit… Je garderai toujours le goût des quilts traditionnels, le socle de notre art.

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Quilt de Légende (France Patchwork) de Nathalie Ferri

Cependant, lors des stages France Patchwork qu’organise la délégation 31, c’est amusant de voir le soulagement des personnes habituées au traditionnel à qui je dis : « oh ce n’est pas grave », « mais si, ça va bien », « pas la peine de défaire », « ces couleurs iront bien ensemble une fois entourées par les autres blocs »… Habituées à l’exigence de la perfection du travail traditionnel à la main, je passe parfois pour une originale qui se contente de peu ! Laisser quelques imperfections n’est pas un excès de laxisme de ma part, c’est souvent parce que nous avons intégré des marges d’erreur lors de la préparation, nous faisons des ouvrages communs très « scrappy »,  mais surtout nous acceptons l’imperfection.
Il ne faut pas croire que la perfection était l’obsession des quilteuses d’antan, cela n’entrait même que rarement dans leurs priorités. En revanche, elles usaient de beaucoup d’astuce et d’imagination, d’esprit de synthèse et d’adaptabilité pour « faire avec »,  autant pour les matières premières que leur temps disponible, et, finalement, faire des ouvrages uniques tout en utilisant des blocs classiques. Elles n’avaient ni magasin au coin de la rue… ni internet pour les dépanner !

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Magnifique quilt pour enfant des années 1880. Dans la tradition du patchwork, il est unique. Unique,  très esthétique mais imparfait : les bandes rouges n’ont pas la même largeur, les triangles ne sont pas distribués régulièrement, les rayures ne sont pas dans le même sens… J’ai presque honte de lister ces imperfections, car ce sont elles justement qui rendent le quilt si attractif à mes yeux !

C’est cet état d’esprit que certaines quilteuses souhaitent réhabiliter, y compris notre petit groupe d’Abeilles. Cela s’appelle simplement la créativité. Sans avoir une imagination débordante, on peut sortir de la copie à la lettre, on peut toujours mettre sa petite touche personnelle à un projet, c’est ce qui le rendra unique. C’est aussi ce que j’aime provoquer quand je présente un modèle simple que personne pourtant ne peut dupliquer, car fait d’assemblages de tissus collectés sur 35 ans ! Rappelez-vous ceci : le parfait est reproductible, l’imparfait est unique !

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Modèle présenté des Les Nouvelles n° 127 (magazine France Patchwork) : impossible d’avoir les mêmes restes de tissus que moi, ni de faire les mêmes broderies inégales et spontanées ! Mais l’idée est lancée et je suis très heureuse de savoir que ce modèle est réinterprété avec des résultats souvent bien différents du mien : c’est le but !!! Vous pourrez le voir en compagnie d’une interprétation dans les bleus, au Salon Tendances Créatives de Marseille, stand France Patchwork.

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C’est ainsi que souvent je gomme l’idée de perfection dans le patchwork, je préfère laisser exprimer la main qui coud un point pas tout à fait régulier, un angle un peu escamoté… Ce n’est pas un processus de laisser-aller, simplement le but n’est pas le même. Il n’y a pas obligation de résultat parfait, il y a transmission d’une impression, d’une sensation…

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J’adore ce quilt parfaitement imparfait de Sujata Shah ! Si les triangles avaient été cousus dans les règles de l’art, le quilt aurait manqué de cette vibration unique. Si les couleurs avaient été parfaitement assorties, on aurait besoin de bien moins de temps pour le découvrir…

Laisser courir le flux de ses idées ne laisse pas grande place à la recherche de la perfection, ce n’est simplement pas la même expression, mais l’un n’empêche pas l’autre ! La créativité vient en se concentrant sur ce qu’on a envie de faire ; il existe un terme qui exprime cet état, c’est le « flow », que nous verrons d’un peu plus près très bientôt !

Ce  post m’a été inspiré par un article du Huffington Post qui m’a bien intéressée, mais je trouve ses conclusions très condescendantes : Leave Perfection to those with litte Imagination, laissons la perfection à ceux qui manquent d’imagination.
Je ne suis pas entièrement d’accord avec cette phrase, alors que le fond de l’article m’a passionnée. Pour les anglophones, la vidéo sur le wabi-sabi* est exquise.

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Wabi-sabi : une manière de vivre qui s’attache à trouver de la beauté dans les imperfections-mêmes de la vie.

*Le wabi sabi est un concept esthétique japonais valorisant la beauté de l’éphémère, de l’imparfait, du modeste, de l’ancien, issus du travail du temps ou des hommes. Une vraie sagesse, une idée de la vie simple, sobre et heureuse.  C’est l’enchantement du quotidien, le respect de la vie telle qu’elle est, bien loin de la standardisation et la recherche de la perfection du neuf.

Je dédie cet article à mon amie argentine Ana  qui fête aujourd’hui son anniversaire ! Je sais qu’elle adhère au patchwork créatif et partage ces idées.

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Pour toi Ana : Love Emblem, Anna Maria Horner

Des ouvrages à la manière d’Alabama Chanin

1202278De nombreuses quilteuses de Haute-Garonne ont bien apprécié découvrir comment utiliser élégamment des tee-shirts en fin de vie, avec une technique popularisée par Natalie Chanin (son entreprise se nomme Alabama Chanin).
Comme promis voici quelques photos ! Tout d’abord, j’ai vu les pochettes de Josée de Nadaï et Michèle Morin lors de la très belle exposition de Cazères, puis vous avez celle de Maïté l’Abeille avec des détails montrant bien que toutes les coutures sont « à cru », sans rentré, et enfin celle d’Eliane Géraud, d’une élégante simplicité :

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Mention particulière à Florence Bismuth qui a adoré cette technique, vous pouvez voir sa première pochette en fin d’article ici. Elle ne s’est pas arrêté là :

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Florence achète deux tee-shirts identiques (sauf la couleur), les superpose, brode au point avant des feuilles ou autres motifs… et coupe le tee-shirt de dessus afin de faire apparaître la couleur du dessous ! Quelques perles et c’est un tee-shirt magnifiquement customisé !

… Et je sais que beaucoup d’autres pochettes ont été terminées et vont faire partie des présents de fin d’année, bravo à toutes !

Rendez-vous avant la Saint-Sylvestre pour une visite virtuelle chez une quilteuse en Floride ! En attendant, de tout cœur passez de très belles fêtes de Noël… Pour moi, ce sera du côté de Toulouse !

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Le Pont-Neuf et La Dalbade, Toulouse, peinture d’Henri Martin (1860-1943)

Hélène, la musique et le récup’art

Tous les ans, Hélène fait un quilt ou deux pour l’exposition Récup’Art qui a lieu à Saint-Gaudens en même temps que le festival de Jazz. Elle y déploie toute son inventivité, c’est à chaque fois une surprise et un régal !jazz band hélène vispé
Rappelez-vous ses précédentes oeuvres :

Mon jeans a le blues, c’est le blues du blue jeans (récup de blue jeans et d’étiquettes de vêtements)
Café noir pour nuit blanche (filtres de café)
Swing (papier musique)
– sans oublier son portrait de Bob Marley,
– ni son Jazz Band ci-contre !

Cette année, Hélène a collecté des petites lingettes « décolor’stop » usagées. Quelle drôle d’idée… Elle a sollicité les copines pour en avoir toute une collection, de toutes les couleurs. Dans ce cas, on dit : vive les tissus qui dégorgent !!!

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Voici dans son atelier le résultat de sa collecte. Quelle richesse de camaieux !

A l’exposition qui a cours en ce moment jusqu’à la fin du mois à l’Espace Marmignon de St-Go (Saint-Gaudens !), Hélène a laissé une petite corbeille remplie du reliquat de son quilt : 

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Et voici donc son quilt sur le thème de l’année, le be bop :

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Au lever du jour, les instruments qui ont joué toute la nuit se dépêchent de rentrer… C’est la BD du be bop !
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« Le jour se lève ! vite, vite… rentrons ! » Unique et étonnant !

Mille Bravos Hélène !