Le Projet 70273 : fiche de presse

Pour les besoins de la communication sur l’exposition de Lacaze du 25 juin auprès de la presse, ce document a été diffusé, expliquant de manière approfondie le contexte du Projet 70273.

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Le projet 70273 exposé à Lacaze (81)

Depuis 2016, des personnes cousent, brodent, dessinent des paires de croix rouges sur des pièces de tissus blancs. Ce mouvement, initié par Jeanne Hewell-Chambers, écrivaine et quilteuse de Caroline du Nord, a pris en un an une ampleur mondiale. Le but de ce projet est de réunir autant de croix que de morts par le programme T4 des Nazis, 70273 victimes d’une odieuse campagne d’euthanasie de personnes jugées inutiles ou nuisibles. Grâce à une belle mobilisation en Occitanie, la première grande exposition mondiale de ces croix assemblées en quilts est exposée ce dimanche 25 juin à Lacaze.

Pourquoi ces paires de croix rouges ?

Elles sont pour ce Projet le symbole d’un épisode méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, l’euthanasie de centaines de milliers de malades et handicapés. Parmi eux, 70 273 furent condamnés par des croix apposées par des médecins sur des fiches médicales. Des enfants de moins de 3 ans puis des personnes de tous âges furent les cobayes pour la mise au point des chambres à gaz qui seront ensuite construites dans les camps d’extermination. Pour le Projet 70273, ces vies volées symbolisent l’ensemble des victimes innocentes tuées par les Nazis dans les camps.

Pourquoi les Nazis s’acharnèrent-ils d’abord sur les handicapés tout particulièrement ?

Ce drame de notre histoire est un symbole fort des dérives de l’être humain suivant une logique faussée par des certitudes erronées. Son origine vient du bouleversement de notre vision du monde découlant des travaux de Darwin, le père de notre biologie moderne, ce qui fut un cataclysme intellectuel. En Occident, après une certitude créationniste générale (l’humanité commençant avec Adam & Eve il y a environ 6 000 ans), Darwin bouleversa complètement la compréhension de l’origine de la vie il y a 158 ans et, à la suite des Lumières, a fini de façonner la pensée moderne. Touchant tous les domaines (scientifique, philosophique, politique, religieux, artistique…), ce changement radical de la vision du monde conduit au tournant du XXe siècle à une logique d’eugénisme mâtiné de racisme : aider la Nature à faire la sélection pour une meilleure humanité. On voit par exemple apparaître en Europe et aux Etats-Unis des campagnes de stérilisation ou d’avortement contraints des personnes de peu de valeur.  A partir de 1933, l’administration allemande s’organise et se prépare à aller au-delà pour supprimer tous les inutiles ou nuisibles à la société qui coûtent cher pour rien : enfants nés sourds, aveugles ou malformés, malades mentaux, dépressifs, alcooliques, éclopés de la Grande Guerre, malades hospitalisés depuis plus de 5 ans…

Des centaines de milliers de personnes seront euthanasiées, souvent en les laissant mourir de faim, la manière la plus économique de s’en débarrasser. D’autres, 70273, furent tués dans le cadre de l’Aktion T4. Les bureaux étaient à Berlin, Tiergarten 4, d’où son nom de code. On demandait aux aides-soignants des hôpitaux ou maisons de repos de faire des fiches –volontairement trop petites- sur l’état des patients. Ensuite, trois médecins les lisaient séparément et mettaient une croix rouge si la personne était jugée inutile, deux croix signant l’arrêt de mort du patient. Le tout était habilement noyé dans de la paperasse et une division des responsabilités qui endormaient les consciences.

Ce Projet est-il uniquement un témoignage des horreurs passées ?

Bien sûr que ce Projet ne s’en tient pas là, sinon il n’aurait eu aucun succès. Le but principal est d’un côté, montrer que l’évolution des mentalités n’est jamais totalement acquise puisque le Nazisme reposait sur une interprétation monstrueuse de progrès scientifiques ; avec les progrès actuels dans tous les domaines, plus que jamais des questions éthiques se poseront. L’autre versant est de mieux éveiller les consciences sur la nécessité de nos sociétés d’aider les handicapés et leurs familles. Depuis que nous avons commencé ce Projet, les langues se délient, les souffrances s’expriment, les empathies se développent : chacun se sent d’une manière ou d’une autre concerné par la souffrance et le manque de prise en charge des handicapés, mission humaniste obligatoire de notre société développée. 

Que se passe-t-il donc à Lacaze ce dimanche 25 juin ?

Dans le cadre d’une fête annuelle dédiée aux arts textiles, la Mairie et les Amis du Château de Lacaze donnent la possibilité d’exposer la part de ce Projet fait en quelques mois dans la région. Ce dimanche dans le Temple, nous ouvrirons les portes sur 56 quilts (œuvres textiles) qui représentent un total de 8015 victimes sur 70273. C’est une participation impressionnante pour notre région, avec des contributions d’amies de Nouvelle-Aquitaine. Près de 400 bénévoles y ont participé.

La venue de centaines de personnes concernées par ce Projet va animer ce village le temps de cette belle journée, avec également une exposition d’art textile de Sophie Santoire au Château (jusqu’au 15 juillet) et un espace de Puces des Couturières sous un chapiteau. Diverses animations rendront cette journée festive, avec notamment des mounaques (poupées textiles régionales) dans le village.

Pour cette première mondiale, la fondatrice du Projet 70273 se déplace en personne, c’est pour elle la première concrétisation de son rêve : faire une exposition itinérante de quilts dans des musées, des fondations, des écoles, pour favoriser aux Etats-Unis et dans le monde entier une meilleure considération des handicaps. Grâce aux quilts d’Occitanie, le Projet va arriver au tiers de son but, 70273 paires de croix !

Katell Renon

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