Recyclage encore : des quilts en T-shirts

Parmi les quilts d’une époque, on y trouve les restes textiles de ce monde. Dans les années 60-70, des femmes ont produit un certain nombre de quilts faits en tissus polyester, mais oui ! Ils semblent sages maintenant, mais alors ils étaient assimilés au mouvement hippy et/ou aux quilts afro-américains, et donc plutôt hors normes :

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(vu dans Wonkyworld – Bill Volkening)
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(Pinterest – ebay)

Dans le monde actuel des quilts, il est un recyclage qui prend de l’ampleur : celui des tee-shirts (ou t-shirts… ou ticheurtes ?…).

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Avant le t-shirt, les hommes américains portaient généralement ces combinaisons en tant que sous-vêtement.

Pièces de vêtement bon marché qui virent le jour à l’aube du XXe siècle en tant que sous-vêtements dans l’US Navy, les t-shirts se sont inspirés des « tricots de peau » vus en Europe. Leur nom vient de leur forme en T majuscule (qu’on dit tii en anglais et qu’on écrit tee), leur matière était d’une moindre qualité de fil de coton non teinté (donc écru), tricoté pour la souplesse et l’élasticité, sans col et à manches courtes : facile à faire, facile à porter, facile à laver et très bon marché !

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Charlie Chaplin dans les Temps Modernes, 1936. L’ouvrier porte un t-shirt sous sa salopette de travail.
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Sexy et viril, Marlon Brando en tee-shirt trempé de sueur ! (Un tramway nommé Désir, 1951)
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Beau gosse symbole de toute une génération (et même plusieurs…) James Dean en tee-shirt, 1955. Le tee shirt devient symbole de la jeunesse décontractée et moderne de l’après-guerre.

Il devint vêtement universel « de dessus » pour homme, vêtement qu’on montre, à la faveur de l’engouement de la bourgeoisie pour le sport (et donc l’adoption de ces vêtements pratiques) et de leur popularisation via le cinéma, les GIs, les équipes de sport… C’est devenu le complément parfait des pantalons en blue jean. On connaît ces petits hauts maintenant le plus souvent ornés d’impressions, et de toutes les couleurs.

 

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Il ne commença à devenir vêtement féminin que dans les années 60 (ici, Jean Seberg, A bout de Souffle, 1960)

Leur recyclage, plusieurs tendances !

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Je trouve très futée l’idée de couper les t-shirts en lanières pour les réutiliser, notamment en les tricotant ou en les crochetant. Beaucoup d’idées notamment ici.

Je vous présenterai un autre jour bien plus précisément le monde d’Alabama Chanin, de la haute-couture américaine très « slow stitching« , aux pièces uniques faites à la main en maille jersey, aux appliqués inversés précieusement rebrodés, initialement faits de tee-shirts récupérés au fin fond de l’Alabama… Une belle success-story !

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(photo alabamachanin.com)

Mais aujourd’hui arrêtons-nous à une forme bien plus simple de revalorisation des tee-shirts, l’utilisation des devants imprimés, parfois laids, parfois sympas et colorés, souvent publicitaires ou identitaires, exceptionnellement magnifiques.

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Quilt commémoratif à partir des tee-shirts de toute la jeunesse d’un jeune homme, offert par sa mère le jour de sa graduation (remise de diplôme).

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Pour vous donner mille et une idées, vous avez de nombreux livres (tous en anglais) parmi lesquels :

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Ici sur ce blog, vous avez quelques conseils généraux : sélection, lavage, entoilage, découpage… Le but est d’utiliser cette matière molle, le coton tricoté en jersey, comme un tissu de coton habituel.

Gardez-vous vos tee-shirts usagés ? Moi pas… jusqu’à présent !

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Ce quilt en tee shirts est bouleversant : Sherri Lynn Wood l’a fait avec les vêtements confiés par la mère d’un jeune homme qui s’est donné la mort à 17 ans. Cette oeuvre d’art est chargée de souvenirs à la fois gais et douloureux… C’est un Quilt de Mémoire, ce qui se fait très peu en Europe.

 

C’est le bon moment pour des ananas/3

Les ananas inspirent les quilteuses de nouveau ! Ce magnifique quilt de Joanna Figueroa était proposé en kit et s’est vendu comme des petits pains :

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Beauté des tissus assortis d’une gamme de tissus de la styliste de Fresh Figs. Dans ce post, vous avez plusieurs versions de style vintage très réussis, dans ces couleurs chaleureuses chères à Joanna !

On peut faire des quilts ananas très modernes en utilisant des unis ou autres tissus vifs, tout en conservant l’exactitude requise par les yeux experts :

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Très beau scrappy pineapple quilt de RedPepperQuilts, travail sur fondation pour la concordance des coutures et un peps moderne avec de joyeuses couleurs et des nuances « low volume » en haut à gauche. Amusant, n’est-ce pas ? 

La couture sur papier rend ce résultat facile ! Mais la nouvelle tendance est de se laisser aller à l’improvisation. Alors, avez-vous envie d’essayer comme moi des blocs d’ananas sans stress ?

C’est ce qui court en ce moment de blog en blog et je succombe à cette petite douceur ! On oublie règles, couture sur papier, exactitude et on revient au piéçage à l’œil, comme la plupart des femmes du XIXe siècle…

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Dans les anciens quilts aux blocs ananas, on trouve aussi bien des piécés très maîtrisés que des piécés approximatifs, comme ici.
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Si les Log Cabin de toutes sortes sont fréquents chez les Amish, les Ananas sont bien plus rares. Ici un quilt des années 1940 en lainages, à la belle exactitude ! Photo du livre A treasury of Amish Quilts, Pellman.

Oh je comprends bien les réticences pour la beauté de la perfection ou le goût pour la symétrie… Mais tant pis, j’ose vous proposer la décontraction affichée chez plusieurs quilteuses que j’affectionne !

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Ce n’est pas révolutionnaire, juste un peu irrégulier, un peu moins contrasté…

Chez Amanda Jean, CrazyMomQuilts, nous avons eu le premier tuto pour faire ce genre d’ananas. On n’a pas exactement le même rendu qu’un ananas classique si on ne met pas une énorme différence entre les bandes claires (tissus low volume, en sourdine, aux imprimés parfois très présents) et les foncées mais en le regardant d’un œil neuf, on voit surtout la vibration propre aux quilts scrappy. Mais la particularité qui peut déranger, c’est la non-concordance des blocs entre eux, c’est la liberté proposée ici pour avancer les blocs de manière décontractée ! C’est bien sûr à vous de décider si les angles qui ne correspondent pas vous dérangent. Dans ce cas, retour à la case règles, gabarits ou couture sur papier !

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Il y a même un bloc ici qui est terminé et monté avec un huitième de tour d’erreur. Quand on fait un quilt ananas, pour un résultat classique on décide de mettre soit les couleurs claires en forme de +, soit en forme de x… mais pas les 2 mélangés comme ici ! Cette erreur fait partie des chers blocs d’humilité bien assumés !

Heather Jones a fait un quilt ananas sans mesures, donc sans concordance des coutures, avec en revanche une organisation maîtrisée des teintes, 75 couleurs différentes en tout !

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Chaque bloc mesure 30 cm. Les premiers tours autour du centre sont faits de fines bandes qui s’élargissent au fur et à mesure, de manière irrégulière. Heather explique dans son article que c’est un plaisir d’improviser de tour en tour, à la fois la couleur et la hauteur des bandes ! Chaque bloc lui a pris 1 heure de travail. Je peux vous dire qu’elle travaille bien vite !!

Chez Rachel, StitchedinColor, c’est la reprise de l’idée précédente, avec des blocs plus petits, c’est-à-dire moins de tours autour du centre. Rachel lance la fête de l’ananas, Pineapple Party ! J’ai décidé de prendre part à cette célébration, pour le plaisir de tester cette méthode décontractée. Pour le moment dans la galerie de son groupe Flickr, les ananas ne sont pas encore de sortie… Ils arriveront sans doute une fois finis ! Ou bien les Françaises vont-elles se distinguer et envahir -pacifiquement- cette galerie ?… Allez-y, n’hésitez pas !

 Voyez ici le mini-quilt terminé de Rachel (pas de photo ici, elles ne sont plus libres de droit).

Amanda Jean (CrazyMomQuilts) comme Rachel (StitchedInColor) préconisent des bandes d’une hauteur entre 1.25 et 1.75 inch, à savoir de 3,2 à 4,4 cm. La précaution à prendre est d’avoir la même hauteur de bandes pour un tour, afin de ne pas se trouver au final avec un bloc rectangulaire. Plus les bandes sont étroites, mieux l’ananas se dessinera. Des bandes très larges ? Vous aurez une impression de carré dans le carré ! Pour ma part, j’ai coupé des bandes majoritairement de 3,5 cm environ.

Voyez donc ci-dessous ce que j’ai commencé ! J’aime énormément les ananas multicolores mais cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas penchée sur mes tissus bleus… Je confirme ce que disent les copines américaines, ces blocs prennent un temps certain !

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Voici mon premier bloc irrégulier, tout au moins sans trop de régularité. Mes bandes sont découpées presque toutes à 3,5 cm, avec quelques variantes à 2 mm près (+ ou -). J’ai cousu ce bloc avec décontraction et joie de choisir mes tissus bande après bande 🙂 Ce que je sais d’avance, c’est qu’à l’assemblage de blocs les blancs ne correspondront pas au millimètre… mais est-ce grave, docteur ?

Et voici donc 4 blocs… qui m’ont pris bien du temps ! Mais ils sont grands (35 cm coupés) donc c’est motivant, et puis j’ai apprécié de mêler en toute liberté des bleus clairs et foncés, des turquoise et des denim, des imprimés et des unis… La liberté, quoi !

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Si vous regardez les détails, vous trouverez beaucoup d’irrégularités, mais j’ai apprécié la liberté de cette méthode. Ne me demandez pas combien de blocs je veux faire encore… Je ne sais pas !

 

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A vos ananas !

C’est le bon moment pour des ananas/2

L’ananas, comme nous l’avons vu, est aux Etats-Unis non seulement un fruit de choix mais aussi un symbole d’hospitalité. C’est pour les quilteuses un bloc fait de bandes, qui pour beaucoup reste difficile ou mystérieux. Nous sommes là pour éclaircir les choses !

Voici un bloc tout seul :

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On peut trouver ce bloc décoratif mais ne pas bien comprendre pourquoi on le nomme ananas !

Seul l’assemblage d’au moins 4 blocs ensemble fait comprendre pourquoi il peut évoquer l’ananas :

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Quilt antique (1880) de la collection de Stella Rubin. On voit bien ici se former des ananas clairs !
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Encore plus scrappy, les bandes encore plus fines, ce quilt de Pennsylvanie date d’environ la même époque (1870-1880).

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Ma première envie de faire un quilt ananas est due à un article dans ELLE ! Une journaliste (Françoise Tournier) présentait avec talent l’émergence du patchwork en France – et aussi de France Patchwork ! Elle proposait en « ouvrage d’été » ce quilt :DSCN0737 Je l’avais adoré dès le premier coup d’œil. Le fond était en draps blancs plus ou moins anciens, les couleurs grises ou bleues de restes de vêtements. C’était l’été 1991, et la journaliste annonçait aussi pour la fin de cette année la première exposition européenne d’art textile contemporain de France… à Toulouse ! Je connais quelques-unes de ces téméraires qui ont organisé cette expo qu’on pourrait refaire aujourd’hui à l’identique, tellement elle était belle et novatrice !

Après cet article, j’ai fait un quilt-ananas à mon tour, en tissus bleus-jaunes-blancs majoritairement de Souleillado pour une ambiance résolument provençale. Il doit être encore quelque part chez mes parents ! Puis j’ai acheté ce livre qui est pour moi la Bible de l’Ananas :

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Ensuite un excellent dossier sur ce bloc a été publié dans Quiltmania n° 10 (mars 1999)… Ce modèle, très populaire, est pourtant aussi parfois le cauchemar de quilteuses chevronnées ! Les blocs ont souvent une fâcheuse tendance à gondoler… La solution « magique » pour un rendu parfait est la couture sur papier (ou fondation en non-tissé qui reste ou se déchire) :

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Les modèles de grilles pullulent sur internet ! A vous les blocs parfaits ! Il faut demander à Mr. Google quelque chose comme paper piecing pineapple block. Les numéros sont l’ordre de couture des bandes.

C’est ainsi que Denyse Saint-Arroman a fait ce quilt moderne :

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A voir aussi dans son livre « L’indispensable Log Cabin ».

Autre possibilité pour la perfection : des règles en plexiglas. Nathalie Delarge vend les sets de règles de Marti Michell pour de parfaits ananas sans perte de tissu :

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Je crois que le gondolage des blocs se produit surtout en travaillant à la main, le travail étant très souple. Solution partielle : il faut aussi veiller à couper le plus possible de bandes le long de la lisière (et non dans le sens de coupe habituel du tissu) pour avoir une bande peu déformable. Mais cela m’est aussi arrivé à la machine ! Le souci vient que souvent on coud avec la nouvelle bande dessus : le bloc dessous a tendance à bouger, les bords à s’effacer (de moins d’1 mm, mais cela se répète rangée après rangée), d’où gondolage. La solution est de coudre la bande en la mettant dessous, on peut alors surveiller la rectitude du bloc, ou bien de  mettre des épingles. Et puis, indispensable, un bon repassage (ou pressage pour de rien déformer) entre chaque tour de couture !

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Je ne peux m’empêcher de me souvenir d’un quilt fait en commun pour le Loto France Patchwork à Balma en mai 2014, aux blocs cousins germains de l’ananas :

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Boules de Cocagne, quilt fait par des Abeilles de cette Ruche. Blocs cousus sur non-tissé. Au lieu de 8 directions de bandes à coudre autour du centre, il y en a ici 6. La forme du centre, les longueurs de bandes, la disposition des couleurs font de ce modèle un trésor ! Est-ce que la gagnante de ce quilt lit notre blog ?…

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Sophie, une de nos lectrices canadiennes, m’a adressé cet été des photos de sa première courtepointe. Devinez quel bloc ? Gagné, c’est un ananas, tout frais tout beau !

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Mille mercis pour avoir pensé à m’offrir ces photos Sophie, c’est une impressionnante première courtepointe ! Cela me rappelle la réflexion de Michelle Therrien, autre lectrice québécoise de ce blog, qui me demandait pourquoi on utilisait le mot « quilt » en France au lieu de « courtepointe »… Je crois que si Sophie Campbell avait été Canadienne francophone, cela aurait été le cas, mais le pli a été pris d’utiliser un vocabulaire résolument mixte franco-anglais. Et puis après tout, quilt vient bien de couette ! Mais j’avoue que le mot courtepointe fleure bon notre campagne d’antan et véhicule un brin de nostalgie !

Ces beaux exemples ne vous donnent-ils pas envie de vous lancer dans l’ananas ?…

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Au terme de cet article où se sont invités quelques souvenirs personnels, vous pouvez vous demander : et pourquoi est-ce le moment de faire des blocs ananas ? Pour suivre l’élan international, rien de moins !!! C’est ce que je vous ferai découvrir prochainement 🙂 avec quelques libertés proposées par des jeunes quilteuses !

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Quiltscape, Rebecca Barker

 

Les barrières de bois

194824 Les barrières en bois font partie du paysage… eh bien, de moins en moins en France et ailleurs, remplacées progressivement par des grillages, efficaces mais oh combien moins esthétiques. Aux Etats-Unis, elles restent mythiques, probablement parce qu’elles symbolisent l’installation d’une famille dans le Wild, Wild West – le Farwest – découvert au fur et à mesure des interminables marches vers l’Ouest. Un jour, un convoi décide de s’arrêter, fait sa cabine de rondins et l’entoure d’un enclos… et une nouvelle vie commence.

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Ingéniosité des cow-boys : les barrières en zigzag permettent une construction sans clou ! Ils n’en avaient effectivement sans doute pas facilement…

Les clôtures en forme de zigzag sont les plus construites dans les régions riches en bois : il faut de la matière première (… du bois !) mais presque aucun autre outil qu’une hache : ces barrières se montent et se démontent, se réparent aisément, ne nécessitent aucun trou ni poteau, c’est idéal en pays rocheux ou en terre sèche… Leur défaut ? Elles prennent de la place ! Mais ce n’est pas ce qui manque dans ce pays américain en cours de découverte. Par commodité, les troncs d’arbre étaient débités en tronçons d’environ 3 à 3,5 mètres, fendus dans la longueur autant de fois que le permettait le diamètre du tronc. Ensuite on construisait la barrière en zigzag, en empilant les rondins fendus. Avec des morceaux de bois de 3 m environ mis en zigzag, on savait qu’un zig + un zag mesuraient environ 5 mètres. On pouvait ainsi vite estimer la taille de la propriété.

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Naturellement on trouve de nombreuses variantes de construction. Certaines barrières demandent plus de matériel pour les construire, mais moins de bois. Il faut s’adapter ! Voici pêle-mêle quelques clôtures de bois :

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Evidemment, ces barrières omniprésentes pour délimiter la propriété, garder les bêtes dans l’enclos, se protéger des dangers extérieurs est source d’inspiration pour les femmes. Tout comme ces barrières simples et ingénieuses, faites de « ce qu’on a à portée de main », les blocs Rail Fence se sont longtemps faits de restes de tissus, coupés « à l’arrache », littéralement déchirés dans le droit fil, assemblés vite fait… mais avec, comme toujours, un souci de simple harmonie. A présent, les jeunes quilteuses adorent toutes les variations de ce modèle !

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Quilt pour une petite fille, blog Red Pepper Quilts
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Toujours de Red Pepper Quilts, un modèle voisin multicolore, avec du blanc placé qui fait toute la différence !
https://www.pinterest.com/pin/405675878906135349/
Plus ancien, quilt « vintage » trouvé sur Pinterest
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Un look ancien mais un quilting en vermicelle trahit discrètement sa jeunesse pour ce quilt en « homespun fabrics », ce qui signifie à l’origine » tissus aux fils filés à la maison ». Pinterest

 

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Voici un top jamais fini, toujours sur Pinterest...
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D’une grande beauté, cet Art Quilt inspiré d’une ancienne porte de grange montre comment on peut moderniser avec succès un bloc tout simple. Les tissus utilisés sont issus d’une série de faux-vieux tissus (Grunge de Moda), parfaits ici. Allez voir l’histoire de ce quilt sur le blog The Silly BooDilly. Victoria Gertenbach habite en Pennsylvanie rurale, elle est donc sans doute « habitée » par l’influence Amish que je devine ici… mais aussi par la simplicité japonaise qu’elle revendique plus clairement dans son blog.

Les variations sont infinies !

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Sujata Shah, préférant aussi les blocs simples aux coupes et coutures souples avec un peps moderne, a suggéré à ses lectrices de faire chacune sa propre version du bloc Rail Fence présenté dans son livre. Malgré des tas d’autres ouvrages en cours, je m’y suis mise : aucun bloc ne va plus vite qu’avec la méthode de Sujata décrite dans son livre, je vous assure ! Rendez-vous très bientôt pour ma version…

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Le livre de Sujata montre en couverture sa version d’un zigzag rail fence. C’est un « look » déjà vu ces dernières années (notamment chez Kathy Doughty) mais la version de Sujata est la plus rapide.

Si vous souhaitez voir les différentes versions des amies de Sujata, allez voir sur le blog spécialement ouvert à cet effet : Cultural Fusion Quilts.

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Pour une montagne de scraps

J’ai une montagne de petits bouts de tissus qu’on appelle en anglais des scraps… Pas vous ?

Bonnie Hunter (Quiltville) et beaucoup d’autres quilteuses sont de grandes metteuses en scènes de ces petits bouts à jeter… mais qui peuvent toujours servir, la preuve !

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Sunday Morning Quilts d’Amanda Jean Nyberg & Cheryl Arkinson est un livre que je recommande à toutes les quilteuses qui souhaitent se moderniser en douceur, faire des quilts simples, colorés, utilisant beaucoup de petits bouts de tissus… Tout est à la machine, y compris les appliqués. Ce livre est prioritairement destiné aux femmes qui adorent le patchwork mais doivent savoir gérer leurs scraps, connaître les techniques rapides : tout est là !

Amanda Jean, qui a écrit avec Cheryl Arkison un de mes livres préférés des dernières années (Sunday Morning Quilts) lance cette semaine un « quilt along » ou « faisons un quilt ensemble » pour utiliser des milliers de ces petits bouts. Les explications, en anglais mais avec des photos explicites, dureront quelques semaines. C’est ici l’utilisation de tous les petits bouts extrêmement petits, de taille normalement inutilisable. 

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Voici SON résultat, le vôtre sera forcément très différent puisque votre paquet de scraps est à votre image (avec tous les restes de tissus que vous avez aimé, acheté, lavé, repassé, utilisé… et dont vous avez conservé les derniers petits bouts).

Son blog est très connu chez les jeunes quilteuses, pour beaucoup jeunes mamans comme elle : crazy mom quilts. Un de ses grands succès est le Ticker tape Quilt, si largement recopié depuis 2009 lors de sa sortie sur son blog ! Il figure parmi les quilts du livre.

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Voyez son article avec une photo de près ! Les petits morceaux sont appliqués à la machine sur un simple drap blanc.

Beaucoup de « quilt alongs » pour utiliser les scraps sans sélection se sont déroulés par le passé, ou simplement des explications pour aider celles qui veulent aussi se lancer. En voici un parmi tant d’autres :

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Le Lego quilt en cours de Tonya Ricucci, ici l’article sur son blog Lazy gal quilting.
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En voici l’inspiration, un très ancien quilt ! Si vous n’avez que des scraps de tissus de reproduction, ne vous privez pas de ce genre d’exercice, le résultat est magnifique !

 

Sur ce même sujet, un livre récapitulatif d’une sélection de beaux scrapquilts de ces dernières années vient de sortir :

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Sur la couverture, je reconnais un quilt de Karen Griska, celle qui nous a tant inspirées avec l’utilisation des lisières ! Son blog est toujours une mine de bonnes idées, ses patrons en vente sont toujours très clairs (… mais en anglais et en inch).

Si vous vous y mettez vous aussi à faire un scrapquilt, bonne route ! Il vous ensoleillera tout votre été !

Aurora sunshine quilt by Marlis Bennett for berninausa.com

Nifty Tulips/2

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En 2011, j’ai commencé quelques blocs de tulipes à la suite d’un coup de foudre chez Nifty Quilts, déjà, j’en faisais part dans cet article en 2011. L’origine de son bel ouvrage est un quilt de 1960, d’une quilteuse de la campagne géorgienne (dans le vieux-sud américain si cher à mon coeur). Il fait partie de ces ouvrages utilitaires souvent pleins de fantaisie sur lesquels j’ai écrit dans les Nouvelles n° 124 (pages 32-33 du dernier magazine de France Patchwork).

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Quilt d’Annie Howard avec les tulipes piécées par sa mère Mary Lizzie Parham (1883-1955) – Quilté main par Julia Ford, une de ses amies.

IMG_7196L’histoire de ce quilt est raconté dans le livre Georgia Quilts. Au décès de sa chère maman, Annie Howard décida d’utiliser les tulipes faites de bandes piécées, laissées par sa mère. Elle fit les blocs sur fonds rouges, ajoutant tiges et feuilles, les agença en colonnes. La description de cette petite bonne femme me fait irrésistiblement penser à Miss Sue ! Ce sont des femmes ayant eu la vie dure au cours du XXe siècle, issues de familles très nombreuses, dans cet Etat de Géorgie encore empreint de l’histoire autour de la culture du coton et de l’esclavage… Encore une femme de caractère : obligée de quitter l’école à l’âge de 7 ans, elle apprit à lire… à 77 ans ! C’est un quilt auquel elle tenait puisqu’il lui rappelait sa mère, et malheureusement il fut perdu lors de son dernier déménagement, 2 ans avant sa mort survenue en 1999.

Barbara Brackman a bien décelé la puissance de ce quilt et a répertorié ici les premières inspirations à la suite de l’édition du livre, dont celui de LeeAnn – Nifty Quilts.

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Les tulipes de LeeAnn ont l’air de danser sous la brise printanière ! Différents fonds de blocs, tous rouges mais certains à pois, donnent une belle modernité à ce quilt. De tous ses ouvrages, c’est sans doute un de mes préférés !

Depuis, de nombreuses tulipes piécées ont vu le jour, parmi lesquelles mes toutes récentes Nifty Tulips. Elles s’appellent ainsi bien sûr pour rappeler que sans LeeAnn, je n’aurais peut-être jamais connu ce quilt qui m’a inspirée à mon tour. Et puis on peut traduire cela par « de chouettes tulipes », ce qui me va très bien ! Si vous souhaitez en chercher d’autres sur internet, tapez « string tulips » (tulipes de bandes).

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Quilting en coton perlé n° 8, motifs fantaisie pour chaque bloc. Comme vous le voyez ici peut-être, les tissus de fond sont bordeaux de plusieurs teintes. 

Les tulipes sont restées 4 ans au nombre de 4 dans un carton, pas assez pour une belle plate-bande printanière. J’ai donc vite avancé le top ces dernières semaines, lui donnant un air scrappy décontracté que j’affectionne, n’achetant aucun tissu pour cet ouvrage. Des lisières deci-delà renforcent l’esprit de récup. Je n’ai pas oublié le crayon, simplement brodé au point avant, en rappel de tout ce qu’on peut faire avec ce point basique.

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En cours de matelassage, tout en coton perlé ! J’ai fait le tour des tulipes en vert côté tige et feuille et d’une autre couleur autour de la tulipe, puis le fond est quilté de diverses façons, en rouge foncé dégradé.

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Quelques lisières se promènent dans la bordure…
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… et un crayon, mais la photo est floue, je devrai en reprendre une !

Et voilà, c’est le printemps !

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La bordure est d’un style dont je ne me lasse pas, Karen Griska l’utilise souvent aussi !

Ce quit est actuellement exposé, parmi beaucoup d’autres, à Colomiers.

Bientôt d’autres posts sur d’autres ouvrages inédits de cette expo… après les fêtes de Pâques que je vous souhaite joyeuses !

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quiltscape Rebecca Barker

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Le 3 avril 2015 :
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Merci Karen Griska !

Des quilts en Inde, des traces d’universalité

Le point avant, le point universel… non seulement pour l’assemblage invisible de deux pièces, couture basique, mais aussi pour la consolidation d’un tissu ou de plusieurs couches de textiles, en matelassage ou quilting, appelez-le comme vous voulez ! Les quilts bosniaques dont on parlait au début des années 2000, le boutis comme le trapunto, le kantha bengalais, le sashiko japonais… Tous ont pour base le point avant, le point qui court, running stitch en anglais, que je trouve si imagé que je le présente ainsi aux enfants ! Point indispensable, rapide, à la fois utile et décoratif.

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Bosna quilt, quilt d’exposition reprenant les codes des quilts utilitaires du pays.

 

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Sampler de motifs de sashiko
boutis modèle Nicole Astier-fait par Danyl
Extraordinaire boutis, vu en transparence. Je ne sais pas si Danyl l’a fait au point avant, point traditionnel, ou de piqûre, plus solide. Art raffiné à la Française…

On appelle kantha une broderie au point avant, faite à l’origine pour maintenir ensemble des morceaux de tissus de toutes sortes sur plusieurs épaisseurs. On peut penser à une similitude avec les Boros du Japon, dont on a longuement fait état les années précédentes. Cette année à l’Aiguille en Fête, il y avait, parmi de nombreuses autres merveilles d’Orient, des Kanthas récents qui étaient tous à vendre. Ici plusieurs formes de formes de broderies kantha, faites pour l’exportation, sont réalisées sur un grand panneau textile :

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Beau motif de coquilles sur un tissu teint en bandes verticales roses et vertes.
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Tissu uni clair, entièrement décoré de points avant. Certains remplissent les espaces, donnant un effet d’impression du tissu.
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Trois couleurs de fils pour un effet géométrique

Même couleur de fil pour un mélange géométrique et figuratif qui doit être très amusant à inventer au fur et à mesure :

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IMG_7044Les kanthas peuvent aussi être ainsi :

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Motif figuratif élaboré aux belles couleurs !

 Grâce à des associations, le kantha est un savoir-faire qui est actuellement sauvé de l’oubli. A l’origine humble piquage d’étoffes usagées cousues ensemble pour protéger et embellir les personnes et les objets, les qualités décoratives de ces textiles les érigent en objets de collection. Vous en saurez sans doute plus, très prochainement, dans la presse spécialisée ! 

Si le kantha provient du Bengale, vaste territoire partagé entre l’Inde et le Bengladesh, on trouve ailleurs en Inde, plus à l’ouest, des patchworks quiltés. Il y a un air de famille en raison des points avant omniprésents, ainsi que l’origine indienne. Des différences aussi, mais on peut trouver toutes les variantes qui font que toutes ces pratiques ne sont pas éloignées ! Quelques patchworks indiens étaient exposés l’année dernière, toujours à l’Aiguille en Fête, mais aussi en Alsace en 2013 à l’occasion de la sortie du livre de Geeta Khandelwal :

Livre bilingue Godharis, nous faisant voyager dans l'Inde centre-ouest.
Livre bilingue Godharis (Quiltmania), nous faisant voyager dans l’Inde centre-ouest. A côté, mes jolis tissus Neelam, des unis tissés-teints aux couleurs naturelles. Il me tarde de commencer quelque chose avec eux !

Comme un carnet de voyage, Geeta nous raconte un périple dans un monde rural varié, aux femmes qui confectionnent des godharis, des quilts en bon français ;-). Jamais ces quilts ne sortent du village, ce sont des objets utilitaires. Ils sont faits principalement de restes de saris, coupés sans ciseaux (le tissu est entamé par une lame de rasoir, puis déchiré), mesurés à l’aune du doigt, de la main, de la coudée… Alors évidemment on ne peut attendre un piécé absolument rectiligne. Mais qui s’en soucie ? Les godharis sont là pour tenir chaud, un point c’est tout ! Certaines nuits, même au coeur de l’Inde, il peut faire bien frais.

Geeta
Geeta Khandelwal, auteur du livre Godharis.

Pour maintenir les couches textiles entre elles, le quilting est soutenu, avec des points avant qui courent parallèlement puis changent de sens, juste pour suivre un motif ou pour le plaisir :

textile Sujata shah
On aperçoit l’assemblage du même tissu, quilté avec des fils changeant parfois de couleur… et de direction ! Photo Sujata Shah en Inde.

Un motif dessiné, cousu, montré plusieurs fois dans ce livre me rappelle un modèle de quilt qui fit grand bruit il y a quelques années dans Quiltmania, dont un bloc de patchwork était en forme de svastika… d’ailleurs pas vraiment, mais le quilt était nommé ainsi (Quiltmania n° 52). Dans le numéro suivant, des excuses étaient présentées. C’est toujours en Inde un signe extrêment bénéfique, ainsi que dans le boudhisme et de nombreuses civilisations passées ou actuelles (dès le néolithique, et aussi notamment chez les Navajos, les Kunas, etc.). De ce beau symbole universel, notre plus sombre histoire du 20e siècle en a fait un signe honni, ce qui a pour conséquence qu’en Occident on ne peut plus se permettre de l’utiliser…

Vous découvrirez dans le livre certains Godharis extrêmement proches de quilts américains. Peut-on imaginer des quilts ayant voyagé, ou des quilteuses d’un pays ou l’autre ayant transmis ses connaissances ? L’auteur pense plutôt à l’universalité de certains motifs, vérifié maintes et maintes fois…

Universalité des choses, c’est ce qui m’a traversé l’esprit en lisant ce livre sur les femmes en Inde peu après celui de Roderick Kiracofe qui raconte un peu la même histoire dans les Etats-Unis ruraux. Universalité de la géométrie et de l’esthétique, quand j’ai vu des photos de godharis qui ressemblent un peu au quilt fait pour ma fille :

2009_049_0007
Godhari
Katell Renon
Petit air de ressemblance, n’est-ce pas ?… 10 ans de lavages l’ont rendu moins flamboyant qu’à l’origine. Il est quilté à gros points au coton perlé, il n’a pas de nom mais je l’appellerais bien Godhari maintenant !

Un coucou à Sujata Shah, actuellement en voyage en Inde, qui a eu la chance de rencontrer Geeta Khandelwal la semaine dernière. Voyez son article ici, avec de très belles photos. Elle se sent tellement liée aux deux pays qu’elle peut résumer ses influences ainsi :

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