La tapisserie de Saint-Martin-Le-Vieil

Hier, attirée par un article de France3 (voir le blog du Patchwork sur son 31), je suis allée vers Carcassonne mais me suis arrêtée peu de kilomètres avant, dans un village perché le long d’une petite crête avec la vue plein sud.

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Saint-Martin-le-Vieil, dans l’Aude

Ma visite était pour le foyer rural dans lequel est exposé (jusqu’à ce soir) une tapisserie. Pas n’importe laquelle ! Une tapisserie racontant l’histoire du village sur une dizaine de siècles, à la manière de la tapisserie de Bayeux ! L’idée a germé dans la tête de l’ancienne Maire du village après sa visite de la tapisserie de Bayeux, en 2001. Choc émotionnel, culturel, esthétique… Mais pourquoi ne ferait-on pas de même dans notre petit village ?

Des historiens, un peintre du village furent mis à contribution avec les brodeuses volontaires, en tout 11 personnes sont les heureux parents de cet ouvrage.

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Imaginons les longues discussions pour savoir que représenter, puis les maquettes qui sont souvent retouchées… Il faut trouver les matières premières aussi : on mise sur les tissus de lin blanchi filé et tissé à Castres (non loin de là) avec bonheur, mais les laines Médicis furent bien plus difficiles à trouver : on ne prenait pas ce projet au sérieux !… Huit couleurs suffisent pour rendre toutes les nuances à l’image de la tapisserie de Bayeux, elles ont été soigneusement choisies pour être les exactes teintes des teintures naturelles d’antan.

Eh bien, le résultat est simplement sublime ! Madame Costa, la présidente de l’association Les Cruzels, m’a très gentiment fait une visite commentée de l’histoire de ce village – et des histoires de ce beau pays – en commençant par ce mot bizarre : les cruzels.

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Cruzel de St-Martin-le-Vieil

C’est un mot occitan désignant les cavités qu’on trouve à l’arrière de plusieurs maisons, creusées dans le calcaire. Il y en a presque une quarantaine et témoignent d’un habitat troglodyte primitif. Des silos restent visibles dans certains : une bonne cachette pour le grain !

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Autre point fort du Moyen-Âge : la construction de l’Abbaye cistercienne de Villelongue, à un jet de pierre de St-Martin. Sa construction commença en 1170 et fait l’objet de belles campagnes de rénovation. A visiter !

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Puis vient la guerre impitoyable contre les Cathares, quatre abbés y participèrent avec Simon de Montfort, ce qui enrichit l’Abbaye. Bon, passons, moi je suis pour les perdants, les Cathares !

On voit aussi le Prince Noir, affreux jojo anglais qui sema la terreur dans nos terres gasconnes et occitanes : le principe de la guerre de 100 ans était plutôt d’affaiblir l’ennemi (nous, les Français) par des chevauchées semant la terreur à force de razzias, de viols, d’incendies, de massacres plutôt que de mener des guerres de position. Grâce à ses remparts, St-Martin fut épargné : Edouard de Plantagenêt dit le Prince Noir passa son chemin vers des villages plus faciles à mettre à sac. Castelnaudary, par exemple, fut complètement détruit en 1355.

A la même époque, la peste noire fit des ravages vers 1350 comme partout ailleurs en Europe ; ce tableau de tapisserie est particulièrement lugubre mais si bien fait…

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Puis vint l’abondance et l’âge d’or du pays qui devint Pays de Cocagne avec la culture du pastel, cette plante Isatis tinctoria qui donnait les plus beaux bleus… jusqu’à ce que l’indigo asiatique prenne sa place.

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Comme toute bonne histoire, finissons par un banquet de mariage ! La légende dit qu’on prêtait le donjon aux jeunes mariés, tradition dont on se souvenait encore au XIXe siècle…

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Cette tapisserie est merveilleusement faite. Comme la tapisserie de Bayeux, elle est brodée au point de Bayeux qui remplit les zones cernées de point de tige en gâchant le moins de fil possible au dos (seuls des petits points très courts sont visibles au dos, tout comme les broderies afghanes importées par Pascale Goldenberg) et elle utilise les mêmes matériaux : lin et laine ; elle a une bande narrative centrale et deux fines bandes au-dessus et en-dessous. Les bandes étroites montent de nombreux détails, des plantes et animaux de la nature environnante, des animaux fabuleux, des armes et des outils… Autant d’éléments qui enrichissent la tapisserie ! On y trouve aussi les initiales des brodeuses ; elles étaient à l’exposition, toutes fières de l’accueil du public venu nombreux et complètement séduit. Merci à Anne-Marie Denuc qui m’a donné de nombreux détails complémentaires sur ce groupe de brodeuses qui ont fait ce travail extraordinaire !

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Les photos sont interdites, mais j’ai acheté la collection de cartes postales en souvenir.

Les conditions d’exposition sont parfaites : une salle dans la pénombre, tendue de tissus noirs était l’écrin de ces 16 mètres de lin éclairé, protégé par un couloir de 50 cm matérialisé par terre. Le croirez-vous (mais vous le savez bien…) les enfants étaient bien plus disciplinés que les adultes !

Espérons que cette tapisserie connaîtra une longue et prestigieuse carrière. Sorèze l’exposera très certainement -comment pourrait-il en être autrement ?- mais j’espère que d’autres organismes feront également la démarche de l’exposer !

Courriel de la Mairie de St-Martin-le-Vieil :
st-martin-le-vieil@wanadoo.fr