Unforgettable

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Unforgettable, inoubliable, c’est le nom donné à l’exposition cuvée 2016 de quilts historiques au Welsh Quilt Center (le Centre des Quilts Gallois) créé et toujours dirigé par Jen Jones. Cette exposition est à voir à Lampeter du 5 mars au 5 novembre, du mardi au samedi (11 h – 16 h 30 sauf jours fériés).

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Pour mémoire : le Pays de Galles (Wales) est une partie du Royaume-Uni, ici avec un dessin de dame au chapeau haut. Ce territoire conserve beaucoup de particularités celtiques, comme sa langue gaélique encore vivace de nos jours. Lampeter est du côté du S de Wales !

D’inoubliables quilts anciens gallois, souvent récupérés au fin fond des granges et des étables, sont exposés et montrent des couvertures finement matelassées.

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Le quilting très complexe, fort décoratif qui ne suit pas les dessins faits par le patchwork sont typiques de cette terre celtique. (photo)

Je ne peux m’empêcher de me rappeler que plusieurs spécialistes, parmi lesquels Jen Jones, soupçonnent que ce sont ces quilts gallois qui inspirèrent le style Amish… J’avais déjà évoqué ces fortes présomptions ici et mon amour des quilts gallois par là.

Parfois parfaitement piécés, souvent de guingois comme tant de quilts anciens, ils sont tous quiltés étroitement pour contenir le remplissage fait de chutes de laine : nous sommes dans un pays riche en moutons et on utilise ce qu’on a sous la main !

Valériane Leblond
Peinture de Valériane Leblond qui évoque la proximité des moutons et des quilts au Pays de Galles. Comme à l’accoutumée, Valériane a peint un quilt de la collection de Jen Jones ! Valériane fut la première artiste à exposer temporairement cette année, d’autres se succèdent tout au long de l’été.
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Paysage automnal aux moutons, Valériane Leblond
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L’heure de la tonte, Valériane Leblond.

Les tableaux disponibles de Valériane Leblond se trouvent dans sa galerie.

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Richesse des scrap-quilts… Il arrive que ces quilts soient assemblés à la machine à coudre, mais ils sont toujours quiltés à la main (photo)

Cette exposition inoubliable fait le lien du savoir-faire gallois en matière textile, montrant également une collection de costumes anciens, souvent faits des mêmes tissus que les quilts, ainsi que des chapeaux, marque distinctive de la femme galloise du XIXe siècle.

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Documents montrant des femmes du Pays de Galles avec leur chapeau si caractéristique.

_41786128_welshhat3.203Pourquoi ces chapeaux ? Le spécialiste Michael Freeman convient que son origine reste quelque peu mystérieuse. Ce chapeau de feutre faisait partie des vêtements de sortie ou du dimanche et sa forme était peut-être copiée des chapeaux hauts portés par les cavalières fortunées, mais pourquoi ?… Il n’en reste pas moins que le chapeau gallois féminin reste très populaire dans les mémoires, symbole de fierté et d’appartenance au pays. Sa production est limitée dans le temps, apparemment des années 1830 aux années 1880. Ensuite, le port du chapeau s’est limité à des manifestations exceptionnelles et ils étaient donc précieusement conservés.

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Les jupes, les tabliers, les châles à carreaux ou à rayures, couronnés du fameux chapeau, constituent le costume traditionnel du XIXe siècle du Pays de Galles. (photo)
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Femmes filant la laine et prenant le thé
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Les sœurs Modryb en 1872 (Martha, Nelly et Gwenno). Nous notons la présence d’un bonnet blanc sous le chapeau.
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Nous voyons bien ici l’association des rayures, des carreaux, des imprimés fleuris… base de quilts à venir !
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Photo du site Welsh Quilt Center

Des stages, ainsi que des œuvres d’artistes contemporains complètent cette exposition inoubliable :

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Bedtime Blues, détail, Wendy Greene, une exposante parmi beaucoup d’autres !

Le Challenge Jen Jones 2016 : faire un quilt inspiré d’un de ceux de la collection de Jen Jones… C’est faire un peu comme Valériane Leblond, prolonger la beauté des quilts créés naguère en leur donnant une autre vie ! Tout renseignement complémentaire par ici . Vous serez peut-être tenté(e), à votre tour, de faire un quilt inoubliable…

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NB : Susan Briscoe a récemment visité cette exposition, voyez son beau reportage par ici !

Cold weather in Wales… et ailleurs !

Il fait mauvais un peu partout, alors un peu de poésie picturale nous aide à passer ces sombres journées :

Cold weather Valériane LeblondDe la neige... Valériane LeblondLa neige est là Valériane Leblond

Retrouvez l’univers enchanteur (même par mauvais temps !) de Valériane Leblond sur son site !

Valériane Leblond

Et puis fin janvier à Tokyo, c’est la grande fête des quilts. Cette année, il y avait un thème très porteur, la Petite Maison dans la Prairie ! Je suis impatiente d’en voir des photos. En attendant, voici un retour sur les Maisons Minka du Japon :

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Vous pouvez retrouver ce quilt et des renseignements sur les Minka Houses par ici !

Valériane, la Lune et les vagues…

Quand on habite à la campagne, on voit mieux la Lune :

 

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Voyez-vous les reflets du clair de lune sur les vagues ?

 Nouvelle peinture sur bois de Valériane Leblond aux accents japonais, à la fois par son format et par ses vagues !

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Motif japonais depuis plus de mille ans, le seigaiha, « océan aux vagues bleues », avec ses cercles concentriques, est d’une rare élégance. D’abord symbole de la mer sur les anciennes cartes chinoises, il se trouve depuis mille ans au Japon brodé ou imprimé sur les tissus, gravé dans la pierre ou le bois, dessiné sur le papier, la céramique ou encore en mosaïque…

Son graphisme peut aussi suggérer des toits de tuile, des éventails ou des coquillages… Outre-atlantique, on décline ce motif depuis le XIXe siècle à la fois en patchwork, appliqué et quilting. Ce fut aussi un motif très prisé en art déco !
Il m’a inspiré mon logo de blog :seashells

Alors vous comprenez combien j’aime cette nouvelle peinture de Valériane !

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Autre Vague japonaise : dans l’actualité parisienne, l’exposition des estampes d’Hokusai au Grand Palais est bondée, le public se rue sur la fameuse Vague : elle n’est pourtant pas plus grande que les autres estampes, donc à chacun son tour !

La Grande Vague de Kanagawa
La Grande Vague de Kanagawa (1831) a longtemps été accrochée dans ma chambre, je la connais par coeur et l’aime toujours autant ! L’estampe originale surprend par sa modeste taille ( environ 25 cm sur 37 cm), alors qu’on a l’habitude de la voir en grande affiche.

Une estampe est le résultat d’une série de travaux : le dessin sur la matrice (ici du bois), la gravure en suivant le dessin, puis l’encrage et l’impression… Il existe donc plusieurs originaux dont les couleurs diffèrent, les traits sont plus ou moins nets en fonction de l’ordre d’impression… Elles ne sont pourtant pas numérotées comme des lithographies actuelles. La qualité du papier joue une importance primordiale également ; certains spécialistes pensent que près de 5 000 estampes originales de cette Vague furent tirées, dont une est toujours à Giverny, chez Monet ! L’ordre de tirage peut grosso modo être établi par les spécialistes en fonction de la netteté des traits (qui s’estompe avec l’usure de la matrice originale).

Cette première vue du Mont Fuji d’une série de 36 est fascinante et de nombreux essais décortiquent les raisons du succès.

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La composition géométrique peut expliquer la beauté de l’oeuvre.

L’exposition ne se limite absoument pas à cette Vague, vous y ferez beaucoup d’autres découvertes si vous avez la chance d’y aller… un jour sans trop d’affluence !

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Au Grand Palais à Paris, du 1er octobre au 18 janvier, avec une interruption du 21 au 30 novembre. 

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Merci Valériane de nous offrir de si belles vues au clair de Lune :

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moutons sous la lune Valériane Leblond… des vagues menaçantes portant peut-être un message d’espoir :

Bottled - Embouteillé - Mewn potel
Trouvez-vous la bouteille à la mer ?…

… des vagues bien plus douces dans un monde idyllique :

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… et tant d’autres scènes de la campagne et du littoral gallois que vous pouvez admirer et vous procurer sur son site ici !

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C’est encore l’hiver…

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Oui, bien sûr, c’est encore l’hiver, avec ses couleurs sourdes…1011684_630967813623464_675870029_n

… mais les tempêtes aux vents mauvais s’éloignent enfin…

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… laissant place à l’accalmie…71456_629717583748487_1287131874_n

… les matins gris sont plus lumineux…71446_627445657309013_1474269464_n

… les quilts, les animaux et les femmes prennent l’air du temps…

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… on reprend même les travaux d’aiguille en plein air…

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… les grandes lessives sèchent au jardin…1528760_624267437626835_981882654_n

… Valériane nous le promet, c’est bientôt le printemps !

Tous ces tableaux sont peints par Valériane Leblond que vous connaissez si vous lisez la Ruche des Quilteuses régulièrement ! Voici son site :
http://www.valeriane-leblond.eu/home_fr.html

Ne manquez pas l’article sur ce blog, montrant le souci du détail de l’artiste : tous les quilts de ses tableaux sont peints d’après des ouvrages anciens de la collection du Centre du Quilt de Lampeter (Pays de Galles).

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Envie de printemps !

Les jours commencent à allonger, l’envie de printemps se fait sentir mais il faut encore attendre… et sans doute encore endurer des épisodes pluvieux, neigeux, venteux…   C’est alors que nous vient l’envie de sortir des tissus plus joyeux, plus lumineux…

Notre peintre fétiche, qui attend avec quiétude son troisième bébé pour le début de l’été, vient de faire ce tableau aux couleurs qui nous font du bien :

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N’avez-vous pas envie de vous lancer illico dans un Jardin de Grand-mère aussi lumineux que celui-ci ? Comme d’habitude, Valériane a peint un quilt vu au Centre Gallois du Quilt à Lampeter, visité avec Chantal début janvier dans ce blog.

De la couette au quilt

Vous souvenez-vous des lits des années 60 ou 70 ? Héritage à la française, tous avaient un drap plat tiré sur le matelas, puis un autre drap au rebord orné -ne serait-ce qu ‘une couture au point de bourdon- et enfin une ou deux couvertures. Des oreillers, un traversin parfois, complétaient le lit pour plus de confort. Un couvre-lit recouvrait le tout le jour. 

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Le Lit de Toulouse-Lautrec (Musée d’Orsay)

Les couettes sont apparues en fin des années 70, avec la mode scandinave, à peu près en même temps que les draps housse à élastiques pour recouvrir les matelas. Révolution pour les jeunes, le lit se faisait en un clin d’oeil ! Pour les lits doubles, les couettes deux places sont rapidement apparues, grandes et pas si faciles à entrer dans les grandes poches (les housses de couettes). Celles-ci couvrent tout le lit, comme un couvre-lit.

1158240472J’ai été étonnée de voir qu’en Allemagne, on ne faisait pas le lit de la même façon que nous. Un lit pour couple comprend un cadre mais deux sommiers, deux matelas… et deux couettes !!

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Voir l’étonnement d’une Française en Bavière ici !

Les Allemands privilégient le pragmatisme : chacun peut bouger sans déranger l’autre, peut avoir une couette plus ou moins chaude… et le changement des draps est bien plus facile ! De jour, chaque couette individuelle (de 150 x 200 cm) est pliée en deux sous l’oreiller. Pratique, oui, mais pas très beau… et pas du tout romantique ! 

Les quilts sont apparus dans les pays de laine, là où sont des moutons : on récupérait les moins belles fibres de laine pour les enfermer entre deux tissus, puis on stabilisait l’ensemble par des points de quilting pour éviter la migration de la laine dans un seul coin. On le comprend bien quand on voit des restes de quilts exposés dans le Musée de Lempeter.welsh 1800

Quilt gallois de la région de Lampeter – 1800 – Laine (Welsh Quilt Center). Une couverture fait office de molleton. Ce style fait irrésistiblement penser à des quilts amish… qui ne commenceront à exister qu’une soixantaine d’années plus tard pour les tout premiers !

Les couettes, elles, sont traditionnellement les solutions calorifères des pays d’Europe du Nord : faute de moutons, oies et canards sont plumés, mangés… Rien ne se perd ! Les couettes les plus légères, chaudes et agréables, étaient faites avec le fin duvet du ventre pour les plus fortunés, le top étant le duvet d’eider (eiderdun en suédois… qui donnera notre mot édredon) ; les plumes, moins douces et moins calorifères, constituaient les couettes ou édredons de moindre qualité. Pour des raisons d’allergies et d’hygiène, on préfère maintenant des couettes synthétiques : coût inférieur, meilleure évacuation de l’humidité, facilité de lavage…amish-diamond-in-a-square_turquoise

Quilt amish, 1925 – Collection Esprit

Les Amish, dont le mouvement fut créé en 1693 en Europe en dissidence des Anabaptistes, sont partis en plusieurs vagues à partir de 1737 vers le Pays de la Liberté, plus particulièrement vers Philadelphie et la Pennsylvanie, avec toutes leurs possessions. Tout comme les émigrants allemands et d’autres pays d’Europe du Nord, les Amish apportaient d’Europe leurs couettes nommées « sac de plumes » (feather-filled bags), ceci étant attesté dans les listes d’inventaires. Ils continuèrent d’en fabriquer en Amérique pour se tenir au chaud jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Pourquoi les femmes Amish sont-elles passées de la couette au quilt ? C’est un des points de la recherche effectuée par Dorothy Osler dans ce livre remarquable Amish Quilts and the Welsh Connection.am-we J’ai reçu ce livre à Noël, je l’étudie attentivement ! A ce sujet, il n’y a pas de raison définitivement arrêtée. Hormis de subtiles raisons religieuses ou idéalistes, on peut avancer que les Amish, pragmatiques comme leurs proches Allemands, quittèrent cette traditionnelle source de chaleur notamment pour des raisons pratiques : on ne peut plus imaginer la puanteur de ces sacs de plumes, surtout neufs, même après le meilleur soin de préparation (nettoyage, séchage au soleil), puis très vite, les moisissures dues à l’humidité… Les quilts de laine puis de coton, à la manière des English et des Gallois (nous y reviendrons un autre jour), sont des améliorations notables au point de vue hygiénique !quilt amish 1925

Quilt amish de 1925 – Collection Esprit

Savez-vous que pour évaluer la froideur d’un hiver, on disait : « c’est un hiver à 3 (ou 4, 5…) quilts » ? Combien de quilts superposés fallait-il pour dormir au chaud dans les « log cabins » ?… Et quand l’hiver glacial se déchaînait comme la semaine dernière, comment ont-ils pu survivre ?…

Si on n’avait pas de quilt, Amish ou pas on avait encore des plumes dans cette Amérique en mouvement :

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Ici des cowboys itinérants avec leur sac de duvet roulé qui leur servait à la fois de matelas et de couverture. Trop volumineux pour être transportés sur le cheval, ils étaient réunis dans un chariot :

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Ah la rude vie des siècles passés !…

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Une jolie histoire des Amish vous est proposée sur ce blog : http://le-fil-des-jours.eklablog.com/histoire-des-amish-etats-unis-a4754459