A la recherche de la sérénité

Si vous avez la chance d’aller (ou d’être) à Paris, vous aurez peut-être la joie d’aller visiter l’exceptionnelle double exposition :

Van-Gogh-et-Hiroshige-Pinacotheque

Hiroshige a créé de nombreuses séries d’estampes au cours de voyages réalisés ou imaginaires dans le Japon de la première moitié du XIXe siècle.

fleuve

Cette composition en diagonale, très fréquente au Japon, inspirera les Impressionnistes et leurs successeurs

Son style magnifie les paysages comme d’un coup de baguette magique, les intempéries deviennent belles, la pluie argentée, le brouillard attractif, la lune une complice de nos rêves…

Hiroshige-Famous_Places_In_Edox800

Une estampe de Hiroshige parmi tant d’autres (une Vue de Edo) : on apprécie ici quelques caractéristiques comme la succession de plans et la perspective profonde, l’activité humaine en premier plan,  les dégradés célestes, la pleine lune,  l’indigo mis en valeur par quelques touches de couleurs chaudes et, tiens, une certaine couleur neutre gris taupe !

J’ai adoré examiner les détails minutieux des maisons « minka » de Edo (ancien nom de Tokyo) ou de la campagne, tous les précieux renseignements de la vie quotidienne dans ce Japon naguère totalement fermé à l’Occident… Les centaines de paysages, si poétiques, sont les grandes vedettes de ces estampes. La palette est restreinte aux couleurs naturelles alors disponibles (végétales ou minérales), ce qui confère une douceur très raffinée.  Il y a beaucoup à voir, prenez votre temps pour apprécier cette expo, elle est extraordinaire. Si vous n’en avez pas la possibilité, vous pouvez apprendre à mieux connaître cet immense artiste ici.

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J’adore Van Gogh (c’est banal, je sais ;-)), mon premier argent économisé fut pour un voyage seule à Amsterdam pour visiter LE musée Van Gogh… et j’y goûterai alors des gâteaux à la cannelle, saveur de mes premières libertés ! On peut donc voir actuellement à Paris une quarantaine de tableaux superbes, à la palette et au coup de pinceau reconnaissables entre tous :

herbe

Carré d’herbe, 1887 – Petit tableau (30 x 40 cm) qui me fait irrésistiblement penser aux broderies de Liz Maidment !

Asile

Le jardin de l’asile de Saint-Rémy – 1889 (91 x 72). Comment imaginer que l’artiste était interné en asile alors qu’il était capable au même moment de peindre une oeuvre aussi  raffinée, paisible et positive ?

allée

Allée dans un parc – 1888 (72 x 93 cm). Palette restreinte, effet maximum !

troncs

Troncs d’arbre dans l’herbe – 1890 (72 x 91 cm). Cadrage bien peu académique ! Il nous permet de baisser les yeux comme si on était dans ce bois et remarquer les humbles pissenlits et autres fleurs printanières.

… Et tant d’autres que j’espère, vous aurez l’occasion d’aller découvrir ! L’exposition est ouverte jusqu’à la Saint-Patrick (17 mars), donc si vous allez à l’Aiguille en Fête en février, ce ne sera pas trop tard…

Cependant, malgré toutes ces superbes peintures, j’étais de prime abord un peu bêtement déçue de ne pas y voir certains tableaux témoignant de manière plus évidente l’amour de Van Gogh pour l’esthétique japonaise… Pour comprendre ce petit manque, vous pouvez aller voir quelques exemples sur ce blog. Sur les grands panneaux explicatifs de l’expo, certains rapprochements entre estampe de Hiroshige et tableaux de Van Gogh me semblaient également parfois un peu « tirés par les cheveux »…

Mais en réalité, cette expo est bien plus subtile qu’une simple série de reproductions de scènes « à la japonaise ». Elle démontre les leçons de composition, de simplification que Vincent a retenues de l’observation attentive de l’art japonais. Elle donne aussi à réfléchir sur l’attraction de Van Gogh, à l’esprit si tourmenté, irrésistiblement attiré par ce Japon représenté par les estampes de Hiroshige, à l’atmosphère si légère, sereine et paisible…

Vincent à la recherche de la sérénité, c’est ce que je retiendrai peut-être finalement de cette expo.

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En France, le froid arrive…

… et j’ai trouvé sur Facebook un quilt qui illustre l’hiver à merveille :

felisa quilt : Minka in Invierno

« Minka Houses in Winter » : Felisa Nakawasa a dessiné ce modèle réalisé par Shisuyo Tuchihashi. Felisa fait régulièrement éditer ses modèles dans les magazines de patchwork japonais les plus réputés et a reçu maintes récompenses.

Les « Minka » sont au Japon des maisons traditionnelles, généralement les habitations modestes des paysans, pêcheurs, artisans et marchands. Leur style varie grandement selon la région mais les plus connues sont au centre du Japon où quelques villages, inscrits par l’UNESCO au patrimoine de l’humanité, sont préservés :

Village historique au centre du Japon

(photo du site de l’UNESCO)

Les toits de ces Minka sont extrêmement pentus car l’hiver, la neige tombe fortement dans cette région. Certains descendent presque jusqu’au sol et cette architecture est appelée « gassho-sukuri », c’est-à-dire en forme de mains jointes. Les toits pentus sont à la fois utiles à l’extérieur (intempéries) et à l’intérieur (fonction de cheminée !). Je vous recommande la lecture du blog de Jacques Perrin à ce sujet.

gassho_zukuri

Maison Minka… ou le charme de la couleur taupe

Cette représentation de la Maison est, pour le peuple japonais, une image traditionnelle ancrée dans les esprits. On peut rapprocher cette image culturelle à celle de la « petite école rouge » aux Etats-Unis. Il faut peut-être trouver ici l’inspiration des tissus japonais taupe pour le patchwork, car c’est bien dans cette gamme de couleurs qu’apparaissent ces maisons en bois au toit de chaume !…

houses yoko saito

Ce livre, au succès fou amplement justifié (traduit du japonais par Osamu & Marie-Claude Tsuruya) comporte de nombreuses maisons de style « Minka », ces maisons habitées par les « gens du peuple » ruraux ou citadins.

Dans le sud du Japon, les Minka n’ont pas les mêmes caractéristiques car elles sont adaptées au climat ; les toits sont moins pentus et elles sont souvent construites sur pilotis pour favoriser la ventilation… mais aussi, tout comme plus au nord, en raison des séismes…

architecture traditionnelle sur pilotis

Ces habitats traditionnels ont été massivement démolis au XXe siècle mais de nombreuses personnes et associations les protègent et les reconstruisent actuellement. Leur charme opère… et après tout, en plus de leur valeur historique, ce sont de parfaites maisons écologiques ! 

Pour le regard unique d’une Française quilteuse connaissant le Japon de l’intérieur, allez sur le blog de Marie-Claude Tsuruya La Chambre des Couleurs.

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EstampeHiroshige

Estampe de Hiroshige, Sur la route du Tokaïdo, Kambara
« Neige de nuit » – Des maisons Minka sous la neige. Je crois presque entendre la neige crisser sous les pas…

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