Trois quilteurs émérites

Avez-vous remarqué que, depuis quelque temps, je parle souvent de quilteurs au lieu de quilteuses afin d’inclure les hommes ? Ils restent minoritaires, mais ceux qui ont la même passion que nous suscitent notre entière admiration car ils sont hyper-doués ! En voici trois, des amis quilteurs français de styles différents, mais chacun excelle dans son domaine.

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J’ai déjà parlé de Michel de la région bordelaise, Mimi du Tac.

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Photo Carrément Crazy !

Je ne suis pas la seule à le connaître, ce bel homme jovial aux gilets-maison qui arpente les expositions et les salons ! C’est un fou du patchwork minutieux, des blocs minuscules, des appliqués Baltimore incroyables… mais ses œuvres sont gigantesques ! A lui le Sampler de Sylvia, le Dear Jane, le sampler de la femme du fermier… Et en ce moment, il coud  le Quilted Diamond de Linda Franz :106463014

Vous pouvez le suivre sur son blog, Le Mimi du Tac. Ne manquez pas ses vidéos sur son compte You Tube présentant les principales expositions de France et de Navarre !

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DSC_0881Plus confidentiel, David du Gers est mon voisin, 15 km à peine nous séparent. Nous avons peu d’occasions pour nous rencontrer cependant mais nous avons, je crois, un respect mutuel et beaucoup de points communs. Le goût des belles rencontres, de la qualité de vie, celle que nous procure notre belle région… Il préfère le patchwork country, les appliqués de Yoko Saito ou Reiko Kato, les points de croix… Tout un univers artisanal et raffiné ! Je crois qu’il trouve beaucoup de bien-être à quilter à la main, tranquillement. Le bonheur est dans le Gers !

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Un des ouvrages de David, tout en nuances, un magnifique top en gris taupe et rouge. C’est un modèle 2013 de l’Atelier Perdu.
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Centre de médaillon en broderie perse, modèle de Di Ford présenté dans Quiltmania, réalisation de David.

Si vous vous demandez pourquoi son blog est en anglais, c’est parce qu’il a beaucoup d’amis anglophones qui le lisent et l’anglais lui vient facilement puisqu’il est prof d’anglais ! Pour ses ouvrages, pour ses photos toujours si bien choisies, pour son univers sensible et raffiné, allez voir son blog : David’s Cottage down the Hill.

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Christophe, c’est le plus jeune du trio. Il ne fait du patchwork que depuis 2 ou 3 ans mais a une longue expérience de la broderie (depuis 2008). Le point de croix est une de ses grandes détentes, mais également le Hardanger et autres finesses… Les spécialistes apprécieront !

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Création Ticoeur, réalisation Christolchuk.

o_c8979d99bcd710df_001Lui aussi s’est lancé tout de go dans un Dear Jane. Mais depuis presque un an il se consacre, parallèlement à d’autres ouvrages, à la création d’un quilt pour le projet régional France Patchwork, Fibre Occitane. Il y a des contraintes de sujet, de couleurs, de dimensions, mais Christophe y a trouvé un espace de liberté insoupçonné. Il est devenu le créateur qui m’étonne et me fait rire !

Parmi tous les thèmes possibles dans le Patrimoine régional, Christophe a choisi le Museum d’Histoire Naturelle, situé près du Grand-Rond à Toulouse. Après dix années de fermeture, les Toulousains ont à présent un magnifique espace dédié à la découverte de notre monde, présenté d’une manière fondamentalement nouvelle.
Christophe a mis en avant tout ce qui singularise ce lieu, en broderie et en patchwork. A chaque rencontre dans notre club, c’étaient des cris d’admiration devant les broderies… et quelques fous rires quand nous tentions de trouver la signification de certains blocs !

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Il est beau notre Museum, alliant tradition et modernité, rigueur et fantaisie !

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De la fantaisie, je vous dis !

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Préparation des blocs de broderie, qui seront mis en alternance avec des blocs de patchwork (vous pouvez cliquer-gauche sur la photo pour voir de plus près).

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La partie la plus ardue est le patchwork pour Christophe. Tous les blocs sont créés, montrant la diversité des merveilles de la Terre : des cristaux de minéraux, des palmiers, des volcans en éruption, et quelques dessins mystérieux dont vous connaîtrez la signification en venant à une de nos expositions !

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Le top est en cours de montage, les bordures encore à inventer… Le quilting sera intensif ces prochains mois pour qu’il puisse être exposé en 2016 !

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Simply Moderne 2 : encore mieux !

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Simply Moderne n° 1 a connu un immense succès avec le quilt de Rachaeldaisy en couverture, et tant d’autres découvertes à l’intérieur qui dépoussièrent l’offre francophone ! Il a été également très remarqué en version anglaise, preuve de son originalité et de sa qualité, la French Touch chère à Carol Veillon !

On dit que pour un écrivain, le livre le plus dur à écrire est le deuxième. Après avoir « tout donné » dans sa première oeuvre, après avoir peut-être rencontré le succès, la consécration, parfois même des récompenses, nombre d’artisans de la plume se perdent dans un désamour parfois injuste…

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Devenue ambassadrice de Simply Moderne comme une poignée de blogueuses françaises, j’attendais avec un peu d’anxiété le numéro deux de ce nouveau magazine. Allait-il entrer au cœur des nouveaux styles qui me font encore plus aimer le patchwork ? 

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Cette couverture, dévoilée il y a quelques semaines, m’enthousiasmait déjà. La nouveauté est au coin du bois ! Et puis le grand jour est arrivé, j’ai pu le feuilleter mardi dernier. Le lire. L’apprécier, vraiment. M’énerver un peu car plusieurs brouillons d’articles ébauchés pour ce blog sont déjà là, en évidence dans Simply Moderne… Je voulais par exemple vous faire connaître le nouveau mouvement « slow stitching » très prochainement :

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Simply Moderne m’a coiffée sur le poteau, l’évoquant tout au long de ce numéro ! Il s’agit d’une autre manière d’aborder le patchwork et la création pour retrouver la sérénité d’une activité qui nous reconnecte avec le contact avec les matières premières, le sens du temps passé sans se stresser, à reproduire avec conscience des gestes faits depuis des générations… tout en faisant éventuellement un quilt moderne à la machine, ce n’est pas forcément contradictoire ! Les quilteuses traditionnelles vont gentiment se moquer de ce mouvement, car ELLES n’ont pas perdu ce lien avec le passé et le goût de la méditation sur le travail qui se fait… avec le temps qu’il faudra !

J’en suis adepte depuis longtemps sans le savoir, à ma manière ; à côté de l’envie à la fois de ne pas perdre de temps inutilement, je sens intimement la joie de caresser les tissus avant de les couper, de les assembler pour leur donner une autre vie. Avec le patchwork modernisé, je me permets de faire parler ma part d’enfance en ne me souciant pas de l’exactitude (et c’est difficile pour une Capricorne !) et surtout je conserve le luxe de ne faire que ce que j’ai envie dans la création ! Plus littéralement aussi, je profite du temps que prend une broderie à la main, un appliqué traditionnel ou un quilting à la main, parfois… Oui je me sens membre de ce mouvement !

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La plupart des artistes évoquées dans Simply Moderne ont des blogs qui font partie de mes lectures quotidiennes, je reconnais donc beaucoup de quilts, d’ambiances : je suis très heureuse de voir tout cela réuni dans un seul magazine, et si bien présenté !

Simply Moderne nous souhaite :

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Simply Moderne 2 sera en vente en kiosque à partir du 19 septembre (samedi) et j’aurai l’occasion de traiter bientôt d’autres aspects de ce magazine !

S comme Sonia Delaunay ou Simultané

 S  comme  Sonia Delaunay  ou  Simultané

 par Kristine, de la Ruche des Quilteuses

Avec Sonia, nous entrons dans le monde de la couleur ! 

Il est trop tard pour aller à Paris visiter la rétrospective qui vient d’avoir lieu au Musée d’Art Moderne consacrée à Sonia Delaunay. Heureusement il nous reste des livres avec une iconographie abondante, nous offrant les diverses facettes de cette artiste (1885-1979).

Sonia Delaunay

Avec son mari Robert Delaunay, ils forment un duo artistique. A quatre mains, ils excellent dans l’art de la peinture, la mode vestimentaire, le textile, la décoration, les costumes de théâtre… Ils créent ensemble des œuvres qui s’inscrivent dans un mouvement artistique appelé simultanisme ou simultanéïsme, consistant à introduire le principe du contraste simultané de couleurs dans leurs travaux. 

Nous pouvons en retenir que la perception des couleurs change selon son environnement ; c’est le thème de la valeur (clair ou foncé) mais aussi celui des couleurs qui vont bien ensemble ou pas, celles qui se complètent et celles qui se heurtent, et surtout donc le changement de perception de la couleur en fonction de celle d’à côté, car le cerveau cherche sa couleur complémentaire... Ce n’est pas sans rappeler les illusions d’optique parfois inexpliquées ! D’autres renseignements sur la Loi du contraste simultané des couleurs sur ce lien, principe établi par le chimiste français Michel-Eugène Chevreul, dont les études sont très détaillées.

Volontairement, je ne relate ici qu’un petit aperçu du volet textile chez Sonia Delaunay, un des thèmes favoris de la Ruche.

Ses œuvres textiles sont toujours d’actualité et pourrait bien nous inspirer, nous quilteuses ! Ses dessins d’imprimés et de vêtements originaux incitent à créer, à la manière des quilts destructurés et  libérés, des quilts modernes et innovants… On peut s’inspirer de tous ces motifs géométriques pour créer des blocs en vue d’une courtepointe pour l’hiver prochain ! 

En 1911, Sonia Delaunay réalise sa première œuvre abstraite avec du textile. Il s’agit d’une couverture pour son jeune fils Charles, c’est un assemblage de coupons de couleurs vives, réalisé dans la tradition ukrainienne, (pays dont elle est originaire). Elle joue avec les couleurs des tissus comme elle le fait dans sa peinture.

Certains voient la silhouette de la Tour Eiffel, la trouverez-vous ?

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Effet de patchwork « crazy », mais très éloigné du crazy victorien !

 

Puis elle se lance dans une longue connivence avec la mode :

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1913 La robe simultanée de Sonia Delaunay pour le bal Bullier

 

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En 1922, robe simultanée bleu et vert. L’art moderne descend dans la rue !
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En 1923, un manteau de broderie de laine pour l’actrice Gloria Swanson

 Il y a eu les robes-écharpes, les robes-toupies, toute une effervescence géométrique et colorée autour du corps de la femme qui devient oeuvre d’Art Déco en mouvement ! 

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Au coeur du monde artistique parisien, Sonia dessine en 1923 une robe-poème d’après une poésie de Tristan Tzara.

 

En 1928, des costumes pour le Carnaval de Rio !
En 1928, des costumes pour le Carnaval de Rio !

 Dans un article paru dans le Monde daté du 14 octobre 2014, Sophie Chassat nous précise à propos des robes de Sonia Delaunay : 

Ses premières « robes simultanées » étaient pensées sur le modèle du patchwork, de la couture-collage de différents morceaux de tissus colorés. Les critiques les dénigrèrent en les appelant « habits d’Arlequin », oubliant que c’était peut-être justement, à travers ce patchwork en forme d’« habits d’Arlequin », que s’exprimait au plus juste la modernité d’un  monde qui n’avait plus de réelle unité.

Exprimer le monde comme il va, d’une manière unique, voilà bien la preuve qu’avec ses robes simultanées, Sonia Delaunay faisait œuvre d’art.

 

Mon carnet d’échantillons, inspirés des tissus de Sonia Delaunay :

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Ces croquis sont une inspiration à l’infini pour les quilteuses d’aujourd’hui !

Pour notre plus grand bonheur Sonia Delaunay vécut longtemps et dessinait toujours dans les années 1960. Toujours jeune d’esprit, toujours dans l’actualité, elle s’entretint avec Jacques Dutronc en 1968 (vidéo) : prenez quelques minutes pour la visionner et tomber sous le charme de cette dame et du jeune couple Dutronc/Hardy !

La robe créée pour Françoise Hardy, couturier Marc Bohan chez Christian Dior.
La robe créée pour Françoise Hardy, couturier Marc Bohan chez Christian Dior. Nous pouvons voir cette robe dans la vidéo de l’INA en lien ci-dessus.

Un clin d’oeil aux adhérents de France Patchwork de la région Midi-Pyrénées, en pleine année de labeur sur le Patrimoine régional : voici des créations de 1928, un tissu de soie évoquant nos murs de briques et un costume pour le Carnaval de Rio, à adapter en costume de violettes peut-être 😉 ?… 

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Pour sensibiliser les enfants à cet univers ou pour votre propre collection, voici un livre pop-up amusant pour jouer avec les formes, les couleurs et les costumes, intitulé :

madame  SONIA DELAUNAY
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Gérard Lo Monaco et Adeline Souverain
Ed. Paris Musées

sd15Ce voyage en couleurs se termine ici, êtes-vous prêtes à jouer avec elles à la manière de Sonia Delaunay dans un prochain ouvrage textile ?

 

Bibliographie :

Sonia Delaunay Modes et tissus imprimés – Jacques Damasse Editeur
Sonia Delaunay Les couleurs de l’abstraction – Musée d’Art Moderne de la ville de ParisDossier pédagogique exposition du 17/10/2014-22/02/2015 – Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

Sur la toile :

http://mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-sonia-delaunay
http://www.atelierdemma.com/lartiste-du-vendredi-sonia-delaunay/
http://www.tata-georgette.com/2015/01/sonia-delaunay-les-couleurs-de-l-abstraction.html

Des quilts en Inde, des traces d’universalité

Le point avant, le point universel… non seulement pour l’assemblage invisible de deux pièces, couture basique, mais aussi pour la consolidation d’un tissu ou de plusieurs couches de textiles, en matelassage ou quilting, appelez-le comme vous voulez ! Les quilts bosniaques dont on parlait au début des années 2000, le boutis comme le trapunto, le kantha bengalais, le sashiko japonais… Tous ont pour base le point avant, le point qui court, running stitch en anglais, que je trouve si imagé que je le présente ainsi aux enfants ! Point indispensable, rapide, à la fois utile et décoratif.

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Bosna quilt, quilt d’exposition reprenant les codes des quilts utilitaires du pays.

 

Sampler de motifs de sashiko
Sampler de motifs de sashiko
boutis modèle Nicole Astier-fait par Danyl
Extraordinaire boutis, vu en transparence. Je ne sais pas si Danyl l’a fait au point avant, point traditionnel, ou de piqûre, plus solide. Art raffiné à la Française…

On appelle kantha une broderie au point avant, faite à l’origine pour maintenir ensemble des morceaux de tissus de toutes sortes sur plusieurs épaisseurs. On peut penser à une similitude avec les Boros du Japon, dont on a longuement fait état les années précédentes. Cette année à l’Aiguille en Fête, il y avait, parmi de nombreuses autres merveilles d’Orient, des Kanthas récents qui étaient tous à vendre. Ici plusieurs formes de formes de broderies kantha, faites pour l’exportation, sont réalisées sur un grand panneau textile :

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Beau motif de coquilles sur un tissu teint en bandes verticales roses et vertes.
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Tissu uni clair, entièrement décoré de points avant. Certains remplissent les espaces, donnant un effet d’impression du tissu.
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Trois couleurs de fils pour un effet géométrique

Même couleur de fil pour un mélange géométrique et figuratif qui doit être très amusant à inventer au fur et à mesure :

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IMG_7044Les kanthas peuvent aussi être ainsi :

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Motif figuratif élaboré aux belles couleurs !

 Grâce à des associations, le kantha est un savoir-faire qui est actuellement sauvé de l’oubli. A l’origine humble piquage d’étoffes usagées cousues ensemble pour protéger et embellir les personnes et les objets, les qualités décoratives de ces textiles les érigent en objets de collection. Vous en saurez sans doute plus, très prochainement, dans la presse spécialisée ! 

Si le kantha provient du Bengale, vaste territoire partagé entre l’Inde et le Bengladesh, on trouve ailleurs en Inde, plus à l’ouest, des patchworks quiltés. Il y a un air de famille en raison des points avant omniprésents, ainsi que l’origine indienne. Des différences aussi, mais on peut trouver toutes les variantes qui font que toutes ces pratiques ne sont pas éloignées ! Quelques patchworks indiens étaient exposés l’année dernière, toujours à l’Aiguille en Fête, mais aussi en Alsace en 2013 à l’occasion de la sortie du livre de Geeta Khandelwal :

Livre bilingue Godharis, nous faisant voyager dans l'Inde centre-ouest.
Livre bilingue Godharis (Quiltmania), nous faisant voyager dans l’Inde centre-ouest. A côté, mes jolis tissus Neelam, des unis tissés-teints aux couleurs naturelles. Il me tarde de commencer quelque chose avec eux !

Comme un carnet de voyage, Geeta nous raconte un périple dans un monde rural varié, aux femmes qui confectionnent des godharis, des quilts en bon français ;-). Jamais ces quilts ne sortent du village, ce sont des objets utilitaires. Ils sont faits principalement de restes de saris, coupés sans ciseaux (le tissu est entamé par une lame de rasoir, puis déchiré), mesurés à l’aune du doigt, de la main, de la coudée… Alors évidemment on ne peut attendre un piécé absolument rectiligne. Mais qui s’en soucie ? Les godharis sont là pour tenir chaud, un point c’est tout ! Certaines nuits, même au coeur de l’Inde, il peut faire bien frais.

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Geeta Khandelwal, auteur du livre Godharis.

Pour maintenir les couches textiles entre elles, le quilting est soutenu, avec des points avant qui courent parallèlement puis changent de sens, juste pour suivre un motif ou pour le plaisir :

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On aperçoit l’assemblage du même tissu, quilté avec des fils changeant parfois de couleur… et de direction ! Photo Sujata Shah en Inde.

Un motif dessiné, cousu, montré plusieurs fois dans ce livre me rappelle un modèle de quilt qui fit grand bruit il y a quelques années dans Quiltmania, dont un bloc de patchwork était en forme de svastika… d’ailleurs pas vraiment, mais le quilt était nommé ainsi (Quiltmania n° 52). Dans le numéro suivant, des excuses étaient présentées. C’est toujours en Inde un signe extrêment bénéfique, ainsi que dans le boudhisme et de nombreuses civilisations passées ou actuelles (dès le néolithique, et aussi notamment chez les Navajos, les Kunas, etc.). De ce beau symbole universel, notre plus sombre histoire du 20e siècle en a fait un signe honni, ce qui a pour conséquence qu’en Occident on ne peut plus se permettre de l’utiliser…

Vous découvrirez dans le livre certains Godharis extrêmement proches de quilts américains. Peut-on imaginer des quilts ayant voyagé, ou des quilteuses d’un pays ou l’autre ayant transmis ses connaissances ? L’auteur pense plutôt à l’universalité de certains motifs, vérifié maintes et maintes fois…

Universalité des choses, c’est ce qui m’a traversé l’esprit en lisant ce livre sur les femmes en Inde peu après celui de Roderick Kiracofe qui raconte un peu la même histoire dans les Etats-Unis ruraux. Universalité de la géométrie et de l’esthétique, quand j’ai vu des photos de godharis qui ressemblent un peu au quilt fait pour ma fille :

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Katell Renon
Petit air de ressemblance, n’est-ce pas ?… 10 ans de lavages l’ont rendu moins flamboyant qu’à l’origine. Il est quilté à gros points au coton perlé, il n’a pas de nom mais je l’appellerais bien Godhari maintenant !

Un coucou à Sujata Shah, actuellement en voyage en Inde, qui a eu la chance de rencontrer Geeta Khandelwal la semaine dernière. Voyez son article ici, avec de très belles photos. Elle se sent tellement liée aux deux pays qu’elle peut résumer ses influences ainsi :

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Ah les coquilles !

Metal_movable_typeLe monde de l’imprimerie les déteste, tout autant que les lecteurs. De nos jours chaque blogueur se doit aussi de traquer ces erreurs involontaires d’écriture. Pas facile, j’en sais quelque chose ! On peut lire et relire un texte, mais parfois seul un œil neuf trouvera le détail qui cloche…
Pourquoi les nomme-t-on coquilles ? L’origine est incertaine, mais cela date naturellement de l’imprimerie traditionnelle, avec les caractères de plomb ou de fonte indépendants. Les coquilles provenaient en général d’une erreur de rangement dans les cassetins, ces petites cases de séparation :

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Je ne résiste pas à l’envie de vous inviter à lire, dans le blog Projet Voltaire, la synthèse des hypothèses de l’origine de la coquille d’impression : certaines sont savoureuses !

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Naissance de Vénus, par S. Botticelli, 1485-85. Symbole de la féminité, une coquille est ici le berceau d’une Vénus née adulte dans toute sa splendeur.

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Dès le Moyen-Age, après une succession de miracles, les pèlerins européens affluèrent vers un port de Galice (Espagne) où, d’après une légende, un des Apôtres de Jésus (Jacques le Majeur) y fut enterré. Arrivés au but, les pèlerins « jacquets » se régalaient sur la plage de la nourriture offerte et gardaient en souvenir une coquille, preuve de leur but atteint, pour leur retour. Puis la coquille devint le signe-même du pèlerin, même à l’aller (!) et la marque des chemins et hébergements tout au long du chemin. Les chemins vers Compostelle sont de nouveau balisés depuis le regain d’attrait pour ce long périple qui séduit tant de marcheurs occasionnels ou acharnés, en quête spirituelle ou sportive. C’est un Brésilien, Paulo Coelho, qui donna envie à des milliers de personnes de marcher sur ces routes anciennes (livres Le Pélerin de Compostelle, 1987 en portugais, l’Alchimiste, 1988 en portugais et 1994 en français). Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié ce livre de J-C Rufin : Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi (2013).

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Tous les chemins mènent-ils à Rome ? Ceux-ci vont vers le Finis Terrae espagnol, Saint-Jacques de Compostelle. Toulouse est une étape bien connue, puis un chemin passe près de chez moi, quelques kilomètres plus à l’ouest ! Vous pouvez aussi lire ici un article sur l’étape de Conques en Aveyron.

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Dans le monde du patchwork, le motif de la coquille ne cache pas son origine : sa forme évoque de suite la fameuse coquille Saint-Jacques, elle-même populaire à la fois en gastronomie (sa noix !) et en signe religieux ou culturel, en particulier pour le fameux pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. En anglais, ce modèle s’appelle shell (coquille) ou clam (coque, palourde)… ou clamshell !

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Autre coquille, celle de l’huître… dont je ne mange que l’intérieur, contrairement à Obélix (Astérix et les Normands page 12, Texte de René Goscinny, Dessin d’Albert Uderzo)

 Ce motif est universel, j’avais déjà évoqué le seigaiha dans cet article. Je n’essaierai pas d’être exhaustive au sujet des coquilles en patchwork, car on trouve de nombreuses manières de les préparer, de les assembler… On pourrait écrire un livre entier ! Un quilt en coquilles, c’est beau comme ça :

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Photo des pages 32-33 de Marie-Claire Idées n° 33 (juin 1999). Un quilt de rêve qui évoque le bonheur d’un pique-nique à la campagne…

Au hasard des publications dans les magazines et les blogs, on a envie de s’y mettre ! La Châtaigne qui pique a lancé ce thème dans son club avec succès, vous en voyez des résultats ici. Le principe est de préparer un gabarit et d’appliquer, ligne après ligne, les coquilles qui se chevauchent.

Espace ou pas d’espace entre les coquilles ? Comment faire les préparatifs pour les rentrés ? Comment coudre et sur quel support ?… Je n’ai pas de réponse unique à toutes ces questions, tout est histoire de choix personnels ! Il faut bien y réfléchir car ce sont ces multiples petits problèmes potentiels qui font que ces ouvrages sont souvent abandonnés. 

51TM9MVEVPLJ’ai cependant un truc peu connu. Je peux chaleureusement vous conseiller d’essayer le point d’échelle invisible. Qu’es acò ? me demanderaient mes amies occitanes. Eh bien c’est simplement le point qu’on fait un peu instinctivement quand on ferme un coussin, un point qui va d’un bord à l’autre et qu’on serre ensuite. Adapté à l’appliqué, ce point a des atouts indéniables : il est absolument invisible et permet de coudre en suivant le trait dessiné à la fois sur le fond et sur la pièce. Ami Simms l’a « inventé », l’a développé dans ce petit livre (dont un chapitre est justement consacré aux coquilles). Nathalie Delarge fit une petite vidéo de présentation de ce point pour l’appliqué il y a quelques années : c’est ici. On se sent un peu maladroite au début, mais le résultat est particulièrement parfait, surtout pour les coquilles (pour lesquelles on n’a aucun besoin de faire les incisions du tissu de fond).

Cette technique de couture réduit le travail de préparation : ni faufilage, ni colle, ni rentré au fer à repasser, ni même emprisonnement du tissu autour du gabarit à l’aide d’un papier aluminium… (Oui, ceci est une possibilité ! Son avantage est que l’arrondi est mieux qu’avec un faufil, voyez ici comment faire chez Poppy Makes.)

Si vous voulez faire un quilt de coquilles en utilisant ce point d’échelle, il vous suffit de marquer au crayon fin votre gabarit sur chaque tissu, sur le devant. Vous suivez parallèlement les deux lignes, en suivant bien les conseils de Nathalie Delarge et cela va tout seul, je vous l’assure ! Le gabarit se fait tout simplement dans un carton ou un rhodoïd, à l’aide d’un compas. Si ce n’est pas clair, je vous ferai un petit tuto en mars !

Quels que soient vos choix techniques, vous aimerez peut-être comme moi ces réalisations qui vous donneront des envies de coquilles :

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Antiquité visible au Victoria & Albert Museum à Londres, présenté par Kaffe Fassett dans un de ses livres. La bordure verte, très sophistiquée, rythme la masse de coquilles.  Il est presque aussi ancien que ce quilt, le plus ancien d’Angleterre, puisque celui-ci date de 1730-1750.
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Ce coussin a été édité dans un de mes magazines préférés, Love Patchwork & Quilting (n° 4). On y  préconise la feuille alu pour obtenir de belles coquilles !
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Anne, des Avalon Quilters, nous donne envie de sortir nos tissus provençaux…

 

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Molly Flanders a essayé plusieurs techniques de préparation, donc celle de l’assemblage à l’anglaise. Sa préférée est finalement à l’aide de colle. J’aime beaucoup son quilting noir à la main !

 

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Matilda Quilt, par Heidi Pridemore. Beaucoup d’élégance !

 

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Diane Stanley et son Clam Bake quilt.

 

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Extraordinaire panneau de Blue Mountain Daisy, fait de cercles de blue jeans, bordés, décorés, brodés, appliqués avec jubilation !

Ici vous avez un article très complet, montrant en particulier ce quilt moderne :

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Glam Clams, Latifah Saafir

 

Si vous lisez l’anglais et que vous souhaitez faire un « quilt-along » (un quilt fait par vous et pour vous, en suivant la dynamique d’un groupe)  sur le thème des coquilles, rejoignez Rachel dans Stitched in Color, cela commence tout juste en ce moment !!

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Et pour terminer, voici les coquilles mal élevées, les renéguates qui n’ont même pas fait rentrer leurs marges de couture. C’est encore Rachel qui montre le chemin :

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Un ravissant panier décoré de cercles donnant l’illusion de coquilles… Il s’ébouriffera avec le temps !

 Kristine l’Abeille s’en est inspirée pour faire chanter les couleurs brique et évoquer un toit toulousain tout en tuiles :

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Il sera exposé lors des expositions du Patrimoine, préparées par les délégations France Patchwork du patch d’Oc. Comme la trousse de Rachel, les tuiles sont des disques qui se chevauchent, fixés à la machine… Il faut bien la maîtriser pour un beau résultat comme ici ! Son étiquette, au dos, comporte un crayon du souvenir :

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Betty Ford-Smith à la recherche de ses racines

Une complicité s’est établie entre trois personnes qui échangèrent de nombreux mails ces dernières semaines, trois quilteuses qui ont tant à partager : LeeAnn de Seattle (Washington), Betty de Sebring (Floride) et moi-même de Toulouse (France). Le fil qui nous lie est le patchwork avec la passion des tissus, mais aussi un état d’esprit, le plaisir de l’inattendu, du non conventionnel, l’admiration devant nos ressemblances tout autant que nos différences… Nous avons oublié que nous étions devant nos ordis et on a papoté comme si nous étions assises autour de la même table !

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Peinture de Lucien Andrieu (peintre de l’Ecole de Montauban), Etude de femmes autour d’une table

Ayant vécu en Afrique (mes plus belles années de fac d’anglais furent à l’Université de Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire), j’ai une sensibilité marquée pour ce que ce continent a pu offrir à notre monde occidental, de gré… ou de force, car nous savons tous plus ou moins comment les Noirs furent déracinés d’Afrique vers l’Amérique, comment nous avons pillé leurs ressources, tout en pensant parfois « bien faire » en leur imposant notre culture occidentale, notre éducation, nos religions… C’est un sujet toujours sensible, en particulier en France.
Alors imaginez ce que peuvent ressentir les Afro-Américains à la recherche de leurs racines.

Betty m’a raconté avec confiance son parcours, ses passions… que je suis heureuse de partager ici avec vous.

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Pour les personnes utilisant Google Translate : I am sorry that Google always says « his » instead of « her » in its automatic translation, please correct it yourself in your head!

Betty Ford-Smith a 63 ans et une vie bien remplie, ancrée dans la société américaine actuelle mais curieuse de ses lointaines origines depuis son enfance. Professeur d’économie familiale pendant 38 ans, notamment spécialisée dans la prise en charge des enfants nécessitant des soins spéciaux, couronnant sa carrière en devenant proviseur, elle a parallèlement nourri sa passion sur les arts d’origine africaine.

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A l’âge de 12 ans, Betty cherchait de l’inspiration dans un livre d’art africain ; elle fut encouragée par sa prof d’art à faire le portrait d’Idia, la Reine Mère du Bénin. Ce tableau sur carton est la première manifestation d’une longue passion.
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Plus tard, Betty voudra s’offrir cette reproduction en bronze. Cette opportunité se présentera l’année de la mort de sa mère, et pour elle c’est un signe précieux… Il n’y a oas de hasard quand on croit aux signes.

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Celle-ci est exposée au Bristish Museum et date du 16e siècle. C’est toujours Idia, reine et mère du Bénin, qui vécut de 1504 à 1550. La beauté des femmes du Bénin est célébrée dans toute l’Afrique de l’Ouest. Notre ravissante Miss france 2014 en est d’ailleurs originaire !

Elevée près de New-York, la petite Betty n’aimait rien tant que passer ses vacances scolaires auprès de sa grand-mère et son arrière-grand-mère en Caroline du Sud, terre où sévissait encore l’esclavage il y a 150 ans. Elle y puisa maintes histoires du temps passé et comprit grâce à elles l’âme africaine qui ne les avait pas quittées. Les femmes de sa famille connaissaient les secrets des plantes et des esprits, le tout s’accompagnant de mystère, de magie et de rituels, certaines avaient des dons… Une fascination pour Betty ! Pour plonger dans l’ambiance des Etats du Vieux Sud, nous avons des livres, des films

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C’est dans cet Etat de Caroline du Sud, dans l’entre-deux-guerres, que se passe l’intrigue de l’opéra de Gerchwin Porgy and Bess. L’affiche des premières représentations (à New-York) est bien représentative de l’art pictural de l’époque (1935). Même si cet opéra véhicule nombre de stéréotypes quasi inévitables à l’époque, c’est une oeuvre aux musiques et chansons inoubliables. Vous pouvez entendre ici une version de Summertime chantée par Ella Fitzgerald que j’ai eu l’immense chance de rencontrer en 1980, mais ceci est une autre histoire…

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Parallèlement à son travail, Betty devint donc spécialiste des arts africains et afro-américains. Elle vécut dans les années 70 dans les Caraïbes à la recherche des racines de son peuple. C’est à Haïti qu’elle trouva les pratiques les plus proches des origines africaines (le vaudou). Elle y découvrit également des arts populaires très vivaces comme les « drapos vodou » (écrit ainsi en anglais), ces tableaux textiles figuratifs ou géométriques, iconographie de l’esprit haïtien avec son héritage africain, son passé d’esclave, son ancrage catholique… Rappelons que le Vaudou est une religion de déracinés, un mélange des cultes animistes d’Afrique avec les rituels et les saints de la religion catholique imposée. Ces drapeaux, tels qu’ils sont appelés là-bas, sont destinés à accueillir les esprits du vaudou lors des cérémonies. Ce sont des oeuvres d’abord dessinées sur tissu, puis cousues de perles et de sequins… de l’art textile pur ! Ils deviennent pour le reste du monde des objets de décoration et de collection. Betty possède une bonne cinquantaine de drapos qu’elle a exposés dans diverses maisons de culture, des écoles, des musées… Elle fait autorité dans ce domaine et donne volontiers des conférences sur le symbolisme de ces oeuvres.

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Collection Betty Ford-Smith

Collection Betty Ford-Smith
Betty devant deux drapos vodou, lors d’une exposition en 2012

 Même les bouteilles sont recyclées en oeuvres d’art par les artisans haïtiens, comportant souvent des symboles vaudou :

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Betty se sentit naturellement très éprouvée par le terrible séisme du 12 janvier 2010. Elle fit partie de ces personnes qui se démenèrent pour apporter du soutien au peuple en souffrance, en faisant notamment cette exposition d’art haïtien.

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Keeping Haïti in Our Hearts fut une des expositions de soutien pour le peuple haïtien. Betty et son mari posent devant des peintures haïtiennes, en compagnie d’une des organisatrices.

A l’extrême droite de la photo ci-dessus, vous pouvez deviner une sculpture en fer découpé, spécialité du village haïtien Croix-des-Bouquets. Ces artisans travaillent magnifiquement cette matière dans un style unique, toujours lié aux pratiques vaudou. J’ai chez moi, au-dessus de la cheminée, un Arbre de Vie haïtien :

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J’ai eu un coup de coeur pour ce travail de fer découpé, martelé, embossé… Mon mari me l’a offert l’été dernier car cet arbre « me parlait ». Nous l’avons découvert dans une jolie boutique de la ville close de Concarneau (Finistère) qui soutient ainsi les artisans de ce pays. Cliquez sur la photo pour l’agrandir et voir les détails !

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Pour aller à la source, Betty fit également plusieurs voyages en Afrique : en Gambie et au Sénégal en 1986, en accompagnant un groupe de collégiens new-yorkais, puis au Nigeria en 2009 pour aider une amie à monter une école.

Collection Betty Ford-Smith

Collection Betty Ford-Smith
Au Nigeria, les enfants apprennent tous l’anglais, langue officielle nationale qui côtoie des langues locales. Ainsi, la communication était facile ! Cinq ans après, ces enfants ont grandi mais se souviennent sûrement encore du passage de la dame américaine qui leur a fait la classe !

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Son intérêt pour l’artisanat afro-américain la mena aussi en 2008 en Alabama où fut découvert, dans un hameau nommé Gee’s Bend, un groupe de quilteuses utilisant toutes sortes de tissus de récupération de façon souvent très libre. Leur notoriété leur permet maintenant de vendre les quilts qui n’étaient que couvertures utilitaires il y a 10 ans encore.

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Il y a du choix dans les quilts à vendre à Gee’s Bend !
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Une des acquisitions de Betty : celui-ci est très traditionnel !

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Betty a acheté 2 quilts pour sa collection, celui-ci est signé Betty Seltzer.

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Sebring est une très jolie ville au centre historique, au bord d’un immense lac, au centre-sud de la péninsule de la Floride. Le climat est sub-tropical humide, on devine la luxuriance de la végétation !

sebring postcardIl y a peu, la retraite étant pesante pour une femme si active, Betty monta un magasin d’antiquités à Sebring et cette grande boutique porte le joli nom de Miss Ruby’s Den. On y trouve un sympathique bric-à-brac multi-culturel qui fait le bonheur des collectionneurs. Je trouve l’ambiance particulièrement féminine, avec des dentelles, des poupées anciennes, des éventails, des tableaux…

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Si d’aventure vous allez en Floride, voici l’adresse de ce magasin : 619 North Pine Street, Sebring, FL 33870

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Les objets ont une âme, c’est la croyance intime de Betty… et finalement beaucoup de gens le sentent aussi ! Un objet fait à la main ou celui qui a la patine du temps dont vous pouvez tomber amoureux, sont bien autre chose qu’une simple matière inerte !
Et vous, les objets vous parlent-ils parfois ?

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Dans un coin de sa boutique se trouve un lit avec un quilt extraordinaire… Vous connaîtrez son histoire très prochainement !

 Dear Betty, just hoping you will not be disappointed by this summary of all the documents you gave me about you and all your interests! You know that we are now connected… Soon comes a post about your dear friend Miss Sue!

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Perspectives modernes dans le patchwork (1)

A – Des coupes rajeunies

Depuis l’invention du cutter rotatif dans les années 80, la coupe a été normalisée, les trucs et astuces se sont multipliés pour faire des carrés bicolores, des vols d’oie rapides, des square dance… Les règles en plexi plus ou moins utiles se sont multipliées… C’était une vraie révolution par rapport à l’utilisation des gabarits et du traçage de toutes les lignes de couture.

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Ann S. Lainhart est spécialisée dans les Bargellos. Ici Midnight Cityscape (2008)

Les quilteuses ont découvert notamment les pavés de bandes à redécouper pour en faire des Bargellos, des étoiles à 8 branches aux multiples losanges, des Voyages autour du monde… et tant d’autres modèles exaltants qui ont fait le bonheur des patcheuses un peu aventurières et des animatrices de club !

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Ce quilt est un bon exemple des coupes astucieuses facilitées par l’utilisation du cutter – Blue Lagoon, Nadia Stumpf, 2006.

Dans ces perspectives modernes, habiles et toujours en mouvement, Nadia Stumpf fait partie de celles qui diffusent le plus en France, par ses stages modernes et structurés, ces genres de patchwork renouvelé. Elle sait tirer des tendances internationales ce qui plaira aux Françaises curieuses de nouveautés. Je pourrais la citer dans chacun des articles sur les perspectives modernes, tant elle touche à tout avec talent ! Son blog : Patchworkrama.

Dans ce premier volet de notre présentation des quilts modernes, place aux coupes innovantes ! Certaines quilteuses ont voulu sortir des techniques strictes et des propositions originales ont émergé il y a déjà une vingtaine d’années. Le patchwork moderne est né avec, principalement, Nancy Crow, avec les coupes courbes à main levée, l’improvisation… Voici deux livres du début des années 2000 qui ont popularisé les coupes « libérées » :

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Ces livres, parmi d’autres, ont enthousiasmé celles qui désiraient jouer avec les tissus dès le début des années 2000. C’est le plaisir des coupes à main levée car oui, on a le droit de couper sans règle ! L’autre bonne idée importante est la superposition de différents tissus et leur permutation avant la couture qui ouvre de nombreuses possibilités amusantes.
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Philippa Naylor fait danser les blocs traditionnels ! Cette baratte est un modèle pour un des stages qu’elle propose. Vous avez beaucoup d’exemples et explications de ce style dans le livre ci-dessus, « Cutting curves from straight lines » (couper des courbes à la place des droites).
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Quel beau quilt aux couleurs de la nature ! Janet Windsor.
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Ici encore, les lignes sont souples et donnent de la vie aux formes si simples… Nancy Crow est la première quilteuse à avoir modernisé le patchwork à grande échelle, tout en s’inspirant des bases classiques. Son style favorise le « patchwork improvisé » qu’on verra plus amplement dans le prochain article.
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Vu dans le blog Spotted Stones : un assemblage de blocs de style log cabin. Les 3 premiers morceaux de tissus sont des imprimés de couleur vive, ensuite des couleurs neutres se partagent l’espace restant. L’irrégularité de coupe est discrète, mais on voit bien que le centre n’est pas toujours carré, les bandes n’ont pas la même épaisseur… Est-ce grave docteur ?

Ici c’est le domaine des techniques de coupe plus décontractées, plus tolérantes, plus amusantes. Ce vent de liberté souffle dans de nombreux pays.

Bernadette Mayr, qui m’inspire depuis des années (en fait depuis 2006, date de la parution de son premier livre édité aussi en français), a tiré son inspiration de ce qui se faisait déjà en coupes originales et a développé ce style.

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Voici les 5 livres de Bernadette Mayr, pleins d’idées dont quelques-unes ci-dessous ! Tous ses livres sont  d’abord édités en allemand. Le premier a bénéficié d’une traduction française, quelques autres sont également en anglais. Espérons que le prochain pourra nous être proposé en français aussi !
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Après un premier tableau de coquelicots sur fond noir, proche de l’original, j’ai fait, en duo avec Madeleine, un tableau sur fond gris. Nous avons partagé les tissus, mais nos bordures et nos quiltings diffèrent ! Inspiration du premier livre de B. Mayr (Patchwork fleuri, SAEP). Quilting à la main.

Tableau à sujet unique ou blocs assemblés, tout est possible !

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Quilt fait par des membres du club de patchwork de Balma, d’après les maisons de Bernadette Mayr
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« Petits Poissons », de Kristine pour son petit-fils, est inspiré d’un autre thème de Bernadette Mayr (Wasser Patchwork). Il est entièrement fait en batiks.
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Magnifique quilting machine soulignant les tourbillons aquatiques !
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Voici un coussin fait par Marie-Jo de notre Ruche à partir du bloc des feuilles déjà présenté sur ce blog. Savez-vous trouver la feuille qui n’est pas dans le « bon » sens ?…

Le quilting est le plus souvent effectué à la machine car il s’accorde bien avec ce vent de liberté.

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Le célèbre quilt Manhattan de B. Mayr, primé aux USA, est un amusement avec les couleurs des rectangles réguliers, en contraste avec les fenêtres biscornues en noir et blanc qui rappellent le monde de Hundertwasser, artiste viennois qui disait : « Certains disent que les maisons sont faites de murs. Je dis qu’elles sont faites de fenêtres »…  (photo Alpine Quilters)

Bernadette Mayr n’est évidemment pas la seule à jouer avec des techniques ludiques. Regardez ceci :

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Helen Howes – Blue Blaze II. Les carrés de base avec les bandes irrégulières sont faciles à faire. Tout le chic de ce tableau réside dans le soleil et les silhouettes d’arbres.
Rooflines #4:The Barns , 36×70 © 2012 Colleen Kole
Paysage minimaliste de maisons, ici des granges créées par Colleen Cole, de sa série « Rooflines ». Notez l’asymétrie qui ne fait pas peur aux quilteuses modernes !
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Tout aussi talentueuse et plus connue en France, Maryline Collioud-Robert (Suisse) me ravit par son originalité, la qualité de ses recherches de couleurs… Ici la découpe inspirée de l’appliqué inversé laisse découvrir le tissu blanc. Superbe quilt ! Si vous ne la connaissez pas encore, allez voir les facettes de son talent par ici !

Dans ces quilts, on s’amuse avec de nouvelles idées d’organisation (on superpose parfois les tissus, on les interchange, on les laisse à cru parfois) dans cet esprit de renouvellement de coupe et de couture. Comme dans la nature, les lignes sont souvent souples, courbes, les blocs (quand il y en a) ne sont jamais semblables. La technique est rarement difficile et ne requiert qu’un peu d’audace !

Le mot qu’on retrouve souvent pour caractériser ce genre de quilts modernes est wonky. Comment le traduire ? Bancal, branlant, de traviole, donc imparfait… On ne fait pas n’importe quoi mais on considère que l’imperfection n’enlève pas de charme au quilt, au contraire cela lui donne du dynamisme et de la vie ! C’est ce postulat qui mène aux quilts improvisés et libérés, que nous verrons ensemble prochainement, si le coeur vous en dit 🙂

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Aucun de ces moulins n’est assemblé académiquement, aucune de ces couleurs n’est mise en place de manière symétrique. Ne trouvez-vous pas que ce quilt mérite pourtant bien un statut d’oeuvre d’art ?… (Krista de Spotted Stones, mouvement Bee Creative)